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Calls for Papers and Contributions

Appel à communications : La nostalgie au théâtre
Posted: Saturday, September 29, 2018 - 23:15

Colloque international

Organisé par

Laurette Burgholzer (Université de Berne) et Vincenzo Mazza (Université Paul Valéry – Montpellier 3)

Collège d’Espagne (CIUP) & Département des Arts du spectacle (BnF), Paris

10, 11 et 12 avril 2019

 

Le théâtre est nostalgie du présent.

Olivier Py (2013)

 

Apparentée au désir violent du marin expatrié de retourner dans sa patrie au temps de la Grèce antique, la nostalgie est aujourd’hui notion-Protée. Elle n’est pas seulement privation ou regret quasi-pathologique qui naît de l’impossibilité d’atteindre un lieu, temps ou état familier. Elle est également un sentiment d’impuissance de ceux qui aspirent à un idéal, qui recherchent avec force et passion une valeur ou une qualité.

Mal du pays, fantasme d’un âge d’or, goût du vintage, « maladie suisse » ou encore passéisme ... Loin d’être un contenu donné, la nostalgie constitue une pratique culturelle dont les formes et significations en évolution sont liées à un espace-temps triple : celui des acteur.trice.s des pratiques nostalgiques, celui de l’objet désiré, et celui des chercheur.se.s qui se penchent sur ces phénomènes.

Si la « passion des retours » (Nicola Savarese) semble suggérer un état précis, l’objet de la nostalgie peut apparaître sous maintes formes diverses : histoire personnelle ou collective, propre ou appropriée, idéalisée ou imaginée, ou encore authenticité, état originel et intact. Il s’agit bien d’une pratique à deux faces, caractérisée par l’« enracinement » et l’« errance » (Barbara Cassin). Quel que soit son objet de convoitise, la nostalgie présuppose un présent vécu comme expérience de manque, de migration ou d’exil. Étranger dans son cadre et lieu de vie, « [l]e nostalgique est en même temps ici et là-bas, ni ici ni là-bas, présent et absent, deux fois présent et deux fois absent » (Vladimir Jankélévitch).

La nostalgie représente une posture face au présent insatisfaisant et face à ce qui est absent. En même temps, elle suscite le jugement. Notamment face à un optimisme progressiste, la nostalgie peut être considérée bourgeoise, voire même réactionnaire. Pour appréhender les pratiques théâtrales et discursives de la nostalgie, il est nécessaire de distinguer ses deux figures : d’une part, la « disposition nostalgique », partant d’une implication sentimentale de perte et de manque, et d’autre part, le « dispositif discursif nostalgique » qui se manifeste sous forme de narrations stratégiques dont les objectifs peuvent inclure l’instrumentalisation politique, économique etc. (Olivia Angé).

Les arts peuvent être à la fois les produits transposés de ces deux figures de la nostalgie et de potentiels producteurs de sensations nostalgiques. Qui peut donner « tant de chair et de relief à ces fantômes du regret » (Albert Camus) ?

Le théâtre, cet art des sens, ce lieu de partage d’odeurs, de matières, de goûts, de lumières et d’ombres, de sons et de silences ne se borne pas à représenter. Il a parfois la capacité de rendre présent ce qui est éloigné et inaccessible, tout comme la célèbre madeleine de Proust. Dans les visions d’Antonin Artaud, le désir de ce qui est hors de portée dépasse les limites de la mémoire : « nous ressentons le besoin physique, violent, et comme la nostalgie organique d’un art et d’une parole magique, et comme le théâtre est le seul art à pouvoir constituer une synthèse unique de tous les moyens d’expression et de tous les langages, nous attendons du théâtre qu’il nous redonne le sens d’une nouvelle magie vitale, qui nous réconcilierait avec lui et peut-être avec la vie. » 

Auparavant, des praticien.ne.s et connaisseur.se.s de théâtre du 19e siècle avaient cherché – en s’orientant vers Shakespeare, la Commedia dell’arte, la pantomime des Funambules, les marionnettes, le cirque – à trouver la formule des formes spectaculaires qui capteraient les sources vitales de l’inspiration et le génie de la communauté. C’est bien « l’une des grandes nostalgies primitivistes du romantisme » (Jean Sarobinski). En revanche, à partir de la deuxième moitié du 19e siècle et pendant plus d’un siècle, ce que l’on nomme communément Commedia dell’arte a été l’objet de nombreuses projections nostalgiques, libres de la contrainte que la « Commedia dell’arte en tant que fait historique n’existe pas. Depuis toujours c’est une abstraction, un peu de nostalgie, un peu d’utopie » (Roberto Cuppone).

Les âges d’or concernent la communauté entre acteurs et public, l’acteur-créateur et la dramaturgie. Pour ne citer qu’un exemple : les formes et sujets du Siglo de oro espagnol sont revisités par Victor Hugo, dans Hernani ou Ruy Blas. Quels sont les connaissances, les rapports et les intentions face à cette période spécifique de l’histoire du théâtre, qui eut également un écho considérable dans les recherches d’un art dramatique renouvelé à l’aube du 20e siècle ? Les objets de la pratique nostalgique sont de qualité hybride, entre le fait et le fantasme. Si les pratiques théâtrales disposent de différentes manières de remémorer, de présenter, d’analyser, de citer le passé et l’état absent, la disposition et le dispositif nostalgiques en représentent une manière spécifique.

