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Calls for Papers and Contributions

Appel à contributions : Revue Dix-huitième siècle, Dossier thématique 54 (2022) : « Climat et environnement »
Posted: Sunday, September 20, 2020 - 21:50

A l’heure où les questions du changement climatique et de l’empreinte carbone sont au premier plan de l’actualité, un volume sur les perceptions et interactions environnementales au XVIIIe siècle paraît bienvenu. Pour accueillir toutes les acceptions d’environnement, un dossier pluridisciplinaire, et si possible transdisciplinaire, est de mise afin de croiser les perspectives des historiens (historiens des sciences, du climat, de l’environnement, et de l’art), des philosophes, et des littéraires. 

Nous invitons à une enquête, dans l’Encyclopédie, les encyclopédies et dictionnaires des Lumières, sur le sens et usages des mots « climat », « milieu », « éléments », « catastrophe », etc.  Ainsi, pour « climat », le sens du mot lui-même s’infléchit au cours du siècle. De « zone parallèle à l’Equateur », il prend sous l’influence des études médicales (Boerhaave, Arbuthnot…) celui de « température habituelle de l’air ». C’est à partir de ce premier sens que s’est élaborée ce qu’on a appelé la « théorie des climats ». Que nous apprend sur notre rapport au climat, la « fatale inclinaison » - l’inclinaison étant le sens premier du mot klima -, et la fin du « printemps perpétuel » où Rousseau voit l’origine des langues ? Ce volume sera l’occasion de faire le point sur ces anciennes conceptions du changement climatique, éclairées par le contexte actuel : celle du refroidissement de la Terre (Buffon, Théorie de la Terre) comme celle du réchauffement dû à la combustion du feu central (Théodore Augustin Mann). Un savoir nouveau sur le climat, notamment grâce aux descriptions des voyageurs, et une science nouvelle, la météorologie, se font jour. Le perfectionnement des instruments de mesure (thermomètre, baromètre…) et la constitution des premiers réseaux météorologiques permettent une approche scientifique du climat.  Emmanuel Le Roy Ladurie (Histoire du climat depuis l’an mil, Histoire humaine et comparée du climat) nous enseignent que le XVIIIe siècle, bien que faisant partie du Petit Age glaciaire (début XIVe-1860 environ) et en dépit de la variabilité naturelle, présente une météorologie plus favorable que le siècle précédent. Si le siècle des Lumières est marqué par de grands hivers (1709, 1740, 1788-1789) et si la période froide appelée « Minimum de Maunder »  contemporaine du règne du Roi-Soleil se prolonge jusqu’en 1715, la Régence et le règne de Louis XV sont marqués par un « dégel ». Les conditions météorologiques sont globalement favorables à l’expansion économique, mais des aléas climatiques rappelleront souvent violemment la fragilité de l’agriculture et des subsistances face aux éléments naturels. Agronomes (Duhamel du Monceau, Tessier, Rozier…), naturalistes (Ingenhousz, Andriani, Senebier…) et vétérinaires (Chabert, Bourgelat…) s’attacheront à perfectionner méthodes de culture, végétaux et cheptel. Mais libérer l’agriculture de sa dépendance au climat n’est pas si facile. Turgot en fera les frais de façon retentissante. La « météo » a-t-elle joué un rôle dans le déclenchement de la Révolution française ? Cette question largement débattue trouve aujourd’hui un nouvel éclairage à travers l’histoire environnementale qui, refusant le déterminisme climatique, s’intéresse aux interactions entre les sociétés et leur milieu. De nombreux travaux inscrits dans ce champ, institutionnalisé en France depuis une vingtaine d’années, ont récemment contribué à renouveler l’étude des rapports au climat des sociétés anciennes (E. Garnier, F. Locher, O. Jandot…). Face aux risques d’origine climatique, relevant de transformations lentes ou d’événements soudains, se posent les questions de l’acceptation, de l’adaptation et de la résilience. L’impact des activités humaines sur l’équilibre d’écosystèmes fragiles fait l’objet d’une prise de conscience, relative mais néanmoins perceptible dans les efforts de protection des îles tropicales en situation coloniale, mis en évidence dans le travail pionnier de R. Grove. La déforestation, l’assèchement des zones humides, l’agriculture intensive ne sont-elles pas de nature à bouleverser le climat d’une région ? Les pollutions générées par les activités préindustrielles ne portent-elles pas atteinte à la santé des habitants (Vandermonde, Skragge, Fourcroy, Gilbert, Fodéré, Morand…) ? Les topographies médicales qui fleurissent dans les dernières décennies de l’Ancien Régime témoignent de cette inquiétude. La question des prétendus « brouillards secs » engendrés par l’éruption du volcan Laki (1783) relève de l’histoire des pollutions, mais aussi des imaginaires liés au climat. La confrontation des corps et des sensibilités aux évolutions climatiques se traduit par des stratégies d’adaptation stimulant de nouvelles consommations, en particulier dans l’art de s’habiller et dans l’art d’habiter (vitrage, techniques de chauffage…). 

Enfin, c’est à la modernité technicienne du XVIIIe siècle, en particulier à l’invention du système technique de la première révolution industrielle fondé sur la machine à vapeur et le charbon comme combustible énergétique, que des historiens du climat imputent le début du réchauffement climatique (C. Bonneuil  et J.-B. Fressoz). La seconde moitié du XVIIIe serait donc ce moment charnière du grand moment de basculement dans un réchauffement climatique, aux causes désormais anthropiques (et souvent désigné de nos jours par le terme d’anthropocène).

Climat et environnement sera l’occasion de resituer l’homme dans son milieu au temps des Lumières, et d’examiner les modalités de son « acclimatement », sa place étant laïcisée mais non dénuée de fantasmes et de superstitions. Les « baromètres de l’âme » (Pierre Pachet) inaugurés par Rousseau (« J’appliquerai le baromètre à mon âme » - la métaphore deviendra un lieu commun des diaristes) révèlent une identité instable : le Sturm und Drang, l’esthétique du sublime, les représentations des tempêtes et des passions (littérature, peinture, musique) traduisent ce nouveau rapport au monde. En outre, l’attention aux « climats » se prête particulièrement aux approches pluridisciplinaires des humanités environnementales.  Elle situe et ancre les analyses littéraires, les études de cas et les théories philosophiques. Le prisme environnemental permet à de nombreux champs d’étude historiques et littéraires de se transformer : l’étude des révolutions agricoles et des catastrophes naturelles, la peinture de paysage, l’analyse des inscriptions de la nature dans la prose et la poésie, ainsi que l’histoire des jardins, profitent toutes des accents portés sur les entrelacs entre nature et culture, et sur la question de l’éthique de l’homme dans son environnement, qu’il s’agisse de présence discrète ou dominatrice, de respect, de tolérance, de care ou de soumission aux éléments.

 

Responsables scientifiques du dossier : Laurent Brassart, Laurent Châtel, Emilie-Anne Pepy et Anouchka Vasak.

Envoi de propositions : Le volume 54, résolument interdisciplinaire, pourra accueillir des contributions sur la littérature, l’histoire, l’histoire de l’art, les sciences du climat, de l’environnement et de la nature dans l’Europe du long XVIIIe siècle. Les propositions feront l’objet d’une sélection par un comité scientifique ; un abstract circonstancié d’environ 700/800 mots avec une courte bibliographie est à envoyer avant le 1er novembre 2020 à l’adresse suivante : 

climatenvironnementrevue@gmail.com

Une fois les propositions acceptées, les articles seront à remettre avant le 30 avril 2021. Pour plus d’informations sur la Revue voir : https://www.sfeds.fr/publications-18eme-siecle/revue-dix-huitième-siècle

Appel à contributions : Molière hors de l'hexagone
Posted: Monday, September 14, 2020 - 15:07

Appel à contributions pour un ouvrage collectif.

L’œuvre de Molière, de portée universelle, représente la culture française dans le monde grâce aux tournées et aux traductions qui la rendent accessible aux artistes étrangers, mais aussi par les mises en scène qui en sont présentées ou réalisées hors de l’hexagone.

De même que les textes de Shakespeare ont assez vite pris le statut de patrimoine international, le répertoire de Molière représente un socle culturel essentiel, un « lieu de mémoire » pour les Français, mais aussi, paradoxalement, pour les étrangers. Les metteurs en scène qui s’en saisissent tiennent soit un discours hypostasié selon lequel ce théâtre porte en lui des valeurs d’humanité universellement reconnues qui lui permettent de supporter bien des interprétations, soit un discours transcendant qui l’érige en modèle, même fantasmé. Enfin certains développent également bien souvent un discours patrimonial selon lequel il leur incomberait de faire vivre ce « lieu de mémoire » que représente Molière. Grâce aux tournées françaises, au travail de certains metteurs en scène français avec des acteurs étrangers ou encore parce que des hommes de théâtre partout dans le monde choisissent de se confronter à ses textes et de leur faire passer la rampe dans leur pays et dans leur langue, Molière semble garde une place de choix à l’échelle du monde. 

Premier axe : les artistes français à l’étranger.

Depuis la création des « Comédiens de l’Empereur » par Napoléon Ier, les représentations du répertoire classique à l’étranger ont souvent été utilisées comme fer de lance de la culture française. Toutefois, ce n’est qu’à partir de la Première Guerre mondiale que les initiatives des acteurs (ceux notamment de la Comédie-Française) se trouvent relayées par les pouvoirs publics. Soutenues financièrement par le ministère des Affaires étrangères, mais aussi le ministère de l’Instruction publique, un nombre croissant de pays européens sont investis dans des tournées. Dès 1920, Émile Fabre, Administrateur général de la Comédie-Française de 1915 à 1936, fait des Comédiens français des ambassadeurs dans les pays voisins de la France, de la  Belgique à l’Autriche en passant par la Grande-Bretagne, l’Italie, les Pays-Bas et la Scandinavie, la Yougoslavie, la Tchécoslovaquie, la Pologne, la Roumanie, la Bulgarie...

