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Pierre Bayle, Correspondance, vol.13 : janvier 1703–décembre 1706
Posted: 4 Jul 2016 - 10:25

Ed. †Elisabeth Labrousse et Antony McKenna, Wiep van Bunge, Edward James, Bruno Roche, Fabienne Vial-Bonacci. Oxford: Voltaire Foundation, 2016. ISBN 9780729410694, xxx+625 pages, 15 illustrations, £125.00.

La dernière période de la vie de Bayle est d’une grande intensité intellectuelle et d’une grande fécondité. Grâce au répit conquis au moyen des Eclaircissements, il peut composer son œuvre philosophique la plus accomplie, la Continuation des pensées diverses (1705), accompagnée de la Réponse aux questions d’un Provincial(1704-1707) et suivie par sa réfutation (inachevée mais décisive) de la théologie rationaliste, Entretiens de Maxime et de Thémiste (1707). C’est une période de conflit philosophique et religieux, parfois âpre, contre tous ceux qui élèvent des objections contre les analyses du Dictionnaire: dom Alexis Gaudin et William King, d’abord, Isaac Jaquelot, Jean Le Clerc et Jacques Bernard, ensuite. Bayle tient à réfuter tous les arguments de ses adversaires avec sa précision scrupuleuse habituelle.

Pierre Des Maizeaux établi à Londres, lance, avec l’imprimeur Jacob Tonson, le grand projet la traduction anglaise du Dictionnaire. Bayle reste également en relation avec Lord Shaftesbury, qui soutient financièrement Des Maizeaux et John Toland, s’entretient avec Pierre Coste, correspond avec Benjamin Furly et avec son fils Arent ainsi qu’avec Jean Le Clerc. Un véritable ‘sous-réseau’ de correspondance se constitue ainsi entre les anciens amis de John Locke, décédé en 1704. Autre ‘sous-réseau’: celui de l’abbé Dubos, qui compose des pamphlets favorables à la politique étrangère du ministre Colbert de Torcy. La correspondance de Bayle reflète l’actualité politique et militaire.

Quelques nouveaux correspondants font leur apparition au cours de cette période. Mathurin Veyssière La Croze, ancien bénédictin devenu bibliothécaire du roi en Prusse à Berlin, apporte une érudition extraordinaire aux informations qu’il fournit à Bayle pour le Supplément du Dictionnaire. Samuel Crell, correcteur d’imprimerie chez Leers, et dont le frère est un protégé de Shaftesbury, fournit une explication très savante du rokosz de Gliniany. Autre correcteur à l’imprimerie de Leers, le ‘chevalier Destournelles’, apparaît dans le cercle des amis intimes de Bayle au cours des toutes dernières années de sa vie.

La fin de la vie de Bayle reflète sa carrière intellectuelle tout entière, car il a toujours été d’une curiosité inlassable à l’égard de tous les aspects de la culture de son temps. Il meurt, le 28 décembre 1706 vers 9 heures du matin, quasiment la plume à la main. Sa correspondance reflète parfaitement la lucidité philosophique, l’exaspération polémique, la finesse analytique, l’audace philosophique et l’industrie féconde du philosophe de Rotterdam.

Parution de la Voltaire Foundation, dans la Correspondance de Pierre Bayle.

Pour des renseignements complémentaires sur ce volume: http://xserve.volt.ox.ac.uk/VFcatalogue/details.php?recid=6641

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La guerre de la « féminisation » n’aura pas lieu
Posted: 17 Jun 2016 - 18:38

 Éliane Viennot (dir.), Maria Candea, Yannick Chevalier, Sylvia Duverger, Anne-Marie Houdebine (avec la collaboration d’Audrey Lasserre). Donnemarie-Dontilly, éd. iXe, 2016, 217 p., 17€. ISBN : 979-10-900-62-33-7.

http://www.editions-ixe.fr/

En juin 1984, l’Académie française déclarait la guerre aux partisanes et partisans de la « féminisation des noms de métiers, de titres et de fonctions ». Cet objectif était pourtant modeste, facile à réaliser et nécessaire : les femmes ayant enfin obtenu que toutes les professions, toutes les dignités et toutes les fonctions s’ouvrent à elles, il s’agissait que les activités encore nommées au masculin le soient aussi au féminin. Trente ans plus tard, bien que la « vieille dame du Quai Conti » n’ait cessé de tonner contre les nouveaux « barbarismes » et les coupables de leur introduction, la France a fini par entamer sa « révolution langagière ». Qui ne consistait qu’à se réconcilier avec la langue française.