La recherche sur la nostalgie est en plein essor. Pour ne citer que les quatre dernières années, plusieurs événements scientifiques ont porté sur la nostalgie dans le domaine des arts et sciences sociales. À Metz en juillet 2015 a eu lieu le colloque Nostalgie : entre le mal-être et le désir, organisé par l’Association européenne François Mauriac, présidée par Nina Nazarova ; en automne 2016, Histoire, Mémoire et Nostalgie : Représentations littéraires et culturelles, symposium organisé par leDépartement de philologie anglaise et l’Association lituanienne pour l’étude de l’anglais de l’université de Vilnius ; l’année suivante à Nancy, Estelle Zunino et Patrizia Gasperini ont organisé le colloque La nostalgie dans tous ses états ; en mai 2018, l’Université du Québec à Chicoutimi a mis en place le colloque Nostalgies, mémoires et cultures médiatiques : entre esthétique, marchandisation et politisation. Malgré la richesse et la variété des argumentaires et des requêtes des organisateurs, les quatre colloques mentionnés n’ont accordé au théâtre qu’une place marginale.

Le colloque international qui se tiendra du 10 au 12 avril 2019 à Paris visera à établir un nouveau champ de recherche en études théâtrales en définissant comme objet d’étude les manifestations et discours de la nostalgie au théâtre. Les chercheur.se.s sont invité.e.s à identifier et questionner des cas de pratiques nostalgiques dans l’histoire du théâtre et les arts du spectacle contemporains, à étudier dans quelle mesure la pratique théâtrale peut générer une contre-histoire ou des récits historiques alternatifs. Il est également prometteur d’analyser l’impact de l’exotisme et de l’historicisme sur ces phénomènes, et d’examiner des propositions théâtrales de souvenirs de demain, pour une époque post-humaniste. « [L]e paradis est verrouillé et le Chérubin est derrière nous ; il nous faut faire le voyage autour du monde et voir si le paradis n’est pas ouvert, peut-être, par derrière » (Heinrich von Kleist). Si le théâtre se caractérise par la présence ici et maintenant, quels sont ses rapports avec la nostalgie, cette « petite sœur de l’apocalypse » qui efface le présent ?

 

Tout en favorisant des travaux de recherche fondamentale basée sur des documents écrits, iconographiques etc. concernant le théâtre, le cirque, les arts de la marionnette, la danse, l’opéra, la performance, les propositions peuvent se focaliser sur un ou plusieurs des aspects suivants :

  • Mise en scène (décors, scénographie, lumière, costume, masque, musique, son, gestuelle, mimique, danse, voix etc.)
  • Pédagogie (théorie et pratique de la formation d’acteurs dans les différents domaines)
  • Structures et modalités de travail (compagnie, troupe ambulante, laboratoire, communauté etc.)
  • Dramaturgie (sujets, personnages, style, texte-matériau, structure dramatique etc.)
  • Discours pro- et anti-nostalgie au théâtre

 

Axes de recherche

  1. Un théâtre mythographe : production de récits historiques alternatifs ; la nostalgie au théâtre comme vecteur d’une idéalisation déformatrice du passé (David Lowenthal).
  2. Un théâtre des identités collectives : (re)présentations de la « communauté de perte » (exil, diaspora, états anéantis, « Ostalgie » etc.) et le rôle crucial de la nostalgie pour « construire, entretenir et reconstruire nos identités » (Fred Davis) ainsi que leur mise en question. La nostalgie peut être « provoquée non par la passion empirique mais par l’irruption d’une parole et d’une promesse » (Jacques Derrida).
  3. Un théâtre d’objets mnémoniques : objets fétiches, reliques laïques qui ont été en contact avec le passé. À l’instar de la madeleine de Proust déjà évoquée, les objets peuvent intervenir comme des médiateurs dans les rapports que des individus – sur le plateau et dans le public – établissent avec leur passé.
  4. Un théâtre de l’âge d’or des acteurs : « rethéâtralisation » et recherches d’une maîtrise corporelle et d’un lâcher-prise, allant d’imitations de formes et citations jusqu’aux utopies de société et de création (communauté artistique, « nature », théâtre populaire etc.), de la quête de personnages archaïques ou archaïsés aux constitutions d’un cadre rituel et/ou spirituel pour la pratique théâtrale.
  5. Anti-nostalgie et critique du théâtre nostalgique : accusations de la posture passive (mémoire-refuge) qui serait en opposition avec un théâtre didactique, de dénonciation, de lutte (Olivier Neveux), ou qui serait lié à un opportunisme économique. « Je n’arrive pas à comprendre le retrait suivant derrière le quatrième mur, dans le théâtre des acariens […]. Si le théâtre pousse vers le 19e siècle (ou s’il y est poussé par une nostalgie rentable), alors la malédiction de ma naissance tardive me presse vers la cantine » (Heiner Müller).
  6. Institutionnalisation de la nostalgie : théâtres et compagnies professionnels et amateurs dédiés à des formes spectaculaires du passé ; un théâtre qui sert d’asile pour préserver des formes théâtrales en voie de disparition.
  7. Industrialisation de la nostalgie : Création et diffusion de spectacles sur la base d’un marché régional, national et mondial de la nostalgie collective.