Dans le même mouvement, Louis Jouvet, le TNP de Jean Vilar, la compagnie Renaud-Barrault, puis le Théâtre de la Cité de Villeurbanne, aidés par les puissances publiques, se rendent aussi bien au Japon qu’en Amérique latine ou en Union soviétique pour tenir ce rôle de représentants de la culture française à l’étranger dans laquelle les œuvres de Molière occupent une part de premier plan. 

Depuis quelques décennies, cette diffusion s’est beaucoup diversifiée. Certains metteurs en scène français créent des spectacles avec des artistes étrangers dans leur pays d’origine et dans leur langue. Par exemple Antoine Vitez a présenté Tartuffe à Moscou en 1977, en russe avec des acteurs du pays ; Jean-Marie Villégier a mis en scène à Lisbonne en 1986 (douze ans après la Révolution des Œillets) un Dom Juan portugais avec la troupe nationale du Portugal, soit une pièce de Molière interdite sous le régime de Salazar. Éric Vigner a créé en 2004 à Séoul un Bourgeois gentilhomme avec la participation de la troupe du Théâtre national de Séoul. Au-delà de leur contribution à la diffusion de la culture française, ce détour par l’étranger permet aux metteurs en scène de renouveler leur regard sur les œuvres de Molière.

Deuxième axe : les traductions et les adaptations comme leviers pour la diffusion internationale de Molière.

La diffusion de l’œuvre de Molière sur les scènes internationales a aussi été rendue possible grâce à la réalisation de traductions et d’adaptations, parfois dès le XVIIIe siècle, comme en Hongrie, parfois plus tardivement, dans la deuxième moitié du XIXe siècle, comme au Japon, au Liban et en Égypte ou plus tard encore pour d’autres pays de langue arabe — en fonction de leur situation géopolitique et de leur lien à la culture française. 

On ne trouve les premières traductions en japonais qu’après la Révolution Meiji en 1868. Elles sont notamment l’œuvre du romancier Kôyô Ozaki. Elles se multiplient progressivement (on en compte onze différentes entre 1892 et 1903) et sont assez rapidement portées à la scène. L’Avare, à peine traduit, est présenté par des troupes du kabuki comme Ichimura. Des éditions complètes deviennent accessibles. Ces adaptations japonisées contribuent à un mouvement de diffusion à grande échelle. En 1934, celle de M. Kyôshô Yoshié comportait même les farces de Molière. Remarquable, elle fut aussitôt investie par des acteurs comme Sadao Maruyama qui se ressaisirent du Tartuffe, de Dom Juan, de L’Avare, mais aussi de Sganarelle ou le cocu imaginaire. Après la Seconde Guerre mondiale, de nouvelles traductions, liées aux réformes de la langue japonaise, sont publiées par le Professeur Tatsuno, de l’Université de Tokyo. Entre 1948 et 1957, le Haïyuza, une troupe de Tokyo, met en scène Les Femmes savantes, L’École des femmes, Le Bourgeois gentilhomme, Le Tartuffe avec un très grand succès.

Quant au Moyen-Orient, les traductions et adaptations des œuvres de Molière jouèrent un rôle crucial dans l’émergence du théâtre moderne dans le monde arabe dont la première pièce, Al Bakhil, créée par le libanais Marun al Naqash en 1847 à Beyrouth, fut une adaptation de l’Avare de Molière. Quelques années plus tard, en 1890, l’Égyptien Othman Galal, publia un ouvrage rassemblant les premières adaptations en arabe de Molière qu’il intitula Quatre pièces du meilleur théâtre (qui comprenait Tartuffe, les Femmes savantes, l’École des femmes et L’École des maris). Grâce à ces adaptations précoces, Molière devient, du Machrek au Maghreb, l’auteur le plus joué.

Troisième axe : les mises en scène de Molière hors de l’hexagone.

Pour prendre la mesure de l’importance du répertoire de Molière sur la scène internationale, appréhender les choix d’orientations scéniques et sentir comment telle ou telle mise en scène s’inscrit dans une société bien précise, comment sa réception est fonction du contexte social, politique et culturel de sa production, nous pouvons tenter de rassembler ensemble également un large corpus qui nous permettra sans doute d’apprécier combien ce répertoire est, à l’étranger comme en France, un lieu d’expérimentations.

Si les pièces de Molière ont fait l’objet d’une intense activité d’adaptation et de traduction dans le monde, elles ont aussi bénéficié d’une multitude de mises en scène via lesquelles des dramaturges ont tantôt essayé de proposer une nouvelle relecture de l’œuvre en l’ancrant dans leur propre culture, tantôt ils s’en sont servis pour critiquer ou dénoncer les travers de leurs sociétés et tantôt, dans un élan d’expérimentation, ils ont proposé de nouvelles formes dramaturgiques qui peuvent s’avérer quelquefois inhabituelles voire provocantes. Ce fut le cas du Hongrois Laszlo Marton qui a fait couler beaucoup d’encre (ou fait grincer), quand en 1976 il a joué L’École des femmes au Théâtre national de Finlande à Helsinski et à Budapest, en faisant de la demeure où est enfermée Agnès une forteresse noire et sinistre que le scénographe Miklos Feher a encerclée d’une large et haute grille aux piquets menaçants. Mais bien des noms à l’international sont à prendre en compte, de Serge Denoncourt à Peter Stein en passant par Jorge Mario Escobar.

*

Vos contributions nous aideront à dessiner un panorama, le plus significatif possible, des tournées à l’international de Molière, des traductions et des adaptations de son œuvre, de leurs modalités, de leurs enjeux, comme des grandes tendances de ce pan de l’histoire de la mise en scène.

D’ores et déjà, les premières directions exposées ici montrent combien le répertoire de Molière (limité, il est vrai souvent à un petit nombre de pièces récurrentes idéologiquement chargées comme Le Tartuffe, L’École des femmes ou Le Misanthrope) a servi et sert encore de terrain d’expérimentations à l’étranger pour les déconstructions les plus radicales de la scène contemporaine. À la croisée des cultures, Molière autorise toutes les audaces (pour la traduction de ses textes, comme pour leur mise en scène), car, comme Shakespeare, il est devenu atopique et atemporel.

 

Directeurs de publication :

Omar Fertat (Université Bordeaux-Montaigne) et Brigitte Prost (Université Rennes 2)

 

Comité scientifique (en cours).

 

Les propositions d’articles sont attendues d’ici au 30 octobre 2020 aux adresses suivantes :

prostbrigitte35@gmail.com

omar.fertat@u-bordeaux-montaigne.fr

 

RESPONSABLES : 

Omar Fertat, Brigitte Prost

Date de sortie de l’ouvrage novembre 2022 (choix de l’édition en cours de validation).

 

Voir les autres événements annoncés sur le site Molière 2022 :

http://moliere2022.org/

Appel à communications : Fictions impossibles / Impossible Fictions (2ème colloque la SIRFF/ISFFS)
Posted: Monday, September 14, 2020 - 15:02

Société Internationale de Recherches sur la Fiction et la Fictionnalité /

International Society for Fiction and Fictionality Studies (SIRFF/ISFFS)

Deuxième colloque international :

Fictions impossibles / Impossible Fictions

 

Les 28-29-30 octobre 2021

Université de Chicago

 

[For the English version of this call please see https://fiction.hypotheses.org/evenement-events]

Le deuxième colloque international de la SIRFF/ISFFS se tiendra les 28-29-30 octobre 2021 à l’Université de Chicago.

Le sujet du colloque sera "Fictions impossibles". Depuis Aristote qui considérait la narration poétique comme régie par les lois de la probabilité et de la nécessité, la fiction a été longtemps associée aux concepts de la possibilité et de la plausibilité. A l’époque moderne, c’est la croissance de la rationalité et de la plausibilité qui allait de pair avec l’émergence du roman européen (Chevrolet 2008, Duprat 2009). Toujours est-il que la fiction (et plus généralement le plaisir que procure l’expérience esthétique) a été également comprise sous le rapport des jeux libres de l’imagination. Des séries de « fantasy » aux jeux vidéo inspirés par les univers de Tolkien ou Lovecraft, l’époque contemporaine voit un goût renouvelé pour les mondes fictionnels impossibles. Par ailleurs, nombreux sont les lecteurs et les spectateurs qui se vouent à traquer et enregistrer avec fanatisme les « goofs » (c’est-à-dire les incongruités, les erreurs de la continuité, les anachronismes, etc.) dans les fictions écrites ou filmiques, ce qui témoigne d’un vif intérêt à l’égard des violations de la plausibilité (Hamus-Vallée and Caïra 2020). Les anomalies dans les fictions nous fascinent ; elles peuvent en outre donner lieu à des activités herméneutiques intenses.

L’objectif du colloque consiste à apporter les perspectives historiques, comparatives et théoriques qui portent sur la question des impossibilités de et dans la fiction sous trois angles majeurs. 1) les théoriciens de la fiction soutiennent parfois que les contradictions rendent la construction du monde fictionnel impossible (Doležel 1998). Cependant, le courant de la narratologie dite « non-naturelle » a ranimé l’intérêt des narratologues pour les fictions non réalistes (Richardson 2015, Alber 2016). Une analyse des cas limites éclaircira les paradoxes et contradictions qui ont été jugés comme incompatibles avec la construction d’un univers de la fiction. 2) L’acceptation et le rejet des contradictions et des impossibilités physiques, logiques psychologiques ou autres varient selon les périodes historiques et les traditions culturelles. Nous nous proposons d’explorer ces degrés de tolérance variables et fluctuants à l’égard des impossibilités de la fiction. 3) Les fictions sont parfois considérées comme impossibles par elles-mêmes, et ce, pour des raisons politiques, religieuses ou éthiques ou à cause d’un supposé épuisement des formes et motifs fictionnels. La version la plus connue de ce débat concerne la non-représentabilité de certains sujets, notamment les atrocités historiques et le traumatisme. Nous voulons nous pencher également sur la résurgence contemporaine de la méfiance généralisée ou même de la haine de la fiction, qui se trouve soit dans les non-fictions, au nom de la « faim de réalité (reality hunger) » (Shields 2010), soit, paradoxalement, à l’intérieur de la fiction elle-même.

