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L. Vinciguerra, Celui qui parle. Science et roman
Posted: 4 Apr 2019 - 10:29

Paris, Hermann, coll. "Collection Cahiers d'histoire et dephilosophie des sciences", 2019. ISBN: 9782705697914. 350 p. 

À la Renaissance, le roman traverse une crise qui le conduit à prendre des formes paradoxales. De cette crise naîtront les formes romanesques de l’âge classique, en lesquelles sont renouvelées les modalités de la mise en récit et de la place du narrateur, ainsi que la manière pour le roman de construire un univers fictionnel. Au même moment ont lieu de grandes transformations scientifiques fondatrices de la modernité : invention de la physique galiléenne,  de l’algèbre symbolique, de la perspectiva artificialis, de la matière-étendue cartésienne. Ne relèvent-elles pas aussi d’une nouvelle mise en récit ? Le cosmos infini de la nouvelle physique a-t-il à voir avec la nouvelle manière pour le roman de faire monde ? N’y a-t-il pas, dans le nouveau récit de l’équation, une voix narrative qui répond à celle qui émerge au même moment dans le roman ?

L'ouvrage analyse les transformations de l'algèbre à la Renaissance qui conduisent, depuis l'Ars magna de Cardan, à l'invention de l'algèbre symbolique chez Viète, puis à la Géométrie de Descartes, en passant par Peletier du Mans ou Forcadel. Il montre dans l'histoire de l'algèbre la mise en scène progressive dans le texte mathématique du savoir partiel du mathématicien, à la fois narrateur et personnage de son propre récit.  D'autres chapitres abordent la question du mouvement de la Terre chez Galilée, ou de la théorie scientifique de la perspective au XVIe siècle, chez Simon Stevin et Vignole.

Ces analyses de séquences d'histoire des sciences s'entrecroisent avec celles des œuvres  romanesques, depuis, en préliminaire, les romans de chevalerie de Chrétien de Troyes jusqu'aux romans précieux de Georges et Madeleine de Scudéry, en passant par Herberay des Essarts, Aneau, Hélisenne de Crenne, Honoré d'Urfé, Sorel, etc. À travers cette succession d'études, l'auteur montre la solidarité profonde qui unit les problèmes du roman à ceux qui conduisent, entre la Renaissance et l'âge classique, à la naissance de la science moderne et, avec elle, au dualisme cartésien de l'esprit et du corps.

À travers ces questions, ce livre invite aussi à une nouvelle manière de faire de l’histoire des sciences : non pas une histoire des concepts ou des méthodes, ni une histoire des pratiques et des styles, mais une histoire des modes d’intervention dans la science de celui qui en raconte le récit, modes d’intervention dont dépendent les méthodes et les concepts.

 

Sommaire

Entrée 1. Porte des sciences ............................................................................... 7

Entrée 2. Porte des romans .............................................................................. 23

I. Chevalerie : le récit divisé ............................................................................. 47

Ermites et pucelles ........................................................................................... 47

Allégorie ........................................................................................................... 67

Regard dans le jardin d’Amadis ........................................................................ 73

La Prison d’amour ................................................................................................... 79

II. L’impossible charnière .................................................................................. 87

Perspective 1 : Simon Stevin ....................................................................... 87

Celui qui ment : le roman d’Alector ............................................................ 102

Image, signe, chose ................................................................................. 118

La voix du mathématicien et l’inconnue des équations .................... 121

Les Angoisses douloureuses ................................................................... 158

Interlude pastoral ........................................................................................ 172

III. Clôture des images ................................................................................ 177

Perspective 2 : Vignole, l’image partout dans l’image ....................... 177

L’Astrée : encore des images ....................................................................... 191

L’écriture raturée de L’Astrée ....................................................................... 205

Une histoire de sémantique ? ...................................................................... 210

« Il faut savoir que toutes les choses du monde

se représentent réciproquement » : Charles Sorel ................................ 239

IV. Le narrateur effacé ................................................................................ 269

La vraisemblance et la catastrophe .............................................................. 269

Les effets de la parole ................................................................................. 280

« Car j’ai donné un nom grec à un Africain » ........................................ 285

Oresme : « Cet homme qui est porté avec le ciel » .............................. 295