On connaît les railleries dont les Quarante continuent d’accabler le mot écrivaine (« Parce qu’on y entend vaine »), bien qu’on leur ait fait remarquer depuis des lustres que le mot vain s’entend aussi dans écrivain… Et l’on sait que la meneuse de la troupe, Hélène Carrère d’Encausse, tient à se faire appeler LE Secrétaire perpétuel. Mais qui sait qu’avocate, pharmacienne, poétesse, traductrice… ont longtemps pâti de leurs quolibets et de leur censure – puisque « les Messieurs » n’accueillaient dans leur dictionnaire que les termes ayant leur aval ? « Combien de fois nous demandons-nous les uns aux autres : Écririez-vous cela, vous ? Et si l’on répond non, on raye. », déclarait encore Maurice Druon, ancien Secrétaire perpétuel, en 2005. Qui sait qu’ils mirent près de vingt ans à entendre que sage-femme ne signifiait pas femme sage, mais personne compétente pour aider une parturiente, et donc qu’un homme pouvait porter ce titre ? Et qui se souvient qu’en 1998 ils montèrent à l’assaut comme un seul homme contre « Madame la ministre », ou plus exactement contre les femmes qui avaient demandé à être nommées ainsi ?

Le livre qui paraît aujourd’hui retrace les grandes étapes de cette mobilisation, tout en la replaçant dans une histoire plus longue. Car l’Académie, créée par Richelieu en 1635, a consciencieusement travaillé à masculiniser la langue française, et elle n’a accepté qu’en 1980 d’accueillir sa première femme (qui, heureusement, ne prit aucune part aux polémiques dont il est question ici). Malicieusement décliné à travers la métaphore religieuse – puisque la Maison tient à ce qu’on prenne ses avis pour paroles d’Évangile – l’ouvrage présente deux grandes sections. Dans la première sont rappelées l’histoire et les caractéristiques de l’institution (« le Saint-Siège »), les différentes décisions qui déclenchèrent son ire (« les Offenses ») ainsi qu’un très utile résumé des dogmes qu’elle défend et des arguments qui peuvent leur être opposés (« les Points de doctrine »). La seconde section reproduit des textes en intégralité : ceux qu’émit très officiellement la Compagnie (« les Bulles »), ceux qui furent publiés dans la grande presse par les croisés les plus motivés (« les Exégèses ») et ceux qu’ils adressèrent en désespoir de cause aux représentants de l’État (« les Suppliques »). Autant de textes soigneusement annotés – ou ironiquement commentés. Un « chapelet de perles », une bibliographie et une chronologie des évènements (déclarations, articles de presse, décrets…) terminent le volume.

L’ouvrage est dirigé par Éliane Viennot, professeure à l’Université de Saint-Étienne, dont le livre précédent, Non, le masculin ne l’emporte pas sur le féminin ! avait été remarqué (finaliste pour le Médicisessais 2014). Il est signé de plusieurs linguistes et spécialistes de la vie littéraire du XXe siècle, dont Anne-Marie Houdebine, qui dirigea les travaux de la commission mise en place par Yvette Roudy et Benoîte Groult en 1984 – l’événement qui mit le feu aux poudres du Quai Conti. Sa couverture présente un portrait (retravaillé à la manière d’Andy Warhol) de Louise Labé, victime voici dix ans d’une tentative d’expulsion de la liste des autrices… avec les félicitations d’un des Quarante. Voici la Lyonnaise bien vengée !

Naissance de la critique dramatique Littératures classiques, n° 89
Posted: 16 Jun 2016 - 19:59

Sous la direction de Lise Michel et Claude Bourqui

Toulouse, Presses universitaires du Midi, 2016, 214 p.