Dans ce cadre conceptuel, nous accueillons une gamme de perspectives aussi bien disciplinaires qu’interdisciplinaires (histoire et théorie littéraires, narratologie, philosophie, cinéma et études des média, science cognitives). Les propositions peuvent traiter toutes les périodes historiques ou traditions culturelles ; nous encourageons par ailleurs des études des œuvres de fiction dans de différents média (y compris les jeux vidéo, les bandes dessinées, le cinéma, les séries télévisées).

Sujets possibles :

Paradoxes logiques et contradictions (affirmation d’A et non-A ; paradoxes du menteur ; paradoxes temporels ; renversements de la cause et de l’effet)

Violations des lois physiques (personnes qui volent, animaux qui parlent, omnipotence, invisibilité, mélange de rêve et de réalité)

Invraisemblance, non-plausibilité dans des contextes particuliers

Actes narratifs impossibles (narrateur mort, perspectives impossibles, narration non-fiable etc.)

Violations des principes éthiques ou des convenances qui décident de ce qui peut ou ne peut pas être représenté dans la fiction ; intolérance pour un public donné.

Conventions génériques et se limites (par exemple : science-fiction et les lois physiques).

Variations culturelles et historiques par rapport à l’acceptation des impossibilités de la fiction.

Impossibilités propres aux médias.

Réactions des lecteurs / spectateurs aux impossibilités fictionnelles.

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Tou.te.s les participant.e.s au congrès doivent devenir membres de la Société internationale de recherches sur la fiction et la fictionnalité (SIRFF).

Les propositions (250 mots, en anglais ou en français) sont à envoyer à impossiblefictions2021@googlegroups.com avant le 30 novembre, 2020.

La SIRFF/ISFFS décernera un prix pour le meilleur article d’un.e chercheur.se en début de carrière (doctorant.e ou docteur-e jusqu’à 3 ans après le doctorat), qui sera présenté à la conférence. Le lauréat ou la lauréate recevra un montant de $1000 (dollars US).

Si vous souhaitez être pris.e en considération pour ce prix, veuillez soumettre le texte complet de votre communication (3 500 mots/20 000 signes maximum) à impossiblefictions2021@googlegroups.com, avant le 31 janvier 2021.

*

Bibliographie

Alber, Jan (2016). Unnatural Narrative: Impossible Worlds in Fiction and Drama. Lincoln: University of Nebraska Press.

Caïra, Olivier (2011). Définir la fiction. Du roman au jeu d’échecs. Paris: Éditions de l’EHESS.

Chevrolet, Teresa (2007). L’Idée de fable. Théories de la fiction poétique à la Renaissance. Geneva: Droz.

Doležel, Lubomír (1998). Heterocosmica: Fiction and Possible Worlds. Baltimore and London: The Johns Hopkins University Press.

Duprat, Anne (2009). Vraisemblances. Poétiques et théorie de la fiction, du Cinquecento à Jean Chapelain, 1500-1670. Paris: Honoré Champion

Lavocat, Françoise (2010). “Paradoxes, fiction, mimesis, Methodos, savoirs et textes, http://methodos.revues.org/2443

———. (2016). Fait et Fiction, pour une frontière, partie III, ch. 2 “Mondes possibles impossibles,” Paris: Les éditions du Seuil, coll. “Poétique.”

Lewis, David (1978). “Truth in Fiction.” American Philosophical Quarterly, 15: 37–46.

Hamus-Vallée, Réjane and Caïra, Olivier (2020).  Le goof au cinéma. De la gaffe au faux raccord, la quête de l’anomalie filmique. Paris: l’Harmattan.

Matravers, Derek (2014). Fiction and Narrative. Oxford: Oxford University Press.

McHale, Brian (1987). Postmodernist Fiction. New York: London: Routledge.

Nolan, Daniel (2015). “Personification and Impossible Fictions.” British Journal of Aesthetics 55(1) 57–69.

Piaget, Jean (1974). Recherches sur la contradiction. Paris: PUF.

Priest, Graham (1997). “Sylvan's Box: A Short Story and Ten Morals.” Notre Dame Journal of Formal Logic 38(4) 573–582.

Richardson, Brian (2015). Unnatural Narrative, Theory, History and Practice. Columbus: Ohio State University Press.

Ryan, Marie Laure (2010) “Cosmologie du récit. Des mondes possibles aux univers parallèles.” In Françoise Lavocat (ed.), La Théorie littéraire des mondes possibles. Paris: CNRS Éditions, 53-81.

——— (1980). “Fiction, Non-Factuals, and the Principle of Minimal Departure.” Poetics 9(4) 403–422.

Shields, David (2010). Reality Hunger: A Manifesto. New York: Knopf.

https://fiction.hypotheses.org/evenement-events

Appel à communications : Cupidité, fantasme(s), convoitise. Regard critique sur la richesse et ses excès dans les littératures d’expression française en Amérique (XVIe-XXIe s.)
Posted: Monday, September 14, 2020 - 14:47

Edmonton, 29 mai-1er juin 2021

« L’argent ne fait pas le bonheur. »[1] Cette maxime, amendée, détournée, critiquée à profusion, et que l’on retrouve sous diverses langues, époques et tournures, met en évidence, dans une perspective quelque peu moralisatrice, une incompatibilité présumée des notions de richesse et de félicité. Pourtant, si la polysémie du terme « (bonne) fortune » en est une quelconque indication, la richesse est tout de même gage d’une certaine aisance, menant bien souvent à un sentiment de satisfaction[2], toutes proportions gardées. Mais qu’en est-il des excès qui découlent de l’accumulation de richesses ? Quand est-ce que la richesse devient-elle « trop », maladive, voire obsessionnelle ? Et par quelles variables définir ce que l’on peut/doit –ou non– qualifier d’excès, de trop-plein, de démesure ?

Dans l’imaginaire collectif, la promesse de richesse –qu’elle soit matérielle, abstraite, ou symbolique ; individuelle, collective, ou institutionnelle– se serait même imposée comme le mythe fondateur sur lequel repose l’exploration des Amériques, stimulant la naissance conceptuelle d’une destinée commune basée sur la richesse et sa possible accumulation, bien souvent aux dépens d’autres peuples. De cette dynamique est également né un faisceau de pratiques, d’attitudes, et de comportements qui lui semblent parfois indissociables : cupidité, fantasme, et convoitise ont dessiné les contours de cette américanité à l’échelle du continent et se cristallisent dans le capitalisme effréné et la spéculation des marchés boursiers. Les productions littéraires d’expression française en Amérique, du XVIe au XXIe siècles, du Canada francophone aux Antilles, témoignent de ce mouvement mortifère de l’inassouvissable désir de posséder. La richesse se positionne ainsi comme un élément discursif qui articule tout un pan de la littérature : en ce sens, les figures de l’excès (avare, parvenu.e, nanti.e, vantard.e, usurier.ère, créancier.ère) peuplent les récits et donnent à (re)penser le rapport à la richesse depuis des siècles.

Cet atelier se donne pour objectif de mettre en évidence différents modes de représentation de la richesse et de ses excès dans les littératures d’expression française en Amérique (Québec, Acadie, littératures francophones minoritaires au Canada, Louisiane, Antilles) du XVIe au XXIe siècles. Il sera l’occasion d’observer certaines spécificités régionales ainsi que de potentielles convergences dans les multiples littératures d’expression française en Amérique. Il permettra également de constater l’inscription de cette thématique dans la tradition littéraire mais aussi d’évaluer les stratégies de réappropriation et les renouvellements esthétiques et génériques qu’elle a occasionnés.

Dans ce regard critique sur la richesse et ses excès, trois axes semblent prometteurs :

L’axe du sujet : que l’accumulation soit d’origine pathologique, moyen d’oppression, ou encore source de jalousie, le sujet pensant et agissant est au centre du rapport à la richesse. On envisagera l’excès ainsi que les pratiques, les attitudes, les comportements –la cupidité, entre autres– qui en découlent.

L’axe de l’objet : au cœur de tous les fantasmes, la richesse est le point de départ vers l’excès. Il sera possible de réfléchir sur la notion de richesse à travers sa représentation littéraire, afin d’expliciter les mécanismes qui stimulent son désir immodéré.

L’axe de l’altérité : qui dit richesse, dit bien souvent convoitise. On se penchera sur les rapports de force qui sous-tendent l’interaction réciproque entre la personne détentrice de la richesse et autrui.

Voici une liste non exhaustive de pistes de réflexion qui pourront être abordées :

Définition(s) et représentation(s) de la richesse matérielle, abstraite, symbolique ; individuelle, collective, institutionnelle

Rapport entre richesse(s) et espace(s) : conquête du territoire et ressources naturelles (forestières, hydriques, minières, énergétiques…)

Discours politiques et économiques sur l’excès de richesse à travers les âges : mercantilisme, rentabilité, capitalisme effréné, marché mondialisé, spéculation

Richesse et oppression : inégalité(s), pouvoir, domination, esclavagisme, lutte des classes

À contre-courant des richesses : partage, redistribution, générosité, don, charité, modération, éthique, altruisme

Personnages, voix et stéréotypes de la richesse dans la littérature : les figures de l’excès (avare, parvenu.e, nanti.e, vantard.e, usurier.ère, créancier.ère)

Pathologie(s) et psychologie(s) : maladie, vice, accumulation compulsive ou obsessionnelle

Tabous, non-dits, secrets : comment parler de richesse ?

Regard(s) sur l’excès de richesse : honte, pudeur, désir, jalousie, hypocrisie, perfidie

Richesse et mensonge : feindre, prétendre, paraître

Discours sur la démesure : le superflu et l’inutile ; le luxe et l’opulence

L’excès de richesse dans la culture populaire : mythes, légendes, folklore

Héritage et influence de la tradition littéraire sur la représentation de la richesse et de ses excès

Approches théoriques/génériques/comparatistes/diachroniques ou synchroniques

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Responsables de l’atelier :

Julien Defraeye, St. Thomas University defraeye@stu.ca

Nicolas Hebbinckuys, University of Waterloo nicolas.hebbinckuys@uwaterloo.ca

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Les propositions (250-300 mots) sont à envoyer au plus tard le 15 décembre 2020 aux responsables de l’atelier.