 

Comité scientifique

Christian Biet (Université Paris Nanterre) ; Laurette Burgholzer (Université de Berne) ; Guy Freixe (Université Franche-Comté) ;Raimondo Guarino (Université Roma Tre) ; Beate Hochholdinger-Reiterer (Université de Berne) ; Stefan Hulfeld (Université de Vienne) ; Joël Huthwohl (BnF) ; Vincenzo Mazza (Université Paul Valéry – Montpellier 3) ; Gilles Philippe (Université de Lausanne) ; Pierre-Louis Rey (Université Sorbonne Nouvelle) ; David Walker (University of Sheffield).

 

Responsables du colloque

Laurette Burgholzer (Université de Berne) ; Vincenzo Mazza (Université Paul Valéry – Montpellier 3)

 

Modalités de soumission

Les propositions de communication devront être adressées à nostalgie.theatre@gmail.com.

Format de la proposition : Argumentaire d’environ 250 mots en explicitant l’approche théorique et méthodologique, titre de la contribution, bibliographie et 5 mots-clés. Les propositions seront accompagnées d’une brève biobibliographie et des coordonnées électroniques de l’auteur-e. Les propositions peuvent être rédigées en français ou en anglais.

 

Date limite d’envoi : 15 octobre 2018

Les réponses d’acceptation du comité d’organisation seront envoyées au courant du mois de novembre 2018.

 

Langues du colloque : français et anglais.

La durée des communications ne devra pas dépasser les 30 minutes.

 

 

Frais d’inscription : Enseignant.e.s, chercheur.se.s, artistes : 50 euros ; étudiant.e.s, doctorant.e.s : 30 euros. Les versements seront à effectuer sur place. 

Les frais de déplacement et d’hébergement ne seront pas pris en charge.

 

Le colloque La nostalgie au théâtre est soutenu par :

Bibliothèque nationale de France

Collège d’Espagne

E.S.T – Études sur le théâtre

 
Appel à communications: Identités et circulation des spectacles forains
Posted: Saturday, September 15, 2018 - 04:45

Colloque international

Identités et circulation des spectacles forains : musique, théâtre, danse, acrobaties et marionnettes, 1660-1830

19 et 20 mars 2019

Date limite d’envoi : 30 septembre 2018

Langues du colloque : anglais, français, italien. L’usage du diaporama est recommandé. Une publication des actes est prévue.

Université de Reims Champagne-Ardenne et Institut international de la marionnette de Charleville-Mézières Organisateur : Bertrand Porot

Avec le soutien du CERHIC (Université de Reims), du CETHEFI (Université de Nantes), de la chaire ICiMa, co-portée par le Centre national des arts du cirque de Châlons-en- Champagne et l’Institut international de la marionnette de Charleville-Mézières.

Dans le cadre du projet ANR « Contrainte et intégration : pour une réévaluation des spectacles forains et italiens sous l’Ancien Régime » (CIRESFI), un colloque se tiendra les 19 et 20 mars 2019 à l’Université de Reims et à l’Institut international de la marionnette de Charleville-Mézières. Il aura pour sujet « Les spectacles forains en Europe, identités et circulation des pratiques : musique, théâtre, danse, acrobaties et marionnettes, 1660-1830 ».

À l’époque, les foires – et les « jeux » qu’elles attirent – sont présentes dans toute la France, d’une durée et d’un prestige variables selon l’importance des villes : Paris, Beaucaire, Guibray, Lyon, Bordeaux... Ce sont toutefois les spectacles forains parisiens qui sont les plus documentés à l’heure actuelle, en raison de leur importance et de leur attractivité. Ils l’ont été surtout grâce aux ouvrages de J.-C. Nemeitz (1727), des frères Parfaict (1743), et d’É. Campardon (1877). Depuis, ils ont fait l’objet d’un certain nombre de travaux et de programmes de recherche contemporains qui ont donné une meilleure visibilité à ces spectacles, en restant toutefois pour la plupart centrés sur Paris. L’exemple de l’opéra-comique des Foires, de loin le sujet le plus travaillé à l’heure actuelle, le montre bien.

Le colloque a donc la volonté d’envisager les spectacles forains dans leur globalité et dans un contexte historique et géographique élargi. Il a pour objectif de s’interroger sur plusieurs aspects : peut-on dresser une typologie de ces spectacles ? Peut-on y discerner des spécificités, des particularités ou des invariants ? Dans le même esprit, le colloque étudiera aussi bien les spectacles parisiens que ceux de province, en incluant les pérégrinations des forains eux-mêmes, et en débordant du strict cadre institutionnel des foires. On s’attachera également aux manifestations spectaculaires au sens large en ne se limitant pas au théâtre d’acteurs : marionnettistes, acrobates, sauteurs et danseurs de corde, dont il faudra cerner les particularités.

Les spectacles forains présentent, en général, un mélange de numéros variés, allant des tours de passe-passe aux comédies de l’opéra-comique, des montreurs d’animaux au théâtre de marionnettes, des « curiosités » et lanternes magiques aux spectaculaires acrobaties et danses de cordes, sans oublier les démonstrations des charlatans ou « opérateurs ». Ces numéros n’hésitent pas à mêler divers types d’intervenants, proposant des spectacles mixtes où se côtoient marionnettistes, acrobates, comédiens et danseurs comme dans la « Troupe de tous les plaisirs » à la foire Saint-Laurent de 1681.