Galilée : « Montrer le soleil à la Chine » .................................................. 304

Conclusion .................................................................................................. 315

Annexe : et après ? ..................................................................................... 321

Liste des ouvrages cités ..................................................................................... 341

http://www.editions-hermann.fr/5475-celui-qui-parle-.html

Source: Fabula

 
Caroline Julliot, Le Sphinx rouge, un duel entre le génie romantique et Richelieu
Posted: 4 Apr 2019 - 10:23

Paris, Classiques Garnier, collection "Le Siècle de l'Histoire", 2019. ISBN: 978-2-406-08106-7. DOI: 10.15122/isbn.978-2-406-08108-1. 244 p. 32€.

Dans la lignée d'un premier ouvrage (Le Grand Inquisiteur, naissance d'une figure mythique au XIXe siècle, éd. Champion, coll. "Histoire culturelle de l'Europe", 2010), cette étude vise à sonder les enjeux politico-religieux d'un personnage historique, devenu légende littéraire, qui a fasciné les écrivains dans la période post-révolutionnaire,  notamment avec Vigny, Hugo, Dumas et Michelet ; personnage qui leur permet de penser, de façon complexe, l'évolution, dans l'Histoire française, des rapports entre le religieux et le politique - et la place que l'écrivain lui-même, en ce "temps des prophètes", souhaite occuper dans la société.

Sommaire

Introduction

I. L'Adieu au diable

  • La diabolisation romantique ?
  • Le Pandemonium ou les démons de Richelieu
  • Le Sphinx Rouge
  • Un politique
  • L'Affaire de Loudun, ou Richelieu figure de la sécularisation

II. "Et c'est la mort, à moins que ce ne soit... l'Etat"

  • Richelieu figure du pouvoir exécutif
  • Entre chat et loup
  • La robe de Richelieu ou la violence cachée de l'Etat
  • Raison ou déraison d'Etat ?
  • Une histoire de la Terreur : Richelieu précurseur de la Révolution Française ?
  • Un Etat sans nation

III. Le Spectre vaincu par l'Esprit

  • Le Temps des Prophètes
  • Le Duel Richelieu-Corneille
  • L'Ultime duel des génies, ou l'ordalie romantique
  • Richelieu est mort, à mort Richelieu !
  • Après les romantiques, ou la re-monumentalisation patriotique

Conclusion : L'écriture romantique, une écriture de pouvoir ?

*

Extrait de l'introduction :

L’une des représentations les plus intrigantes de Richelieu est le triple portrait que son peintre officiel, Philippe de Champaigne, réalisa vers 1640 – vraisemblablement pour servir d’étude préalable au buste de marbre que le Cardinal avait commandé au Bernin – et qui se trouve aujourd’hui  à la National Gallery, de Londres. Il est célèbre pour son réalisme, et la fine analyse, aussi bien physique que psychologique, de son modèle. Et pourtant, il présente une particularité qui ne peut manquer de troubler le spectateur attentif : les deux profils (gauche et droit) et le portrait de face ne se ressemblent pas exactement. Il est très difficile de réunir les trois angles sous lesquels le Cardinal est montré en une synthèse cohérente.

Réduire le portrait multiple à une seule figure relève en effet de la gageure ; si l’on y voit bien le même homme, c’est au prix d’une occultation des détails. En fait, aucun trait ne correspond exactement à l’autre : la forme du nez, des yeux, l’expression de la bouche, et même la carnation, tout est légèrement différent.... Bref, derrière l’effet de série et de reproduction du même sous toutes les coutures, derrière la logique, toute classique et rationnelle, d’une figuration qui permet à l’intelligence de saisir, dans le même regard, toutes les données de sa forme, se profile le vertige baroque d’un miroitement sans fin et sans cesse déformant, et la multiplicité des images d’un être qui, à l’instar de la femme rêvée de Verlaine, n’est, chaque fois, ni tout à fait le même, ni tout à fait un autre...

Et peut-être est-ce aussi là le génie de Champaigne : nous donner ainsi à contempler le mystère de l’identité d’un homme qui échappe perpétuellement à la définition – et ce, encore davantage au moment où l’on pense l’avoir cerné sous tous les angles – et qu’on échoue souvent à décrire autrement que comme la « juxtaposition de plusieurs termes identitaires contradictoires (...) sorte de rubixcube composé de différentes facettes qui s’emboîteraient (plus ou moins bien) dans la même personne ». 