Présentation de l'éditeur :

Ce volume vise à mettre au jour les supports et les enjeux de la critique des spectacles par les spectateurs telle qu’elle fait son apparition en France au XVIIe siècle. Non doctes, parfois même anti-théoriciens, ces nouveaux discours, prenant comme objet la représentation elle-même, dans son déroulement ou dans ses effets concrets, ouvrent le champ d’un discours spécifique sur le fait théâtral, proche de ce que nous plaçons aujourd’hui sous la catégorie de « critique théâtrale ».

Les contributions se focalisent sur un épisode décisif (trois sont consacrées à la réception de la Sophonisbe de Corneille, une à celle du Tartuffe), ou bien élargissent la perspective en adoptant un éclairage latéral, sur les plans géographique (discours des spectateurs étrangers à la Cour de France ou des voyageurs français assistant à des représentations en Angleterre), socio-historique (rôle de la concurrence, existence d’une voix critique féminine, ou données issues des registres de la Comédie-Française), générique (comédies de spectateurs), ou en établissant un lien avec d’autres formes de critiques, dans les domaines de la musique et de la peinture. Toutes jettent un jour nouveau sur le fait théâtral au XVIIe siècle à la période décisive où les spectateurs, de destinataires et d’objets des discours sur le théâtre, s’en instituèrent définitivement la source.

Lise Michel est professeure assistante à l’université de Lausanne et travaille sur le théâtre français du XVIIe siècle. Son livre Des Princes en figure. Poétique et invention tragique en France (1630-1650) est paru aux PUPS en 2013. Elle a participé à l’édition des Œuvres complètes de Molière (Bibliothèque de la Pléiade, 2010) et co-dirigé des recueils sur des questions de poétique dramatique. Elle dirige avec C. Bourqui le projet de recherche « Naissance de la critique dramatique » subventionné par le Fonds national suisse de la recherche scientifique.

Claude Bourqui est professeur à l’université de Fribourg. Il est l’auteur de plusieurs ouvrages et éditions critiques sur le théâtre du XVIIe siècle français, parmi lesquels les Œuvres complètes de Molière (co-direction avec G. Forestier). Il a également conçu plusieurs sites Internet consacrés à la littérature : Artamène(www. artamene.org, avec A. Gefen), MOLIERE21 (www.moliere.paris-sorbonne.fr, avec A. Gefen), Les Nouvelles Nouvelles (www.nouvellesnouvelles.fr, avec C. Schuwey), Naissance de la critique dramatique (www.ncd17.fr, avec L. Michel et C. Schuwey).

Source: Dramatica

Florent Libral, Le Soleil caché - Rhétorique sacrée et optique au XVIIe siècle en France
Posted: 16 Jun 2016 - 19:45

Paris: Classiques Garnier, coll. Lire le XVIIe siècle 35, 2016. 558 p. 59€. ISBN 978-2-8124-3548-5.

L'écriture postridentine en France affectionne l'imagerie attachée à la lumière, à l'optique et à la perspective. Au sein de la rhétorique sacrée, à travers similitudes et métaphores, l'éloge du Dieu soleil au sein de la nature s'estompe au profit d'un point de vue de moraliste religieux.

Table des matières: http://www.classiques-garnier.com/editions-tabmats/FllMS01_tabmat.pdf

 

Paul Pellisson-Fontanier, Lettres inédites à l'abbé Jean-Baptiste Boisot (1674-1693)
Posted: 16 Jun 2016 - 19:42

Edition de Corinne Marchal et France Marchal-Ninosque. Paris: Classiques Garnier, coll. Correspondances et mémoires 22, 2016. 338 p. 43€. ISBN 978-2-8124-3571-3.

Cet ouvrage met au jour cent vingt lettres inédites de Pellisson-Fontanier à l'abbé Boisot au moment de l'annexion de la Franche-Comté à la France. Cette correspondance est croisée avec celle de Mademoiselle de Scudéry et du même abbé Boisot. Elle s'enrichit de la réédition des lettres de l'érudit de province.

Table des matières: http://www.classiques-garnier.com/editions-tabmats/FmnMS02_tabmat.pdf