Un grand nombre de ces divertissements présentent, d’une manière prononcée ou non, une dramaturgie où interviennent musique, jeu théâtral, pantomime et danse. Ainsi des « liaisons » s’insèrent dans les numéros de sauteurs aux foires parisiennes, proposant de petites intrigues dramatiques (Les Divertissements de la foire, 1678, anonyme). De même, les marionnettes s’accompagnent de musiciens dûment engagés pour les faire chanter ou danser à l’instar d’acteurs en vif (« Troupe royale des Pygmées », 1678).

La vie foraine s’organise également en saisons ce qui entraîne la circulation des artistes et des troupes dans le pays, un sujet qu’il s’agira de mieux éclairer. En effet, de nombreux documents d'archives, des témoignages, voire des comédies rapportent leurs pérégrinations ainsi que leurs démarches pour s'installer dans les villes et les foires, Des contacts s’établissent aussi avec d’autres pays européens, comme l’Angleterre et l’Italie : ces apports étrangers enrichissent les spectacles, comme le montre l’influence des comédiens italiens ou celle des pantomimes anglais attirés par les foires françaises. Pour ces derniers, leurs spectacles raffinés, mêlant pantomime, comédie, musique et danse, participent pour beaucoup à l’émergence d’une nouvelle conception de l’art chorégraphique, revendiquant une autonomie expressive du geste et de la danse.

Enfin une attention toute particulière sera prêtée à l’analyse contextualisée des lexiques employés pour désigner les spectacles et curiosités, les différents acteurs ou matériels mobilisés, en relation avec le programme « Terminologie multilingue des arts du cirque et des arts de la marionnette » de la chaire ICiMa.

Le colloque se propose donc de faire avancer la recherche sur le sujet par l’analyse et/ou la découverte de documents neufs issus des archives, de l’iconographie, des textes littéraires, historiques ou encore musicaux. De tels témoignages sont sûrement capables de renseigner à la fois sur le succès des jeux forains mais aussi sur leur nature, leur dramaturgie et leur richesse artistique.

Comité scientifique : Pauline Beaucé (Université Bordeaux Montaigne), Philippe Bourdin (Université Blaise Pascal, Clermont-Ferrand), Raphaèle Fleury (Institut international de la marionnette, Charleville-Mézières), Isabelle Ligier-Degauque (Université de Nantes), Bertrand Porot (Université de Reims) Françoise Rubellin (Université de Nantes), Cyril Triolaire (Université Blaise Pascal, Clermont-Ferrand). Le colloque se tiendra les 19 et 20 mars 2019 à l’université de Reims, Campus Croix-Rouge et à l’Institut international de la marionnette à Charleville-Mézières.

Les communications seront prévues pour 20 minutes avec suivi d’une discussion. Les propositions de communication devront être adressées à bertrand.porot@univ-reims.fr. Elles comprendront un titre, un argumentaire de 10 à 15 lignes environ et seront accompagnées d’un bref curriculum vitae d’une demi-page ainsi que des coordonnées électroniques de leur auteure ou auteur. Elles peuvent être rédigées en anglais ou en français. Les propositions de jeunes chercheuses et chercheurs et de doctorantes et doctorants seront particulièrement bienvenues. Les transports seront, dans la mesure du possible, à la charge des participants.

Appel à communications: Appréhender les catégories zoologiques dans les sociétés du passé : sources, méthodes, usages
Posted: Sunday, September 9, 2018 - 01:10

Journée d’études 

Vendredi et Samedi 22 – 23 mars 2019 

Centre de Recherches Egyptologiques de la Sorbonne (CRES) - 

Faculté des Lettres de Sorbonne Université –

Escalier G, 3e étage, salle J 324, 1 rue Victor Cousin, 75005 PARIS

Les relations entre humains et animaux ont, tout au long de l’Histoire, été marquées par la volonté récurrente des premiers d’organiser la diversité et la pluralité des seconds dans des catégories plus ou moins vastes aux contours plus ou moins bien définis. Ces classifications ont bien souvent vocation à ordonner l’apparent chaos de la faune environnante, voire à permettre à l’humain d’affirmer un statut à part face aux non-humains. De manière générale, de nombreuses sociétés anciennes s’illustrent par l’anthropocentrisme qui se dégage de leur ordonnancement du vivant, défini d’après les divergences qu’il présente par rapport aux êtres humains, à l’exemple de la fameuse définition de l’homme comme seul possesseur du logos chez Aristote. 

Ces catégorisations peuvent s’appuyer sur une variété de critères. Plusieurs sociétés proposent par exemple une première différenciation fondée sur l’habitat et l’habitus des animaux : chez les anciens Egyptiens comme dans la Genèse, on trouve une tripartition entre « ceux qui sont dans le ciel », « ceux qui sont dans l’eau », « ceux qui rampent sur la terre », etc. Le Moyen Âge, légataire des textes grecs et latins sans en être le passeur servile, a lui aussi interrogé les grandes formes du vivant, et offre diverses approches de la relation homme-animal selon le type de discours considéré : traités zoologiques, encyclopédies ou encore travaux lexicographiques. Les classifications mises en oeuvre par ces sociétés, et bien d’autres, diffèrent souvent de l’approche strictement hiérarchique et de la taxonomie systématisée par les savants de l’époque moderne, notamment C. von Linné et J.-B. de Lamarck, considérés comme les fondateurs des systèmes de classification du vivant dont descendent en grande partie nos propres considérations contemporaines.

