19e Colloque international du CIR 17 (Centre International de Rencontres sur le XVIIe siècle)
Organisé à New York University, du 20 au 22 mai 2027
… ses transformations passent celles des métamorphoses (La Rochefoucauld, Maxime supprimée I)
Le CIR 17 propose cette année à ses membres d’analyser à nouveaux frais un thème majeur de la pensée et de la création artistique et littéraire du dix-septième siècle français. Par « métamorphoses », nous comprendrons dans ce colloque tout processus de transformation extraordinaire observable dans le monde vivant et ses représentations, depuis les mutations morales qu’étudie La Rochefoucauld à propose de l’amour-propre jusqu’aux mutations biologiques que le naturaliste Jan Swammerdam fait découvrir aux membres de l’Académie des Sciences, en passant par les ouvrages qui mettent en scène le changement, le mouvement et l'instabilité caractéristiques de ce que Jean Rousset appelait autrefois le baroque. Parmi les nombreuses pistes envisageables, nous privilégierons les axes de recherche suivants.
Réception d’Ovide et d’Apulée
Qui pense métamorphose, pense bien sûr au poème d’Ovide, source inépuisable de personnages et de motifs qui interrogent le rapport de l’être humain au monde et l’irrésistible puissance d'Éros. Sa fortune a déjà été bien étudiée (Chatelain 2008) surtout chez les auteurs et artistes consacrés – de Montaigne à Racine, de Théophile à Quinault, de Poussin à Charles de la Fosse. Or Les Métamorphoses ont aussi nourri l’imaginaire d’hommes et de femmes en marge des réseaux officiels. Comment les récits ovidiens prennent-ils forme dans des contextes excentrés et à plus petite échelle ? Quelles formes d’hybridité entre merveilleux païen et merveilleux chrétien se manifestent dans les écrits intimes, les fêtes locales, l’artisanat et les arts décoratifs ? La réception plus souterraine de l’Âne d’or d’Apulée mérite aussi d’être reconsidérée. Comme l’a montré Françoise Lavocat (2011) pour le seizième siècle, le récit des aventures de Lucius métamorphosé en âne retraduite par Jean de Montlyard en 1612, et de celles de Psyché qui inspire l’une des œuvres les plus riches de La Fontaine, a encouragé ses imitateurs à explorer les frontières de la fiction. Qu’en est-il au dix-septième siècle ?
Métamorphose, post-humanisme et histoire environnementale
La crise climatique que nous traversons bouleverse le comportement des êtres et des phénomènes qui nous entourent et nous force à redéfinir nos relations au monde, aux êtres vivants, et à l’environnement. Selon Baptiste Morizot (2023), nous venons d’entrer dans une nouvelle ère mythique où ressurgissent des « êtres de la métamorphose » dont les comportements échappent aux cadres conceptuels légués par la révolution scientifique, notamment l’opposition nature-culture qui constitue un paradigme fondamental et structurant de la pensée au XVIIe siècle (Van Damme 2018). Gregory Quenet (2023) observe pour sa part que durant ce siècle, « les pratiques et les interprétations collectives de la nature restent encore fortement marquées par les prodiges et les signes divins, et marginalement par le naturalisme et la mathématisation du monde. » La métamorphose joue-t-elle alors un rôle majeur dans ces interprétations du monde vivant ? Quels nouveaux regards pouvons-nous porter sur les descriptions et représentations d’êtres métamorphiques – du papillon au loup-garou – dans les ouvrages scientifiques et moraux, les discours prodigieux et les récits de voyage au dix-septième siècle ? La transformation d’un humain en un autre animal manifeste-t-elle nécessairement son abêtissement par les vices ? Les métamorphoses végétales, entre explication étiologique et expression d’un désir d’élévation spirituelle chez Ovide, invitent-elles aussi à penser la place de l’humain au sein du monde vivant ?
Poétique de la métamorphose : formes et enjeux d’un motif fictionnel et dramatique
Les transformations extraordinaires qui défient l’entendement et les lois physiques abondent dans les genres merveilleux. Elles répondent sans doute aux fonctions identifiées par Pierre Brunel (1974), pour qui ce motif mythique interroge fondamentalement les causes, les origines, la croissance, la dégradation et la régénérescence des êtres. Dans le roman, l’épopée, le ballet de cour, la tragédie à machines, la comédie-ballet, la tragédie en musique et le conte de fées, la métamorphose peut agir tour à tour comme un catalyseur accélérant l'action, un élément perturbateur créateur de sens, ou un point d'aboutissement rétablissant l'ordre attendu. Le recours à la métamorphose comme ressort fictionnel et dramatique, qu’il soit ou non inspiré des récits d’Ovide et d’Apulée, répond-il aux mêmes interrogations dans les genres sérieux (querelle du merveilleux chrétien), les genres comiques (burlesque), ou les arts du spectacle (merveilleux vraisemblable) ? La métamorphose dans le conte de fées se trouverait-elle au croisement de toutes ces problématiques ?