Les personnes ayant soumis une proposition de communication recevront un message des responsables de l’atelier avant le 15 janvier 2021 les informant de leur décision. L’adhésion à l’APFUCC est requise pour participer à cet atelier. Il est également d’usage de régler les frais de participation au Congrès des Sciences humaines ainsi que les frais de conférence de l’APFUCC. Ils doivent être réglés avant le 31 mars 2021 pour bénéficier des tarifs préférentiels. La date limite pour régler les frais de conférence et l’adhésion est le 9 avril 2021. Passé cette date, le titre de votre communication sera retiré du programme de l’APFUCC.Vous ne pouvez soumettre qu’une seule proposition de communication pour le colloque de 2021. Toutes les communications doivent être présentées en français (la langue officielle de l’APFUCC).

 

[1] Citation attribuée par défaut à Pierre Choderlos de Laclos (1741-1803) dans Les liaisons dangereuses (1782), lettre CIV, adressée par la marquise de Merteuil à Madame de Volanges.

[2] Si l’argent ne fait pas le bonheur, « il le facilite beaucoup », ajoute la marquise de Merteuil.

http://apfucc.net/

Appel à communications : Voyage et amitié
Posted: Monday, September 14, 2020 - 14:41

Colloque international (Université de Haute-Alsace et Université de Strasbourg)

Organisation: 

Nicolas Bourguinat (Université de Strasbourg) et Nikol Dziub (Université de Haute-Alsace)

Le colloque se tiendra à Mulhouse les 3 et 4 juin 2021.

 

Dans le cadre des recherches menées au sein de l’ILLE (Institut de recherche en Langues et Littératures Européennes, UR 4363, Université de Haute-Alsace) sur les relations entre littérature et amitié, et dans la continuité notamment du colloque « “Amitiés vives” : l’amitié dans les correspondance d’écrivain.e.s » (Mulhouse, novembre 2020), nous souhaitons initier, en collaboration avec le laboratoire ARCHE (Arts, Civilisations, Histoire de l’Europe, UR 3400, Université de Strasbourg), une réflexion collective sur les liens entre voyage et amitié.

Voyager, n’est-ce pas, en quittant son horizon familier et ses repères familiaux et amicaux, prendre le risque de la solitude ? Et devoir en prendre, bien souvent, son parti ? C’est ce que suggère en tout cas l’incipit des Rêveries du promeneur solitaire : « Me voici donc seul sur la terre, n’ayant plus de frère, de prochain, d’ami, de société que moi-même. »

Quels recours, dès lors, pour le voyageur qui désire lutter contre l’isolement ? Dès l’abord, plusieurs réponses se proposent : le voyage à plusieurs ; la fraternisation avec les étrangers rencontrés en voyage ; mais aussi, au moment de la rédaction du récit du voyage, l’écriture à plusieurs (sur ce dernier sujet, on se référera avec profit au numéro 3 de la revue Viatica (2016), qui propose un dossier intitulé « Écrire le voyage à deux », portant principalement sur un corpus anglophone, mais riche d’enseignements théoriques à portée plus générale).

Ce sont donc les différentes configurations du voyage à plusieurs et de l’écriture viatique à plusieurs que nous voudrions explorer. Voici quelques-uns des axes (non exclusifs) que nous aimerions développer.

L’amitié comme viatique

Certains voyageurs semblent d’autant plus jouir de la douceur de l’amitié qu’ils sont loin de chez eux – comme si le contraste entre l’étrangéité constitutive de l’ailleurs et la familiarité essentielle de l’ami fonctionnait à la manière d’un révélateur. Certains textes de George Sand sont à cet égard particulièrement éloquents : les amis qu’on « emporte » avec soi en voyage semblent presque s’apparenter, aux yeux de la romancière (qui en 1833 part en Italie avec Musset, et qui en 1836 voyage en Suisse avec Liszt et Marie d’Agoult – sans oublier, bien sûr, le voyage avec Chopin à Majorque en 1838-1839), à un viatique. Dans les Lettres d’un voyageur (1834-1836), elle écrit ainsi : « Torcello est un désert cultivé. […] J’avais sur la tête le plus beau ciel du monde, à deux pas de moi les meilleurs amis. » « Un désert cultivé » : n’est-ce pas une figuration topique particulièrement efficace de l’espace étranger parcouru en compagnie d’amis ? Et ailleurs dans le même texte, George Sand fait l’éloge de l’amitié, qui fonctionne cette fois comme un viatique à l’échelle existentielle : « Bénis soient [mes amis] ! Ils m’ont fait croire à quelque chose, ils ont planté dans mon naufrage une ancre de salut. » En outre, si l’amitié protège de la solitude du voyage (et du désarroi existentiel), en retour le voyage fortifie les amitiés, dont elle révèle toute la profondeur. À propos de « Malgache » (c’est-à-dire du botaniste Jules Néraud de Vavre), ainsi, elle note : « C’est alors qu’étant tous deux fixés dans le pays, et notre connaissance ayant commencé sous des auspices aussi sympathiques, nous nous liâmes d’une vive amitié. Un voyage de bohémiens que nous fîmes dans les montagnes de la Marche, jusqu’aux belles ruines de Crozant, nous révéla tout à fait l’un à l’autre. » Et l’amitié occupe une place si importante dans ces lettres viatiques, qu’elle en devient en quelque sorte la matrice énonciative : « J’ai été poussée, par un instinct individuel que je ne sais pas qualifier, à écrire ma vie jour par jour, en m’épanchant dans le sein de l’amitié. » Là encore, l’amitié comme condition sine qua non de l’échange épistolaire fonctionne comme un viatique : « Écrivons-nous tous les jours, je t’en prie ; je sens que l’amitié seule peut me sauver. » Et parfois, George Sand va jusqu’à faire de l’amitié un viatique au sens suprême, religieux, du terme : « Il me semble que tant que j’aurai à mon côté un ami sincère et fidèle, je ne peux pas mourir désespérée ; je lui ai fait jurer, ce soir, qu’il assisterait à ma dernière heure, et qu’il aurait le courage de ne point m’en dissuader. » L’image revient plus d’une fois : « O amitié ! sobre de démonstrations et forte de dévouements, qui te paiera de ce que tu supportes d’heures sombres et de funestes pensées auprès d’une âme moribonde ! Assis comme un médecin sans espoir au chevet d’un ami expirant, il semble tâter le pouls à mon désespoir et compter ce qu’il me reste de jours mauvais à subir. » Une posture existentielle que Robert Louis Stevenson résumera sur un ton moins grave, dans sa facétieuse et célèbre sentence : « But we are all travelers in which John Bunyan calls the wilderness of this world – all, too, travelers with a donkey ; and the best we can find in our travels is an honest friend. »

Plusieurs voyageurs, une seule personnalité d’auteur

Parmi les plus célèbres des voyages entre amis, citons celui que Gustave Flaubert et Maxime Du Camp font en Bretagne en 1847, et qu’ils racontent dans Par les champs et par les grèves. Certes, plus que d’un récit à quatre mains, il s’agit de l’entremêlement de deux récits écrits séparément, les chapitres de Du Camp paraissant d’ailleurs dès 1852, tandis que ceux de Flaubert ne seront publiés qu’en 1881. Mais, au-delà du voyage commun, le projet d’écriture a bien été conçu à deux. En témoigne telle lettre de Flaubert à Louise Colet : « Ce livre aura quinze chapitres […] ; j’écrirai tous les chapitres impairs, 1, 3, etc., Maxime tous les pairs ». Ce qui ne signifie pas qu’il n’existe pas une hiérarchie entre les deux voyageurs. Comme le souligne Madame Le Herpeux, « c’est Flaubert qui assure l’unité du livre : les douze sommaires sont de sa main, et Du Camp travaille d’après ses indications, et même, pendant quelque temps, sous sa surveillance directe. » Mais Flaubert ne s’appesantit nulle part, dans sa correspondance, sur ce déséquilibre. Au contraire, il va jusqu’à affirmer que sa personnalité de voyageur et celle de son ami se mêlent, pour ne former plus qu’une seule personnalité d’auteur : « Écrivant dans la même pièce, il ne peut se faire autrement que les deux plumes ne se trempent un peu l’une dans l’autre ; l’originalité distincte y perd peut-être, ce serait mauvais pour toute autre chose, mais ici l’ensemble y gagne en combinaisons et en harmonie. » Bref, le voyage puis l’écriture du voyage seraient l’occasion d’expérimenter ce qu’on pourrait appeler une solitude à plusieurs. On pourra citer, dans la même veine, la History of a Six Weeks’ Tour through a Part of France, Switzerland, Germany, and Holland ; with Letters Descriptive of a Sail Round the Lake of Geneva and of the Glaciers of Chamouni de Mary et Percy Shelley, publié à l’automne 1817, même si là aussi une certaine hiérarchie de fait (sinon de droit) se fait jour, Mary ayant bien plus contribué à l’écriture de ce récit de voyage que Percy.