L’objectif de cette journée de conférences et d’échanges, suivie d’une demi-journée de table ronde générale, modérée par de grands spécialistes du champ : Orly Goldwasser (Université Hébraïque de Jérusalem), Baudouin Van den Abeele (Université catholique de Louvain-la-Neuve) et Arnaud Zucker (Université Nice Sophia Antipolis), sera de tenter de comprendre la variété de ces hiérarchies et d’interroger quelques méthodes et pistes de recherche permettant de contourner les difficultés liées à la disparité des sources, aux problèmes de conservation, aux barrières linguistiques et cognitives et à l’impossibilité de reposer sur des informateurs systématiques. Toutes sont en effet spécifiques à l’anthropologie historique et compliquent l’appréhension de ces classifications pour les sociétés du passé, alors même que le champ a été ouvert dès les années 1960 en anthropologie (« ethnobiologie ») et en linguistique, mais aussi en psychologie cognitive. 

Il s’agira d’un atelier avant tout méthodologique, visant à rassembler historiens, linguistes, épistémologues, archéologues, zoologistes…, qu’ils soient jeunes chercheurs ou scientifiques expérimentés, autour de trois questions majeures : 

  • comment et d’après quelles sources appréhender les catégorisations zoologiques dans les sociétés du passé ? 
  • quelles relations entre observations empiriques et pratiques scientifiques ?
  • in fine, que nous apprennent les différents systèmes de catégorisation du vivant sur les sociétés qui les ont produites ? 

Le but sera donc de mettre en lumière les pratiques classificatrices des sociétés anciennes en s’attachant moins aux résultats (l’établissement d’une taxonomie pour une société donnée) qu’aux sources et aux méthodes sollicitées, afin de s’ouvrir au mieux à l’échange avec les spécialistes d’autres périodes et disciplines. La perspective de cette journée et demie de workshop est en effet résolument pluridisciplinaire. Si la linguistique tient d’ordinaire une place importante dans les travaux traitant de classification, en ethnobiologie comme en anthropologie historique, les sources permettant au chercheur de postuler l’existence de catégories zoologiques ne se limitent pas à l’étude lexicographique. A ce titre, les sociétés sans écriture ne seront pas écartées de la réflexion, et l’on s’attachera au contraire à identifier les contextes où des espèces animales peuvent être intimement associées ou radicalement contrastées dans des discours imagés ou dans des pratiques. Les restes archéologiques et les programmes iconographiques, autant que les textes littéraires, nous permettent d’entrevoir des systèmes de classement mis en oeuvre, et pas seulement élaborés dans les discours réflexifs des encyclopédistes ou des savants. L’étude de ces « usages catégoriels » permettra peut-être même de distinguer entre des taxonomies savantes et des folk taxonomies répondant à une façon quotidienne et populaire de penser la diversité animale. 

Les résumés en FRANÇAIS ou en ANGLAIS ne devront pas dépasser 300 MOTS auxquels seront ajoutées quelques références bibliographiques, pour une communication de 20 MINUTES suivie de 10 minutes de questions et échanges. Ils sont à envoyer avant le 30 novembre 2018 à l’adresse je.categorisation@gmail.com. Les réponses (positives ou négatives) seront envoyées par le comité d’organisation au plus tard le 15 décembre.

Les organisateurs : Meyssa BENSAAD, Yoan BOUDES, Axelle BREMONT et Simon THUAULT 

 

Quelques travaux de référence 

AARAB Ahmed & EL-MOUHAJIR Youssef (2014), « La dénomination zoologique arabe à travers le Kitâb el-Hayawân de Gâhiz », Arabic Biology and Medicine no. 5. 

AARAB Ahmed & LHERMINIER Pascale (2015), Le ‘Livre des animaux’ d’al-Jâhiz, L’Harmattan, Paris. 

BERLIN Brent (1992), Ethnobiological Classification. Principles of categorization of plants and animals in traditional societies, Princeton University Press, Oxford. 

BUQUET Thierry (2013), « Nommer les animaux exotiques de Baybars, d’Orient en Occident », in Christian Müller et Muriel Roiland-Rouabah (eds.), Les non-dits du nom. Onomastique et documents en terre d’Islam. Mélanges offerts à Jacqueline Sublet, Presses de l’Ifpo, Beyrouth. 

DITTMAR Pierre-Olivier (2012), « Le seigneur des animaux entre pecus et bestia. Les animalités paradisiaques des années 1300 », in Agostino Paravicini Bagliani (dir.), Adam, le premier homme, Florence, Sismel/Edizioni del Galluzzo, p. 219-254. 

GOLWASSER Orly (2002), Prophets, Lovers and Giraffes: Wor(l)d Classification in Ancient Egypt, Harrassowitz, Wiesbaden.

GRANGE Juliette (2015), “De la nomenclature à la classification”, in Philippe Selosse & Denis Reynaud (eds.), Nomenclatures au XVIIIe s. : la science, « langue bien faite ». Tricentenaire Linné-Buffon, Presses de l’Aristoloche, Lyon, p. 175-188. 