L’abondante historiographie consacrée à Richelieu reflète cette diffraction et cette variété constante de son objet – que Françoise Hildesheimer résumait avec humour, en commençant sa biographie par une référence au roman récent d’Hubert Monteilhet, De Plume et d’épée (1999), dans lequel Richelieu fait irruption dans une pièce, à la recherche de l’un de ses animaux de compagnie : « Bref, chacun cherche son chat et Richelieu n’échappe pas à la règle. Mais chacun peut aussi chercher son Richelieu ». Néanmoins, si elles proposent chacune, documents à l’appui, « leur » Richelieu, éclairant toutes d’un jour nouveau et informé ce personnage, la très grande majorité des études historiques semble tomber d’accord sur l’uniformité, réductrice et caricaturale dans la noirceur, de la représentation que les romantiques sont parvenus à imposer.

Depuis le XIXe siècle, tout un chacun croit connaître Richelieu – ne sachant pas très bien, d’ailleurs, d’où il tire cette impression d’évidence, qui ne saurait se limiter à quelques vagues souvenirs scolaires, ni d’où émane cette image d’Épinal, tant ont été nombreuses les œuvres de fiction qui l’ont diffusée: les romans populaires, et, ensuite, les diverses adaptations cinématographiques, dessins animés et autres comédies musicales, inspirés majoritairement des Trois Mousquetaires, ont fixé dans les représentations l’image univoque du traître de comédie, aussi distingué que cruel, à l’ambition sans bornes, aux ruses machiavéliques et à la fine moustache. Mais Alexandre Dumas, lorsqu’il met en scène le Cardinal, antagoniste de ses héros de cape et d’épée, dans son roman de 1844, avait déjà puisé dans un imaginaire déjà constitué – par des récits historiques et d’autres fictions, notamment Cinq-Mars, de Vigny (1826), connu comme le tout premier roman historique français, Marion de Lorme, de Victor Hugo (1831), eux-mêmes sources d’inspiration de nombreux drames et comédies mineurs au cours des années 1830.

Que la figure de Richelieu se soit ainsi, dans une certaine mesure, « débarrassé[e] des conditions historiques de sa naissance », et qu’on ne sache plus clairement, dans nos représentations, identifier la frontière entre les différentes fictions, et, plus généralement, entre fiction et réalité, constitue, si l’on suit les analyses de Jean-Jacques Lecercle à propos de Frankenstein, l’un des symptômes permettant de percevoir la dimension mythique du personnage.

Les « élucubrations littéraires » (C. D’Albis) constituent donc, pour l’historien, un cliché encombrant à détrôner. Le Comte de Molé, lors de la réception de Vigny à l’Académie Française, le rappelait d’ailleurs déjà sans ambages. Tançant Vigny d’avoir « réduit à de telles proportions l’un des plus grands hommes d’État des temps modernes », il renvoie les littérateurs à d’autres objets : « De pareils hommes, Monsieur, appartiennent à la vérité plus qu’à l’art ».C’était déjà reconnaître, a contrario, que, à cette période, la littérature s’était emparée avec un succès indéniable de la figure du Cardinal, et l’avait arrachée à la mémoire historique et à l’exactitude du fait, afin de la faire servir sa propre cause. La marge de manœuvre de la fiction historique demeure certes limitée, notamment pour les grands personnages. Faute de perdre toute crédibilité auprès de son lecteur, elle ne peut pas changer radicalement le cours des événements, et doit donc se référer constamment aux travaux historiques ; mais elle peut en infléchir considérablement le sens, en érigeant certains faits anodins au rang de symbole, ou en dotant les personnages réels qu’elle réinvente d’une psychologie identifiable et d’intentions transparentes – même si, on le verra, le traitement de Richelieu est, sur ce point, extrêmement complexe.  […]

https://classiques-garnier.com/le-sphinx-rouge-un-duel-entre-le-genie-romantique-et-richelieu.html

Harriet Stone, Crowning Glories: Netherlandish Realism and the French Imagination during the Reign of Louis XIV
Posted: 1 Apr 2019 - 19:29

U of Toronto Press, 2019. ISBN 9781487504427. 312 p. $52.50, cloth or ebook.