Métamorphose et connaissance de soi
La présence de Narcisse dans l’écriture moraliste (Stiker-Métral 2007) nous invite à revisiter non seulement l’utilisation des mythes ovidiens dans la pensée de l’époque, mais surtout à comprendre comment la notion de métamorphose irrigue l’écriture de penseurs comme Pascal, La Bruyère ou La Rochefoucauld, chez qui les vertus se déguisent en vices et où l’amour-propre change constamment d’apparence, ou de penseuses comme Madeleine de Scudéry et Gabrielle Suchon qui plaident en faveur d’une transformation radicale du statut des femmes dans la société. Dans ce siècle fasciné par le portrait, quel est l’apport des mythes de la métamorphose sur la mise en forme du caractère dynamique du soi dans la peinture et la sculpture, les traités de morale, de civilité et de théologie, ainsi que dans les genres fictionnels comme la fable, le conte, les romans, et les arts du spectacle ?
Métamorphisme de la création littéraire et artistique
Ce dernier volet, consacré à la critique génétique, analysera les transformations qui se manifestent en cours de réalisation d’un projet littéraire ou artistique ou littéraire depuis l'idée initiale jusqu'à sa forme finale grâce à l’étude de documents de travail (brouillons, manuscrits, mémoires, esquisses, épreuves, etc.). Nous n’envisageons pas ici de restreindre le corpus aux seules œuvres littéraires et artistiques traitant explicitement du thème de la métamorphose. Benoît Bolduc (2016) a, par exemple, étudié les rapports souvent conflictuels entre l’information fournie par les mémoires, esquisses, devis, relations, et les gravures qui conservent la mémoire des décors de fêtes et de spectacles. Dans cette optique, il paraît également fécond d'analyser les transformations subies par les textes traduits, les textes réorganisés en recueils – comme l’a fait Maurizio Busca (2020) pour les Métamorphoses d'Ovide –, ou encore intégrés à des sommes icono-mythographiques comme celles de Cesare Ripa, Vincenzo Cartari et Noël Conti, traduites et rééditées tout au long du siècle.
Ouvrages cités
BRUNEL, Pierre, Le Mythe de la métamorphose [1974], Paris, J. Corti, coll. « Les massicotés », 2003.
BOLDUC, Benoît, La fête imprimée : spectacles et cérémonies politiques (1549-1662), Paris, Classiques Garnier, 2016.
BUSCA, Maurizio, « La mise en recueil des Métamorphoses d’Ovide aux XVIe et XVIIe siècles en France », Pratiques et formes littéraires, 17, 2020.
CHATELAIN, Marie-Claire, Ovide savant, Ovide galant. Ovide en France dans la seconde moitié du XVIIe siècle, Paris, Champion, 2008.
LAVOCAT, Françoise, « Frontières troublées de la fiction à la fin de la Renaissance. Apulée et le débat sur la métamorphose », Cahiers du dix-septième, XIII, 2 (2011): 92-109.
MORIZOT, Baptiste, L’Inexploré, Paris, Marseille, Wildproject, 2023.
QUENET, Grégory, « De quel XVIIe siècle l’histoire environnementale est-elle faite ? » Dix-septième siècle, 301(4), 2023.
ROUSSET, Jean, La Littérature de l’âge baroque en France. Circé et le paon, Paris, José Corti, 1954.
STIKER-MÉTRAL, Charles-Olivier, Narcisse contrarié. L’amour-propre dans le discours moral en France (1650-1715), Paris, Honoré Champion, 2007.
VAN DAMME, Stéphane, « Les “vexations de la nature”. Les épreuves du naturalisme entre révolution scientifique et Lumières », in Philippe Descola (dir.), Les Natures en question, Paris, Odile Jacob, 2018.
Le colloque aura lieu les 20, 21, et 22 mai 2027 ; les propositions de communication sont à adresser à Benoît Bolduc (benoit.bolduc@nyu.edu) au plus tard le 14 septembre 2026 ; les réponses seront transmises en janvier 2027.
Comité d’organisation
pour New York University, Benoît Bolduc ;
pour le CIR 17, Jean Leclerc (jlecler@uwo.ca) et Gilles Declercq (gilles.declercq@sorbonne-nouvelle.fr).
Comité scientifique
Jean-Vincent Blanchard (Swarthmore)
Derval Conroy (University College, Dublin)
Pierre Lyraud (Université de Montréal)
Martial Poirson (Paris-VIII)
Chiara Rolla (Università di Genova)
Marine Roussillon (Paris III-Sorbonne nouvelle)
Hélène Visentin (Smith)