Le voyage à plusieurs comme système panoptique

Toutefois, une telle fusion (fantasmée) des personnalités des voyageurs est loin d’être systématique. Ainsi, quand il voyage en Espagne avec quelques-uns de ses amis (Maquet, Boulanger, Giraud et Desbarolles, sans oublier son fils, Alexandre Dumas junior) en octobre-novembre 1846, Dumas père (qui voyage aussi de concert avec le peintre Jean-Pierre Moynet en Russie et à travers le Caucase en 1858) souligne la complémentarité, et non la fusion, des regards respectifs des différents voyageurs – complémentarité d’autant plus féconde que les uns sont écrivains tandis que les autres sont peintres. Soulignant qu’il est un temps pour se mêler joyeusement aux étrangers, et un autre où il est préférable de partir accompagné de quelques proches (« D’ailleurs, je comptais bien partir en bonne compagnie. Le voyage seul, à pied, avec le bâton à la main, convient à l’étudiant insoucieux ou au poète rêveur. J’ai malheureusement passé cet âge où l’hôte des universités mêle sur les grandes routes son chant joyeux aux grossiers jurons des rouliers »), Dumas fait aussi et avant tout l’éloge de la création, non pas à plusieurs, mais côte à côte : « Nous rentrâmes chez maître Pepino émerveillés de ce que nous avions vu, jurant de revenir habiter Grenade : Boulanger, Giraud et Desbarolles pour faire de la peinture, Maquet et moi pour faire du roman ou de la poésie, et Alexandre pour ne rien faire. » Ici, les paysages contemplés apparaissent comme des objets pluri-dimensionnels qu’il convient, pour n’en laisser échapper aucune dimension, d’aborder selon une perspective multimédiale et pluriscopique, voire panoptique. Nous serions ainsi heureux de recevoir des propositions étudiant conjointement deux ou plusieurs récits ou documents portant sur le même voyage : on pensera, parmi de nombreux autres exemples, aux Oasis interdites d’Ella Maillart et au Courrier de Tartarie de Peter Fleming, deux récits retraçant un voyage commun de Pékin à Srinagar en 1935 ; à La Voie cruelle d’Ella Maillart encore et à Où est la terre des promesses ? d’Annemarie Schwarzenbach, double témoignage sur le voyage des deux femmes en Afghanistan en 1939 ; ou encore à la complémentarité des récits de Nicolas Bouvier et des dessins de Thierry Vernet dans Douze gravures de Thierry Vernet. Trois textes de Nicolas Bouvier (évocation à deux « voix » d’un voyage de Venise à Istanbul accompli en 1951 par les deux hommes en compagnie de Jacques Choisy) et dans L’Usage du monde (compte rendu poétique d’un voyage à deux de Belgrade à Kaboul en 1953-1954). Bouvier évoque d’ailleurs dans une lettre à Vernet datée du 24 novembre 1954 sa complicité viatique comme artistique avec ce dernier : « Bien sûr l’idée de faire remarcher notre tandem m’excite beaucoup. Ton travail est un stimulant pour le mien. Par des chemins différents, on poursuit le même objectif. C’est ce qui rend la collaboration et confrontation si dynamique. »

Quand le voyage à plusieurs se fait invasion

À côté de ceux qui considèrent le voyage lui-même comme un objet pluri-dimensionnel qu’il faut appréhender simultanément de plusieurs côtés à la fois (d’où la nécessité de voyager, de regarder et d’écrire/de créer à plusieurs), selon une perspective scopique externe, il y a ceux qui considèrent les pays visités comme des espaces qu’il faut en quelque sorte envahir du regard, selon une perspective scopique interne. Dans son Constantinople (1854), Gautier évoque la solitude du voyageur : « On sait que l’on va s’exposer à des fatigues, à des privations, à des ennuis, à des périls même, il en coûte de renoncer à de chères habitudes d’esprit et de cœur, de quitter sa famille, ses amis, ses relations, pour l’inconnu, et cependant l’on sent qu’il est impossible de rester, et ceux qui vous aiment n’essayent pas de vous retenir et vous serrent silencieusement la main sur le marchepied de la voiture. » Cependant, en voyageant, « on comprend qu’on peut vivre ailleurs que dans son pays, sa ville, sa rue, avec d’autres que ses parents, ses amis, son chien et sa maîtresse. » Et si l’on part avec un compagnon, ce n’est pas pour emporter avec soi une incarnation de l’ici. C’est pour voir deux fois plus, pour ne rien laisser échapper du territoire que l’on conquiert (dans les deux sens du terme, amoureux comme militaire) du regard, que l’on part avec un ami – témoin ces lignes d’Un tour en Belgique et en Hollande, récit d’un voyage fait de concert par Gautier et Nerval en 1836 : « Je n’avais pas encore vu une seule femme blonde, quoique j’eusse mon télescope constamment braqué, et que mon ami Fritz [entendez Nerval] regardât à gauche, tandis que j’explorais le côté droit de la route, de peur de laisser passer dans un moment de distraction ou de négligence, quelque Rubens sans cadre, sous forme d’une honnête Flamande. »

Dans le même ordre d’idées, mais dans un contexte différent et donc selon une perspective politique radicalement autre, on pourra citer le voyage d’André Gide en URSS en 1936. Gide a l’habitude de voyager à plusieurs. Outre son voyage de noces en Italie (1895-1896), qu’il fait, comme il se doit, avec son épouse Madeleine, mais aussi pour partie en compagnie de l’orientaliste germano-balto-pétersbourgeois Fédor Rosenberg, dont le couple fait la connaissance en cours de route à Florence, on peut citer notamment son voyage en Afrique-Équatoriale Française (1925-1926), fait en compagnie de son « neveu » et amant Marc Allégret, qui réalise un film au Congo pendant que Gide prend des notes. Mais ce qui fait la particularité du voyage en URSS, c’est que Gide s’y « munit » d’amis – Pierre Herbart (qui habite Moscou depuis six mois), Louis Guilloux, Jacques Schiffrin (qui, comme son nom l’indique, sait le russe), Jef Last (dont c’est le quatrième voyage en URSS) et Eugène Dabit (qui mourra à Sébastopol) – afin d’occuper plus efficacement le terrain. Il ne veut rien manquer, il ne faut pas que quoi que ce soit échappe au regard des voyageurs, qui mènent une véritable enquête sur la vérité et les mensonges de l’URSS : « Par grande crainte de ne point suffire, j’avais eu soin de m’adjoindre cinq compagnons […]. Oui, je pensais que, pour bien voir et entendre, six paires d’yeux et d’oreilles ne seraient pas de trop ; et pour permettre les recoupements de réactions forcément différentes. » En outre, pour Gide, certains compagnons servent de garde-fous, d’intermédiaires critiques entre un voyageur qui craint d’être naïf et un empire soviétique qui ne demande qu’à exploiter la crédulité des visiteurs. De Pierre Herbart, ainsi, Gide écrit dans ses Retouches à mon « Retour de l’URSS » : « Il a certainement beaucoup aidé à m’avertir, je veux dire : éclairé bien des choses que je n’aurais sans doute pas comprises par moi-même. » Bref, le voyage à plusieurs fonctionne à la fois comme une stratégie d’invasion scopique et comme un dispositif critique.

Bien entendu, d’autres axes méritent d’être explorés :

les voyages entre époux – comme ceux des archéologues Jane et Marcel Dieulafoy en Perse, par exemple ;

les voyages à la rencontre d’amis lointains (comme ceux de Louise Colet, qui se dit toujours fêtée et reçue par de nombreux d’amis au cours de ses voyages, en Italie mais aussi en France) ;

ou encore les voyages dont naissent des amitiés (comme ceux de Madame Du Boccage, qui noue beaucoup d’amitiés dans son voyage en Italie, notamment à Venise, au point qu’elle regrette de partir et déclare que son époux l’y a un peu forcée).

Et nous serons heureux de recevoir des propositions qui nous suggèreraient de nouvelles façons d’aborder la question qui nous occupe.

*

Les propositions sont à envoyer à

Nicolas Bourguinat (Université de Strasbourg, bourguin@unistra.fr)

et Nikol Dziub (Université de Haute-Alsace, nikol.dziub@uha.fr) avant le 1 novembre 2020.

Le colloque se tiendra à Mulhouse les 3 et 4 juin 2021.

Les communications feront l’objet d’une publication, sous réserve d’acceptation par le comité scientifique.

https://www.ille.uha.fr/

Jobs

Assistant Professor of French at Grove City (Department of Modern Languages)
Posted 20 Sep 2021 - 11:10

Grove City College’s Department of Modern Languages invites applications for a full-time assistant professor of French beginning in the fall of 2022. The department supports a vibrant community of students minoring and majoring in French.

Applicants must have a Ph.D. in French-language literary or cultural studies (time period and geographical region of specialization open) or in a closely related field awarded by August 2022. We seek a generalist excited about teaching all undergraduate levels of language, literature, and culture. The ability to teach phonetics would be an asset. Native or near-native fluency in French and English required. The successful candidate will contribute to the life of the department through excellent course delivery, advising, and participating in campus efforts such as French Table and recruiting.  

Preference will be given to those who have a strong record of classroom teaching and scholarship within their field. Candidates must have a commitment to teaching highly motivated students at a Christian liberal arts institution. Rank and salary are commensurate with qualifications. Faculty members are expected to teach a 4/4 load. Review of applications will begin October 29 and continue until the position is filled.

Please send a current curriculum vitae, names and contact information for four references (three professional and one pastoral), and a letter of interest that explains how your Christian faith represents a strong fit with Grove City College’s unique mission as a Christian liberal arts college to: Mrs. Jamie N. Kimble, Associate Director of Human Resources at employment@gcc.edu.

Grove City College is a private educational institution noted for its academic excellence where scholarship is informed by Christian principles. It does not discriminate on the basis of race, color, sex, national origin, age, ancestry, non-job-related disability, use of a guide or support animal, or any other basis prohibited by applicable law in the administration of its educational policies, admission policies, scholarship and loan programs, and athletic and other college-administrative programs.

French Lecturer position at Baylor University (Department of Modern Languages & Cultures)
Posted 20 Sep 2021 - 11:07

The Department of Modern Languages & Cultures at Baylor University is seeking to appoint two Lecturers, one in Italian and one in French, beginning August 2022, to teach beginner, intermediate, and upper-level courses in a dynamic program committed to innovation and excellence. 

The full-length job postings can be viewed online at 

https://apply.interfolio.com/89080 and https://apply.interfolio.com/89082 .

To ensure full consideration, complete applications must be submitted via Interfolio (https://apply.interfolio.com/89080 and https://apply.interfolio.com/89082) by October 15, 2021.

If you have any questions regarding this position, please contact Cristian_Bratu@baylor.edu.

Assistant Professor of French - U Delaware
Posted 17 Sep 2021 - 20:05

The Department of Languages, Literatures and Cultures (https://www.dllc.udel.edu) in the College of Arts and Sciences seeks an Assistant Professor of French to teach French language courses and serve as Course Coordinator in our elementary French language sequence, managing curriculum, coordinating with instructors, and supervising teaching assistants. The ability to teach intermediate to advanced courses in French film, literature, or culture is a plus. The position is a terminal appointment that is renewable for up to 3 years, with a start date of February 1, 2022. It includes full benefits.

QUALIFICATIONS AND RESPONSIBILITIES: The successful candidate will have a PhD in hand in French Language, Literature, or Cultural Studies; native or near-native fluency in French and English; and a minimum of one year of college-level teaching experience as the instructor of record. Experience with course supervision and/or the supervision of Graduate Teaching Assistants is desirable. Experience with directing study abroad programs is welcome.