Crowning Glories integrates Louis XIV’s propaganda campaigns, the transmission of Northern art into France, and the rise of empiricism in the eighteenth century – three historical touchstones – to examine what it would have meant for France’s elite to experience the arts in France simultaneously with Netherlandish realist painting. In an expansive study of cultural life under the Sun King, Harriet Stone considers the monarchy’s elaborate palace decors, the court’s official records, and the classical theatre alongside Northern images of daily life in private homes, urban markets, and country fields.

Stone argues that Netherlandish art assumes an unobtrusive yet, for the history of ideas, surprisingly dramatic role within the flourishing of the arts, both visual and textual, in France during Louis XIV’s reign. Netherlandish realist art represented thinking about knowledge that challenged the monarchy’s hold on the French imagination, and its efforts to impose the king’s portrait as an ideal and proof of his authority. As objects appreciated for their aesthetic and market value, Northern realist paintings assumed an uncontroversial place in French royal and elite collections. Flemish and Dutch still lifes, genre paintings, and cityscapes, however, were not merely accoutrements of power, acquisitions made by those with influence and money. Crowning Glories reveals how the empirical orientation of Netherlandish realism exposed French court society to a radically different mode of thought, one that would gain full expression in the Encyclopédie of Diderot and d’Alembert. 

https://utorontopress.com/ca/crowning-glories-3

                            

Ritual Design for the Ballet Stage: Revisiting the Turkish Ceremony in "Le Bourgeois gentilhomme" (1670), éd. Hanna Walsdorf
Posted: 1 Apr 2019 - 10:26

Berlin, Frank & Timme, 2019. ISBN 978-3-7329-0373-3. 548 p. 79,80€.

The Turkish ceremony in Le Bourgeois gentilhomme has been popular with audiences for almost 350 years and remains one of the bestknown scenes of early modern French theatre. This newly researched volume spotlights the Turkish ceremony in its original technicolor, presenting numerous important discoveries that have never before been published. It shows that even in a field as thoroughly investigated as the collaboration between Molière and Lully at the court of Louis XIV, there is still much new source material to be discovered, and many new connections to be made. As the multidisciplinary essays examine the burlesque Turkish scene from a social, political, textual and iconographic view point they unearth, time and again, flaws, omissions and errors transmitted in earlier scholarship. Ritual Design is a must-have volume that sets the record straight.

The Editor

Dr. Hanna Walsdorf directs the Emmy Noether Research Group “Ritual Design for the Ballet Stage: Constructions of Popular Culture in European Theatrical Dance (1650–1760)” at the Theater Studies Department of Leipzig University.

http://www.frank-timme.de/verlag/verlagsprogramm/buch/verlagsprogramm/bd-1-hanna-walsdorf-ed-ritual-design-for-the-ballet-stage/backPID/cadences-schriften-zur-tanz-und-musikgeschichte.html

Cyrano de Bergerac, La mort d'Agrippine, édition de Françoise Gomez
Posted: 28 Mar 2019 - 11:11

Paris, Le Livre de Poche, 2019. EAN 9782253005162. 288 p. 4,90€. Disponible en e-book, 4,49€.

Agrippine, veuve de Germanicus, veut se venger de l’empereur Tibère et de Séjanus, son favori, qu’elle tient pour responsables de la mort de son époux. Séjanus, qui désire secrètement Agrippine, décide de s’allier à elle pour renverser l’empereur. Tibère, qui jalouse la popularité d’Agrippine et craint pour son trône, veut se débarrasser d’elle… S’engage alors un jeu de dupes étourdissant, fait de mensonges et de dissimulation, où règne la violence.

Unique tragédie de Cyrano de Bergerac, taxée d’impiété à sa sortie, oubliée puis redécouverte sur le tard, La Mort d’Agrippine décrit un monde en perdition, d’une noirceur inouïe. Dans une langue ciselée et redoutable, l’auteur déploie tout son talent de dramaturge et nous livre un chef d’œuvre sulfureux où rayonne, en creux, la pensée des libertins érudits.

https://www.livredepoche.com/livre/la-mort-dagrippine-9782253005162