HÜNEMORDER Christian (1983), « Aims and intentions of botanical and zoological classification in the Middle Ages and Renaissance », History and Philosophy of the Life Sciences, vol. 5, no. 1, p. 53-67. 

MEEKS Dimitri (2012), « La hiérarchie des êtres vivants selon la conception égyptienne », in Annie Gasse, Frédéric Servajean & Christophe Thiers (eds.), Et in AEgypto et ad AEgyptum. Recueil d’études dédiées à Jean-Claude Grenier, Université Paul-Valéry, Montpellier. 

MILLER Jeanne (2013), More than the sum of its parts: Animal Categories and accretive logic in Volume One of al-Jahiz’s Kitâb al-Hayawân, these de doctorat, New York University, New York. 

POMMERENING Tanja & BISANG Walter (eds.) (2017), Classification from Antiquity to Modern Times. Sources, methods, and theories from an interdisciplinary perspective, De Gruyter, Berlin & Boston. 

PROVENCAL Philippe (2017), “La systématique zoologique dans le monde arabe”, Arabic Biology and Medicine 5, p. 21-28. 

ROSCH Eleanor (1978), “Principles of categorization”, in Eleanor Rosch & Barbara B. Loyd (eds.), Cognition & Categorization, Lawrence Erlbaum Ass., New Jersey. 

TILLIER Simon (2005), “Terminologie et nomenclature : l’exemple de la taxonomie zoologique”, Langages, vol. 157, p. 103-116. 

VOISENET Jacques (2000), Bêtes et hommes dans le monde médiéval. Le bestiaire des clercs du Ve au XIIe siècle, Brepols, Turnhout. 

ZUCKER Arnaud (2005), Les classes zoologiques en Grèce ancienne d’Homère à Elien (VIIIe siècle avant – IIIe siècle après JC), Publications de l’Université de Provence, Aix-en-Provence.

CfP: Les sources de la violence. Mesures de la cruauté et de la méchanceté dans le discours littéraire.
Posted: Sunday, September 9, 2018 - 01:05

York University, 19-20 mai 2019.

Toronto, Canada

PRÉSENTATION

La méchanceté et la cruauté se mesurent-elles? Ces formes de violences décrivent des comportements qui prennent leur source chez une personnalité déviante, dangereuse. Interroger ces perversions c’est comprendre les motivations qui initient l’attitude, les amonts de la violence, étant entendu qu’elle peut demeurer à l’état de projet.

Le Dictionnaire de la méchanceté nous apprend qu’au Moyen Âge le méchant (du verbe mescheoir) était un malchanceux, moins à craindre qu’à plaindre. Après le XVIe siècle, le terme commence à désigner une inclination au mal. L’appréciation de la méchanceté « demeure à la fois personnelle, conjoncturelle et collective, liée aux figures de l’altérité et aux représentations préexistantes […] de l’acte moralement répréhensible »[1], il ne faut donc pas négliger la dimension stéréotypique et fantasmatique de la représentation de la méchanceté.

Le discours légal a ses degrés de gravité, et tout un spectre pour évaluer la préméditation. Que retient la littérature de cet examen ?

La littérature accueille volontiers l’illégitime, de sorte que le partage de l’acceptable s’y effectue difficilement. Quels codes du potentiel dangereux s’appliquent alors à l’esthétique littéraire ?

La méchanceté, dit Simon Harel, « n’est pas une notion, encore moins un concept », mais plutôt un « inventaire émotionnel […] disparate », une « notion fugitive » [2]. La dimension communicationnelle semble particulièrement importante pour définir la méchanceté, car la relation engage un éthos maléfique qui compose sur les modes de la menace.

Alors que l’époque donne plus volontiers son attention aux « bons sentiments », à la bienveillance et au Care, cette rencontre met en lumière les voix de la violence. Pourtant, envisagée comme une forme essentielle de la subjectivité collective, la méchanceté participe à la définition et à l’affirmation d’un « moi social » qu’il nous semble essentiel d’éclairer. Décrivant un objet textuel marginal dans la littérature canonique comme dans le discours civique, ce colloque contribue à une définition originale et novatrice de la communication établie entre le discours social et le discours littéraire.

Ce colloque veut se pencher sur ces fictions littéraires malveillantes  qui reposent sur un projet esthétique cruel ou méchant. Traquant le romancier malin, soit celui dont la méchanceté est aussi astucieuse, les participants à ce colloque privilégieront les dimensions tant esthétiques que sociocritiques afin de comprendre les nuances du maléfique. Cas sinistres, situations inquiétantes, narration torves, il est attendu que les intervenants se risquent à quantifier la perversion littéraire, sinon à en déterminer la valeur et les critères de la réception manipulée.

 

COMMUNICATIONS

Date limite de dépôt des propositions de communication  (résumé de 250 mots accompagné d’une courte notice bio-bibliographique) : 10 octobre 2018.

Soumettre à mlarochelle@glendon.yorku.ca (indiquer comme titre du message « Soumission colloque méchanceté »)

Comité organisateur : Marie-Hélène Larochelle, Université York, Catherine Mavrikakis, Université de Montréal.

 

NOTES

[1] Dictionnaire de la méchanceté, Sous la direction de Lucien Faggion et Christophe Regina, Paris, Éditions Max Milo, 2012, p. 13.