For further information, and to apply: https://careers.udel.edu/cw/en-us/job/496882/assistant-professor-of-french-college-of-arts-and-sciences

Lecturer in Early Modern European History (1450-1750) at Durham University
Posted 23 Aug 2021 - 15:55

The Department of History at Durham University seeks to appoint a talented individual to the fixed term role of Lecturer in Early Modern European History (1450-1750).

The Department of History is widely recognized as a leading centre of historical research and teaching, consistently ranking amongst the top UK History departments in league tables.

Durham University has an outstanding reputation in the field of Early Modern history, with thirteen colleagues working on Early Modern Britain, Europe, East and South Asia, and North America. The Department is closely involved in the multi-disciplinary the Institute for Medieval and Early Modern Studies, which brings together over 120 permanent colleagues from across the University.

The role of a fixed term Lecturer at Durham provides the opportunity to deliver outstanding education and research within an inclusive and supportive environment that is staffed by world class colleagues. Guided by a designated mentor, Lecturers will be supported to develop their academic careers with training and financial support in research and education.

The primary focus of this role is on research and teaching but there will also be the opportunity to engage in wider citizenship within the University and beyond.

This role of Lecturer is for a fixed term of 23 months. It is not anticipated that this post would be extended beyond the initial fixed term.

Applicants must demonstrate research excellence in Early Modern European History (1450-1750), with the ability to teach our students to an exceptional standard and to fully engage in the services, citizenship and values of the University. The University provides a working and teaching environment which is inclusive and welcoming and where everyone is treated fairly and with dignity and respect. Candidates will be expected to demonstrate commitment to these key principles as part of the assessment process.

In the first year, the post-holder will be expected to contribute to the team-taught level 1 module 'Connected Histories: Early Modern Europe c.1450-c.1750' and to offer a strand for the core Level 1 module 'Making History'. They may also be expected to offer an optional module for the MA. They will undertake some undergraduate and MA dissertation supervision and, where appropriate, carry out other teaching duties specified by the Head of Department. In the second year, they will be expected to offer additional teaching on new or existing level 2/3 modules. You can review the Faculty Handbook using this URL - www.dur.ac.uk/faculty.handbook/module_search - On this page you can select "List Modules by Department" and then please select "History".

Candidates will be expected to demonstrate these key principles as part of the assessment process.

Assistant Professor of French and Francophone Studies, Tenure Track at Vassar College
Posted 23 Aug 2021 - 15:34

The Department of French and Francophone Studies at Vassar College invites applications for a tenure-track Assistant Professor position, beginning Fall 2022.

AA Statement
Vassar College is an affirmative action and equal opportunity employer with a strong commitment to increasing the diversity of the campus community and the curriculum, and promoting an environment of equality, inclusion, and respect for difference. Candidates who can contribute to this goal through their teaching, research, advising, and other activities are encouraged to identify their strengths and experiences in this area. Individuals from groups whose underrepresentation in the American professoriate has been severe and longstanding are particularly encouraged to apply.

Position Description
We seek candidates with expertise in pre-1800 studies with a focus in ecocriticism and/or performance studies, combined with one or more of the following areas of specialization: New World Studies, Atlantic Studies, Migration Studies, and Visual Studies. The successful candidate will teach French language courses at all levels as well as courses focusing on pre-1800 studies. The candidate will also be able to teach in one or more of following Multidisciplinary programs, such as: Environmental Studies, Medieval/Renaissance Studies, Africana Studies, or the Consortium on Forced Migration. Excellence in teaching and evidence or clear promise of scholarship are essential.

Candidates must have a PhD in hand by June 2022; native or near-native fluency in French and English and a strong commitment to teaching French language and literature/culture courses at all levels in a liberal arts environment are expected. In addition to contributing to the departmental curriculum, this position will include teaching in one or more multidisciplinary programs on campus, as well as the possibility of directing our program in Paris. Teaching load in the first year is four courses followed by five courses annually in subsequent years.

To apply, please visit https://employment.vassar.edu/postings/2124 to link to the posting for this position. Candidates should submit a cover letter, C.V., research statement, teaching statement, diversity statement (a statement highlighting contributions to or future plans for promoting diversity and inclusion through teaching, research and other involvements – for information about writing a diversity statement, click here), graduate school transcript (unofficial copies accepted for initial application), and at least three letters of recommendation. For inquiries, email ffsjob@vassar.edu.  Applications received by October 15, 2021 will receive full consideration. There is no guarantee that applications received after this date will be considered. 

New Publications

Les Temples de la mémoire. Recueils protestants de Vies et portraits (xvie-xviie siècles) (Marion Deschamps)
Posted: 7 Dec 2024 - 10:10

Marion Deschamps, Les Temples de la mémoire. Recueils protestants de Vies et portraits (xvie-xviie siècles), Paris, Classiques Garnier, 2024.

Aux xvie et xviie siècles, des recueils de portraits et de Vies dédiés aux héros de la Réformation paraissent dans l’Europe protestante. Ce livre montre comment leurs auteurs et lecteurs inventent une nouvelle culture du souvenir et de l’image et participent à la construction de l’identité protestante.

Plus d'informations ici.

Jean Ogier de Gombauld, Endymion (éd.Florence Dumora)
Posted: 7 Dec 2024 - 09:50

Jean Ogier de Gombauld, Endymion, édition critique par Florence Dumora, Paris, H. Champion, 2024.

Endymion endormi est aimé de la Lune dans une grotte du mont Latmos. C’est cette fable ténue du paganisme que Gombauld, poète de cour et dramaturge, futur Académicien et protestant fervent, transforme en 1624 en un récit d’une belle étrangeté, Endymion, oublié des histoires littéraires. La première édition critique de ce livre quatre cents ans plus tard, orné des dix-sept gravures de Crispijn de Passe, affronte les énigmes : incertitudes de la biographie, mystère du lien du petit volume à deux reines, Marie de Médicis et Anne d’Autriche, interprétation de la figure d’Endymion à l’âge baroque de la vie comme songe, inspirée du dernier mythographe de la Renaissance, Natale Conti, et inspirant à son tour Nicolas Poussin, curieux comme lui des sacrifices de l’Antiquité. Enfin mystère que ce récit qui, bien avant la naissance du fantastique, s’enroule sur lui-même et devient, d’une éclipse de lune à l’autre, l’aventure d’un homme qui dort, ou l’Aurélia du XVIIe siècle.

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Benoît de Maillet, Nouveau système du monde (éd. Geneviève Artigas-Menant)
Posted: 7 Dec 2024 - 09:47

Benoît de Maillet, Nouveau système du monde, édition critique du manuscrit de Vire avec les variantes de tous les manuscrits par Geneviève Artigas-Menant, Paris, H. Champion, 2024.

Avant de devenir en 1748 un livre imprimé, Telliamed, l’audacieux « traité de la diminution de la mer » de Benoît de Maillet, a été lu dans de nombreuses copies manuscrites. La découverte à la Bibliothèque municipale de Vire (Calvados) d’une de ces copies, qui s’avère notamment être la source directe de la copie possédée par Voltaire, a éclairé la genèse du texte. Il s’agit d’un manuscrit de travail d’un intérêt exceptionnel. En confrontant minutieusement ses pages mille fois raturées aux treize autres manuscrits aujourd’hui accessibles, cette édition critique contribue à une meilleure connaissance du rôle, des objectifs, des méthodes et des pratiques des copistes des manuscrits philosophiques clandestins de la première moitié du XVIIIe siècle, dans une démarche de critique génétique appliquée à ce qu’on peut appeler « l’édition manuscrite ».

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L'Invention du Brésil entre deux empires. L'Amérique portugaise dans l'union des Couronnes (1580-1640) (Marques Guida)
Posted: 7 Dec 2024 - 09:43

Marques Guida, L'Invention du Brésil entre deux empires. L'Amérique portugaise dans l'union des Couronnes (1580-1640), préface de Bernard Vincent, Paris, H. Champion, 2024.

Ce livre propose une histoire du Brésil à l’orée du XVIIe siècle. C’est aussi une histoire de l’union dynastique des Couronnes de Portugal et de Castille (1580-1640), considérée depuis l’Amérique portugaise. C’est, enfin, une histoire transatlantique, attentive aux interactions qui façonnèrent le Brésil du XVIIe siècle et modifièrent l’empire portugais. L’Amérique portugaise n’était encore, en 1580, qu’un chapelet d’îlots de colonisation installés le long du littoral. Elle connut au cours des décennies suivantes des transformations profondes, et gagna une importance inédite au sein de la monarchie hispanique. C’est ce processus de changement qui est exploré, de part et d’autre de l’Atlantique, montrant l’importance de cette période pour la formation de l’Amérique portugaise, mais aussi la manière dont les différentes communautés présentes intégrèrent la situation créée par l’union des Couronnes.

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Penser, composer, pratiquer la musique au temps de Descartes, textes réunis parThéodora Psychoyou et Isabelle His
Posted: 7 Dec 2024 - 09:39

Penser, composer, pratiquer la musique au temps de Descartes, textes réunis parThéodora Psychoyou et Isabelle His, Paris, H. Champion, 2024.

Rédigé en 1618, le Compendium musicæ est le premier écrit, peu connu, du jeune René Descartes, où se dessinent déjà les bases d’une nouvelle esthétique fondée sur la matérialité et la perception : « L’objet de la musique est le son, sa fin est de mouvoir en nous diverses passions ». Cet ouvrage propose d’en réévaluer la portée en le confrontant avec les productions théoriques et musicales des premières décennies du XVIIe siècle. Trois grands domaines se dégagent : celui des discours sur la musique et les sciences, celui de la composition et des pratiques d’exécution, enfin celui de l’enseignement, c’est-à-dire d’une théorie pratique. Dans une perspective pluridisciplinaire associant philosophie, histoire des sciences et musicologie, les essais réunis ici témoignent, sans prétendre à l’exhaustivité, de regards actuels sur cette période particulière. Ils abordent de façon renouvelée diverses manifestations du musical au temps de Descartes, en France et en Europe.