[2] Simon Harel, Attention écrivains méchants, Québec, PUL, 2011, p. 3.

CfP: The Orléans Collection: Tastemaking, Networks and Legacy
Posted: Sunday, September 9, 2018 - 00:25

The Orléans Collection: Tastemaking, Networks and Legacy

New Orleans Museum of Art, January 11-13, 2019

Proposals: September 30, 2018

The New Orleans Museum of Art and the Frick Center for the History of Collecting will host a 

symposium in conjunction with 'The Orléans Collection' exhibition dedicated to the collecting 

and collection of Philippe II duc d'Orléans (1674–1723) on view at the New Orleans Museum of 

Art October 26, 2018 through January 27, 2019 

 

Collecting over just over two decades, Philippe II d'Orléans amassed one of the most important 

collections of European paintings in the history of art, which he displayed in his Palais-Royal in 

Paris. This celebrated collection assembled over 500 masterpieces of European Art and this

landmark exhibition reunites a representative group of forty works to tell the complex story of

the collection's formation and character and the impact of the sales of the collection in London

during the French revolution, a watershed event in the history of collecting. 

 

The Orléans Collectionexhibition catalogue essays offer an overview of the collection, Philippe's 

relationship with his court painter Antoine Coypel, the refurbishment of the Palais-Royal during 

the regency, his collecting of Venetian, Dutch and Flemish and Bolognese Art, contemporary 

artists studying the collection, and a review of the circumstances of the collection's dispersal.

The catalogue's extensive Appendix transcribes the earliest 1727 publication of the collection 

tracing picture to their current locations. 

 

The symposium seeks to expand beyond the scope of the catalogue and consider a 

wider range of relationships concerning Philippe d'Orléans's taste and the impact the collection 

had for generations of collectors and artists, and an increasingly wider public throughout the 

eighteenth century. Subjects of interest might include: Philippe II's patronage network; fellow

collectors and trends in collecting in Paris; dealers and the art market in eighteenth century

Paris; connections with contemporary collections in the German principalities; the 'Orléans 

Effect' in Great Britain and later entrance in public collections.  

 

Travel can be provided to a limited number of applicants. 

To propose a paper, please submit a message of interest and 300 word abstract by September 30, 2018to: nomasymposium@noma.org

New Publications

Recueils factices
Posted: 4 Apr 2022 - 10:33

Le dernier numéro de la revue Pratiques et formes littéraires 16-18, consacré aux "Recueils factices. La la pratique de collection à la catégorie bibliographique" (dir. Mathilde Bombart), est accessible en open access sur https://publications-prairial.fr/pratiques-et-formes-litteraires/


Prolongeant les travaux du séminaire sur les recueils menés au sein de l’IHRIM et du groupe de travail GADGES entre 2017 et 2020 (voir les deux numéros précédents de Pratiques & formes littéraires : sur le Recueil Barbin (1692) et sur Recueillir, lire, inscrire), ce numéro s’intéresse à une notion qui, bien que très couramment utilisée dans les catalogues de bibliothèque et les écrits bibliographiques pour désigner des volumes de toutes époques et de tous domaines, n’a encore donné lieu à aucune étude spécifique d’ensemble. L’expression de « recueil factice » désigne un volume relié dans lequel ont été agrégés des écrits (imprimés, mais aussi manuscrits, ou mixtes) qui n’ont pas été produits ensemble, qui ont souvent connu une circulation autonome, et n’ont pas (a priori) été pensés pour être réunis. La constitution d’un recueil factice résulte d’opérations après coup, soit de gestes d’assemblage et de reliure, réalisés par des acteurs divers et souvent mal identifiés : collectionneurs et lecteurs, bibliothécaires, libraires, éditeurs ou imprimeurs… Ces études visent à éclairer la fabrication et l’usage de ce type de volume qui représente un vecteur essentiel, même si souvent méconnu, de l’accès aux écrits du passé, en mettant en évidence ses fonctions et ses destinations, ainsi que les logiques intellectuelles et bibliographiques qui y sont à l’œuvre.

Marionnettes du XVIIIe siècle : anthologie de textes rares (F. Rubellin)
Posted: 15 Mar 2022 - 07:04

Françoise Rubellin, Marionnettes du XVIIIe siècle : anthologie de textes rares, Espace 34, 2022.

Sont rassemblées plus de 20 pièces pour marionnettes de la première moitié du XVIIIe siècle, presque toutes jouées à Paris dans les Foires Saint-Germain et Saint-Laurent. Quand en 1722 les acteurs de chair furent interdits dans les théâtres de la Foire, c'est par des comédiens de bois qu'on réussit à maintenir des spectacles, avec orchestre et chanteurs : l'opéra-comique pour marionnettes était né. Les marionnettes ont aussi joué un rôle essentiel dans la concurrence farouche qui opposait la Comédie-Française, détentrice d'un monopole, aux autres théâtres qui tentaient d'exister.
La verve des marionnettes permet une satire tout azimuts, qui prend pour cible aussi bien le petit peuple que les auteurs et les directeurs de théâtre, les francs-maçons ou même l'Académie française. Si Polichinelle, la vedette des marionnettes, est omniprésent dans ces pièces, on y trouve aussi tout le sel de la parodie, avec Orphée et Euridyce, Proserpine et Pluton, mais également des piques vers toutes les productions dramatiques de l'époque.