Plus d'informations ici.

Conferences and Colloquia

COLLOQUE INTERNATIONAL « MADAME DE MAINTENON »
Posted: 4 Feb 2019 - 15:51

À l’occasion du tricentenaire de la mort de Madame de

Maintenon (1635-1719), le Centre de recherche

du château de Versailles organise en

collaboration avec l’université de Nantes un

colloque les 21, 22 et 23 mars 2019 qui se

tiendra à l’auditorium du château de

Versailles. Il traitera aussi bien des aspects

biographiques de la marquise que de sa

correspondance ou encore de sa légende

littéraire et iconographique, à travers des

grandes thématiques comme « Gouverner »,

« Écrire », « Prier et Éduquer » ou encore

« Images et réceptions ». Volontairement

pluridisciplinaire, cette manifestation

accueillera des historiens, des littéraires, des

musicologues tandis que Françoise

Chandernagor et Gérard Sabatier débattront

dans une table-rondedonde autour de

Madame de Maintenon comme personnage

historique.

 

Direction scientifique : Mathieu da Vinha

(Centre de Recherche du Château de

Versailles) et Nathalie Grande (université de

Nantes).

 

Ce colloque précède une exposition consacrée

à Madame de Maintenon (commissariat

d’Alexandre Maral et de Mathieu da Vinha) qui

qui se tiendra dans les appartements de la

marquise au château de Versailles, du 16 avril au 21 juillet 2019.

 

Source: le Bulletin de la Société d'étude du XVIIe siècle

JOURNÉE D’ÉTUDE : SAINT-SIMON ET LES ÉGAREMENTS DU LANGAGE
Posted: 4 Feb 2019 - 15:46

Les Mémoires de Saint-Simon – mais aussi ses autres grandes

sommes comme ses Notes sur tous les duchéspairies

ou ses Additions au Journal de Dangeau

– sont à bien des égards une mise en

scène de la parole humaine : Non seulement

Saint-Simon emprunte parfois leur récit à des

témoins, mais la parole est souvent au centre du

récit, soit qu’elle constitue le pivot d’une

anecdote, par son sel comique ou sa fonction de

révélation, soit que la relation historique se

fasse récit de conversation, soit encore qu’une

parole contestée fasse l’objet du récit.

Au sein de cet usage de la parole, à la fois

divers et unifié par la voix du mémorialiste,

quel sort est fait à la parole individuelle ? De la

parole du roi, concise et dilatoire (« Je verrai »)

à la logorrhée inefficace d’un Noailles, peut-on

dire que les personnages de Saint-Simon sont

caractérisés par un parler ou une « parlure »,

comme le seront ceux de comédies humaines à

venir ?

Les portraits ne manquent pas de signaler si

tel ou tel est capable de dire ce qu’il veut

comme il le veut : ce n’est pas le cas général et

le lecteur des Mémoires est confronté à des cas

surprenants d’aphasie, de bégaiement, de

lapsus, d’actes (de langage) manqués, de

ratures obsessionnelles, de mots d’esprit

fulgurants parfois autodestructeurs, de

dérapages non contrôlés (comme les insultes

dont Villeroi accable soudain Dubois qu’il

rencontre pour faire la paix avec lui) et autres

débordements de langage.

 

Saint-Simon montre même une étonnante

prédilection, en cette époque où la rhétorique

semble régner sur les usages langagiers des

élites, pour tout ce qui, dans le rapport des

sujets à la parole, échappe au contrôle des

premiers et les montre plus en proie au langage

que maîtres du langage.

La Journée Saint-Simon 2019 abordera sous

des angles disciplinaires divers ce thème des

états de la parole chez les personnages saintsimoniens.

Dans ses crises ou ses triomphes, à

travers ce qu’elle révèle ou tait de l’individu qui

la profère, dans ce qu’elle nous apprend aussi

de l’art du mémorialiste, nous nous

demanderons quel rôle joue la parole, et

notamment la parole en panne, dans l’entreprise

de résurrection du passé du duc de Saint-Simon.

Il y a là matière à analyses littéraires, mais aussi

plus purement linguistiques, philosophiques, ou

encore psychanalytiques, dans ce que le rapport

aux mots peut dire de celui qui tente – bien

souvent à ses dépens – de les employer.

La journée se tiendra au château de

Versailles, le samedi 16 mars 2019. Elle est

organisée par Marc Hersant (Université Paris 3

Sorbonne Nouvelle/FIRL – EA 174, m.hersa

nt@free.fr) et Delphine Mouquin de Garidel

(Université de Nantes,delphmouquin@gmail.

com).

Source: le Bulletin de la Société d'étude du XVIIe siècle.

TRISTAN L’HERMITE ET L’ACADÉMIE FRANÇAISE (1648-1655)
Posted: 14 Jan 2019 - 10:18

 

Jeudi 21 février 2019 - Académie française 

23 quai de Conti – Paris 6e 

Association des Amis de Tristan L’Hermite 

www.lesamisdetristan.org 

MATIN : Tristan L’Hermite et l’institution 

8h45 Accueil des participants 

9h15 Ouverture de la journée, Michel Zink, académicien 

9h30 Introduction : Tristan et l’Académie, une histoire brève, Sophie Tonolo (DYPAC, UVSQ – Service du Dictionnaire) 

10h00 L’Académie française, une création paradoxale, Hélène Merlin-Kajman (Sorbonne nouvelle) 

10h30 Tristan L’Hermite : de Richelieu à Séguier, d’incertains patronages, Françoise Hildesheimer (Archives nationales) 

11h00 Discussion et pause 

11h30 L’influence de l’Académie sur les dernières productions littéraires de Tristan, Sandrine Berrégard (Université de Strasbourg) 

12h00 Tristan et Quinault : autour d’une filiation académique, la question de la modernité théâtrale, Sylvain Cornic (Université de Lyon – I.H.R.I.M. Lyon 3) 

12h30 Discussion 

APRÈS-MIDI : Tristan et la langue française 

14h45 L’esthétique de la phrase chez Tristan, Gilles Siouffi (Sorbonne Université) 

15h15 Langue poétique et langue prosaïque chez Tristan, Claire Fourquet-Gracieux (Université Paris-Est - LIS) 

15h45 La langue poétique dans le Dictionnaire de l’Académie française, Stéphane Macé (Université Grenoble Alpes) 

16h15 Discussion 

17h00 Visite du Palais de l’Institut (Coupole, salles des séances, bibliothèques, nouvel auditorium) 

 

 

 Pour plus de renseignements, contacter Sophie Tonolo (asophie.tonolo@free.fr) 

Séminaire ThéPARIs Les Théâtres Parisiens sous l’Ancien Régime au Centre de musique baroque de Versailles
Posted: 7 Jan 2019 - 16:47

Entre  janvier et juin 2019 :

ThéPARIs

 

Les Théâtres Parisiens sous l’Ancien Régime : Transversalité des pratiques, circulation des personnes, enjeux esthétiques et poétiques

 

 

qui se déroulera le 

11 janvier 2019 

 

10h-13h

 

au Centre de musique baroque de Versailles, 

Versailles, 22 avenue de Paris, 78000 

 

avec 

Judith le Blanc, Matthieu Franchin et Thomas Leconte

 

La séance sera agrémentée par l'exécution d'un divertissement complet de la comédie 

 

Les Vendanges de Suresnes 

de Florent Carton Dancourt 

 

créée à la Comédie-Française en 1695. Le divertissement sera dirigé par Matthieu Franchin, avec  

Pauline Schill, dessus

Florian Abdesselam, hautbois

Youn-Young Kim, violon

Shun Yamashita, basse de violon

Matthieu Franchin, clavecin et direction

 

Veuillez trouver ci-après et en pièce jointe le programme de cette première séance.

 

Entrée libre sur inscription à l'adresse : theparis.seminaire@gmail.com

 

Nous vous informons également qu'une page facebook consacrée à ThéPARis est désormais active et en libre accès : 
 
 
 
Vous y trouverez toutes les informations, les évenements, les post concernant le séminaire, ainsi que des photos et des extraits vidéos des séances.
D'autres possibilités d'interaction avec le séminaire seront mises en place par la suite...

N'hésitez pas à suivre la page, à partager et à relayer l’information auprès de vous et plus loin.

 

 

Désir, consentement et violences sexuelles en littérature
Posted: 19 Dec 2018 - 10:49

Paris, 12 janvier 2019

Lieu : Université Sorbonne Nouvelle, Maison de la Recherche (4 Rue des Irlandais, 75005 Paris)

Organisation : Lucie Nizard (Université Sorbonne Nouvelle – CRP19) et Anne Grand d’Esnon (Université de Bourgogne Franche-Comté – CPTC)

Contact : desiretconsentement@gmail.com

Inscription (non-obligatoire, mais nombre de places limité)

Programme

9h30-10h : accueil 10h-10h15 : introduction

10h15-12h30 : Viol et littérature au XVIIIe siècle Roxane Darlot-Harel : “Lire la littérature libertine du XVIIIe siècle : culture du viol et plaisir de lecture” Melanie Slaviero (Université Paris-Sorbonne) : “« Vous vouliez bien attendre que j’eusse dit oui, avant d’être sûr de mon consentement ». Sur un viol dans Les Liaisons dangereuses : analyse critique et enjeux méthodologiques” Jean-Christophe Abramovici (Université Paris-Sorbonne) : “Le viol entre mœurs et fictions”

12h30-13h00 : table-ronde n°1 Problèmes de définition et enjeux autour de l’anachronisme.

14h-15h30 :  Michèle Rosellini (ENS de Lyon) : titre à préciser Camille Brouzes et Maxime Kamin (Université Grenoble Alpes) : “Comique et violences sexuelles dans les fabliaux et pastourelles du Moyen Âge : quels outils d’analyse ?”

15h45-17h15 : Des lectures subjectives, politiques ou militantes ? Anne Grand d’Esnon (Université de Bourgogne Franche-Comté) : “Lire et interpréter le désir et le (non-)consentement de personnages de fiction. Le problème de la psychologie des personnages” Anne-Claire Marpeau (ENS de Lyon / University of British Columbia) : “La recherche et l’enseignement littéraires peuvent-ils et doivent-ils autoriser un regard militant sur les textes littéraires ?”

17h30-18h : table-ronde n°2  Quel(s) positionnement(s) en tant que chercheur·se ?

Argument

« On peut se demander si la minoration du viol ne se poursuit pas dans le domaine de la critique littéraire, tant sont comptées les études qui lui sont consacrées1  » remarquait Nathalie Grande dans le propos liminaire du numéro de la revue Tangence sur le viol en littérature, rassemblant des contributions allant du XVIe au XIXe siècle. Si l’on s’intéresse à la recherche en France, on peut citer, outre ce numéro récent et important, un dossier de la revue numérique Le Verger de Cornucopia sur « Viol et ravissement » en mai 2013, consacré à la littérature du XVIe siècle. Un colloque intitulé « Viol, violence, corps et identité » avait également été consacré à la question à Bordeaux en 2007, cette fois autour de la littérature de l’extrême contemporain. En dehors de ces initiatives, les propositions consacrées à cette problématique sont plus ponctuelles. Du côté de la recherche anglophone en revanche, le viol est déjà bien construit comme objet de recherche littéraire2, offrant d’ailleurs de nouveaux éclairages sur le canon français3. Omniprésentes dans la littérature, les violences sexuelles méritent une exploration spécifique et précise, qui se prolonge depuis quelques années à travers de riches réflexions sur les implications pédagogiques de leur étude4.

La construction de cet objet de recherche par les études littéraires se heurte en France à des résistances importantes et spécifiques, qui reposent notamment sur l’idée que construire un tel objet reviendrait à sortir de la littérature et des cadres des études littéraires. Ces résistances de divers ordres et inégalement sérieuses mettent pourtant en exergue une condition du développement des recherches sur les violences sexuelles dans la littérature : affronter les problèmes théoriques et épistémologiques que soulève cette problématique et en préciser les contours méthodologiques et disciplinaires.

Se pose en premier lieu l’enjeu de la définition des violences sexuelles : cette définition a considérablement évolué et il n’est pas du tout évident qu’au sein d’une communauté disciplinaire, l’on dispose d’emblée d’une définition et de critères partagés. Une définition minimale du viol comme acte sexuel non-consenti, en général maniable, engage elle-même la définition et l’extension de la notion de consentement sexuel – le choix libre et non contraint de s’engager dans une interaction de type sexuel avec autrui – de ce qui le rend ou non valable au sein de rapports de pouvoir fluctuants (de genre, d’âge, de classe ou d’état) et de sa discordance possible par rapport au désir. Ce cadre théorique du consentement et des rapports de genre issu des luttes féministes, récent, n’est pourtant pas le seul qui est en jeu, à la fois au sein d’une discipline littéraire où les violences sexuelles pourront être volontiers abordées à partir des notions d’érotisme, d’écriture du trauma, du tabou ou des limites, et vis-à-vis d’œuvres dont le contexte présente un cadre idéologique très différent (pensons à l’importance de la notion d’honneur). Notre constat en effet est que certains concepts indépendamment pertinents pour rendre compte d’un texte coexistent en fait difficilement dans le discours critique lorsque nous tentons de les tenir ensemble (l’amour et le viol par exemple) : comment articuler dans ce cas les différents éléments dont nous disposons pour produire un commentaire intelligible ?

Au-delà de ce premier problème de définition, l’objet littéraire lui-même oppose des résistances particulières et met nos outils théoriques à l’épreuve : dans bien des cas, des textes anciens dont les violences sexuelles constituent un élément narratif essentiel semblent dysfonctionner pour une réception contemporaine. Comment analyser ces textes ? Faut-il faire référence à la notion d’intention de l’auteur et peut-on alors identifier un viol que l’auteur lui-même n’aurait pas « prévu » ? Peut-on démontrer que des textes devaient fonctionner autrement, produire un certain type d’émotions (le rire, l’empathie, etc.) si nous n’en faisons pas nous-mêmes l’expérience ?

Du point de vue de la fiction, lorsqu’une scène de violences sexuelles tire de toute évidence des effets esthétiques d’une discordance entre un non-consentement verbal et gestuel clair, la représentation d’un désir du personnage féminin et finalement un ensemble de procédés qui reposent sur l’idée d’une intention d’un personnage différente de ses gestes et de ses paroles, que dire encore du texte ? Sur quels fondements laisser de côté des intentions, des sentiments, une psychologie fictionnelle et retenir en revanche des actes et faits tout aussi fictionnels pour qualifier une scène ? Cette difficulté engage de façon évidente des problèmes aussi complexes que la psychologie des personnages ou le statut de vérité des énoncés narratifs.

Face à « l’infamie associée […] à l’accusation d’anachronisme5 », l’enjeu de la contextualisation ne pose pas moins de difficultés : comparer des œuvres littéraires fictionnelles avec une « réalité historique », la littérature avec la société, est une démarche commune. Mais quel type de lien va-t-on établir ? Comment de surcroît accéder à cette « réalité » et avec quels outils ? La discipline historique semble ici la plus évidente, mais l’histoire du viol dans une société n’est ni celle de sa littérature, ni celle de ses archives juridiques, qui constituent la principale source de l’Histoire du viol de Georges Vigarello6. Pour approfondir chaque période, chaque genre, chaque œuvre, le besoin de savoirs plus précis sur un sujet en chantier se fait sentir. On peut donc s’interroger sur les travaux historiques disponibles susceptibles d’appuyer une approche littéraire, et sur les zones d’ombres qui ne sont pour le moment pas levées concernant l’histoire des pratiques, normes et violences sexuelles et nous laissent dans une position inconfortable. À l’inverse, les sources littéraires sont sujettes à débat parmi les historien·ne·s, en particulier en ce qui concerne les travaux sur ce qui est tu. La définition de la discipline littéraire et les rapports entre analyse littéraire, histoire et histoire des idées se retrouvent ainsi convoqués par la problématique du viol en littérature.

Sur un objet récemment construit, nous avons ainsi à élaborer nos propres outils à partir de disciplines très diverses pour analyser en dernière instance des discours et des récits, outils susceptibles de varier en fonction des époques et des genres traités. Nous pourrons ainsi interroger la pertinence et raffiner des notions contemporaines comme celle de « culture du viol », fortement diffusée dans la critique féministe des fictions populaires. Faut-il l’utiliser dans certains cas, mais trouver des concepts alternatifs dans d’autres, en particulier pour des textes plus anciens ? L’écueil de l’anachronisme est-il plus important pour de tels outils que pour l’ensemble de nos outils d’analyse littéraire formels élaborés au cours du XXe siècle ?

La problématique des violences sexuelles interroge également les postures de recherche et les choix discursifs dans les travaux de recherche. Au niveau purement lexical, termes synthétiques, périphrases descriptives ou euphémismes (« quasi-viol », etc.) n’ont pas la même incidence. Ces choix ne concernent pas uniquement les recherches consacrées aux violences sexuelles mais toute recherche qui analyse une scène de violence sexuelle : réfléchir sur cet objet a donc une portée transversale pour la discipline. Plus profondément, la problématique des violences sexuelles en littérature engage des conceptions de la discipline et des dynamiques de valorisation qu’il faudrait expliciter : valorisation d’une certaine idée d’un siècle, d’une esthétique, d’un auteur, des « pouvoirs de la littérature », de l’indécision du sens (ses signes contradictoires), de la capacité du langage à formuler de façon implicite, d’une sensibilité particulière de la littérature à la parole des victimes comme le suggère prudemment Nathalie Grande dans le numéro de Tangence7, de l’indépendance du geste esthétique vis-à-vis des normes morales, d’une vérité anthropologique que révélerait telle ou telle œuvre, de la suspension du régime de vérité (parole contre parole), etc. Quelle exigence d’explication des normes et des valeurs convoquées par les études littéraires doit-on avoir face à de tels textes ?

Enfin, aborder les violences sexuelles en littérature implique une réflexion préalable sur les effets de sélection de certaines violences, de certaines victimes ou de certains auteurs. Toutes les violences sexuelles ne sont pas représentées avec la même netteté et la même évidence. La condamnation symbolique de certains viols étant particulièrement forte, les œuvres dessinent des représentations partielles, y compris lorsqu’elles semblent soutenir cette condamnation : les représentations du viol sont aussi un vecteur de contrôle, de mise en scène du danger et d’altérisation de certains groupes sociaux. Comment, en tant que chercheur·se, se positionner pour traiter de cet objet sans prétendre en avoir fait le tour à partir d’une seule de ses modalités ? Le choix des corpus est donc un paramètre essentiel pour rendre compte des enjeux de la représentation de différentes violences dans différents contextes.

 

  1. Nathalie Grande, « Liminaire », Tangence, no 114, 2017, p. 5-12 []
  2. Voir par exemple Sabine Sielke, Reading rape: the rhetoric of sexual violence in American literature and culture, 1790-1990, Princeton, Princeton University Press, 2002 ; Christine M. Rose et Elizabeth Robertson (dir.), Representing rape in medieval and early modern literature., New York / Basingstoke, Palgrave Macmillan, 2001 ; Corinne Saunders, Rape and Ravishment in the Literature of Medieval England, Cambridge, Boydell & Brewer, 2001 []
  3. Patricia Francis Cholakian, Rape and writing in the Heptaméron of Marguerite de Navarre, Carbondale, Southern Illinois University Press, 1991 []
  4. Voir notamment Yurie Hong, « Teaching Rape Texts in Classical Literature », Classical World, vol. 106, no 4, 29 août 2013, p. 669-675 ; Elizabeth Gloyn, « Reading Rape in Ovid’s Metamorphoses: A Test-Case Lesson », Classical World, vol. 106, no 4, 29 août 2013, p. 676-681 ; Alison Gulley, Teaching rape in the medieval literature classroom. Approaches to difficult texts., Amsterdam, Amsterdam University Press, 2018 []
  5. Yves Citton, Lire, interpréter, actualiser: Pourquoi les études littéraires?, Paris, Éditions Amsterdam, 2007 []
  6. Georges Vigarello, Histoire du viol: XVIe-XXe siècle, Paris, Seuil, 1998 []
  7. Nathalie Grande, « Liminaire », op. cit. []