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Le changement climatique dans la littérature du XVIIe siècle à nos jours (Frédérique Rémy)
Posted: 14 Mar 2022 - 11:47

Frédérique Rémy, Le changement climatique dans la littérature du XVIIe siècle à nos jours, Paris, Editions Hermann, coll. "Météos", 2022.

EAN: 9791037016959
188 pages
Prix : 26EUR.
Date de publication : 16 Mars 2022

Quel impact un phénomène climatique peut-il avoir sur l’imaginaire  littéraire ? Comment sont perçus au cours du temps les différents scénarios de changement climatique  et leurs conséquences ? Comment nous confronter à une situation inédite, lutter ou inverser le cours de l’histoire annoncée ? Nous répondons à ces questions à travers les récits littéraires du XVIIe siècle à nos jours avec, en parallèle, l’avancée des recherches sur le climat.

Passage d’une comète, traversée d’un nuage cosmique, tremblement de terre, le soleil qui pâlit, la Terre qui bascule ou un savant fou qui sévit, autant de scénarios utilisés par les écrivains pour provoquer des changements climatiques. Les auteurs montrent une imagination tout aussi débordante pour nous proposer des moyens de lutter contre eux.

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La riposte de Molière (rééd.) (Paul Audi)
Posted: 14 Mar 2022 - 11:43

Paul Audi, La riposte de Molière (rééd.), Lagrasse, Verdier, coll. "Verdier poche", 2022.

EAN: 9782378561307
128 pages
Prix : 7,50 EUR
Date de publication : 18 Janvier 2022

« Quoi que puisse dire Aristote et toute la Philosophie, il n’est rien d’égal au tabac : c’est la passion des honnêtes gens, et qui vit sans tabac n’est pas digne de vivre… »

Ainsi débute Dom Juan, avec la tirade énigmatique de Sganarelle ventant au public les vertus du tabac, dont il ne sera plus question dans le reste de la pièce.
Mais pourquoi cet éloge ? Pourquoi le tabac ? De quoi serait-il la métaphore ? Quel sens y a-t-il à convoquer ici « Aristote et toute la Philosophie » ? En quoi le tabac permet-il d’«instruire les âmes à la vertu » ?

L’étude de Paul Audi tient de l’enquête policière. Au regard des commentaires les plus fameux, il propose une interprétation qui rend compte de chaque mot, de chaque indication de la tirade, mettant en relief le mobile politique qui sous-tend le texte de Molière.
Cette étude révèle le combat qu’un grand comédien et dramaturge a été conduit à mener, au moment le plus critique de sa vie, pour défendre son art.

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Le Siècle de Marie Du Bois. Écrire l'expérience au XVIIe siècle (Christian Jouhaud)
Posted: 14 Mar 2022 - 11:37

Christian Jouhaud, Le Siècle de Marie Du Bois. Écrire l'expérience au XVIIe siècle, Paris, Seuil, coll. "L'Univers historique", 2022.

EAN: 9782021492026
384 pages
Prix : 25 EUR
Date de publication : 10 Février 2022

Comment penser et écrire une histoire de l’expérience de vivre ? Telle est la question posée par Christian Jouhaud à partir de « l’espèce de journal » tenu pendant trente ans par Marie Du Bois, gentilhomme du Vendômois, valet de chambre des rois Louis XIII et Louis XIV. Cet écrit singulier surprend d’abord par la difficulté de lui trouver un statut : ce n’est ni un livre de raison, ni une autobiographie, ni un journal spirituel, ni une histoire, et pourtant il peut être abordé sous tous ces aspects.

Il ne s’agit pas non plus d’une histoire de vie, mais d’une histoire des expériences d’un homme « ordinaire » en ses territoires de vie. Le je de Du Bois, qui s’exprime continûment, ne sert en effet aucun épanchement autobiographique, mais, de page en page, il permet de comprendre l’itinéraire de l’intériorisation des normes et des contraintes par quelqu’un qui a confié à l’activité d’écrire régulièrement la représentation de sa vie comme action.

L’exercice pourrait sembler futile, ou mineur, si l’événement politique ne venait pas brutalement fracasser la mécanique diariste, finissant par politiser l’écriture, par exemple dans l’expérience intime de signes de désordre, comme pendant la Fronde, qui menacent la lisibilité d’un monde dont l’ordre est la valeur cardinale.

Depuis la chambre du roi et la campagne du Vendômois sont ainsi revisités les rapports entre local et national au XVIIe siècle, l’histoire politique de l’État, l’histoire anthropologique de l’acte d’écrire et de transmettre par l’écriture, inscrivant, dans le siècle de Louis XIV, un siècle de Marie Du Bois.

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Directeur d’études à l’EHESS, directeur de recherche émérite au CNRS, Christian Jouhaud est spécialiste de l’histoire sociale, politique et culturelle du xviie siècle. Son travail porte également sur l’histoire de l’historiographie et du fait littéraire. Il a notamment publié : Les pouvoirs de la littérature. Histoire d’un paradoxe (Gallimard, 2000), Sauver le Grand-Siècle ? Présence et transmission du passé (Seuil, 2007), Richelieu et l’écriture du pouvoir. Autour de la journée des dupes (Gallimard, 2015), Une femme a passé. Méditation sur la Gradiva (Gallimard, 2019).

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