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Calls for Papers and Contributions

Appel à communications : Fictions impossibles / Impossible Fictions (2ème colloque la SIRFF/ISFFS)
Posted: Monday, September 14, 2020 - 15:02

Société Internationale de Recherches sur la Fiction et la Fictionnalité /

International Society for Fiction and Fictionality Studies (SIRFF/ISFFS)

Deuxième colloque international :

Fictions impossibles / Impossible Fictions

 

Les 28-29-30 octobre 2021

Université de Chicago

 

[For the English version of this call please see https://fiction.hypotheses.org/evenement-events]

Le deuxième colloque international de la SIRFF/ISFFS se tiendra les 28-29-30 octobre 2021 à l’Université de Chicago.

Le sujet du colloque sera "Fictions impossibles". Depuis Aristote qui considérait la narration poétique comme régie par les lois de la probabilité et de la nécessité, la fiction a été longtemps associée aux concepts de la possibilité et de la plausibilité. A l’époque moderne, c’est la croissance de la rationalité et de la plausibilité qui allait de pair avec l’émergence du roman européen (Chevrolet 2008, Duprat 2009). Toujours est-il que la fiction (et plus généralement le plaisir que procure l’expérience esthétique) a été également comprise sous le rapport des jeux libres de l’imagination. Des séries de « fantasy » aux jeux vidéo inspirés par les univers de Tolkien ou Lovecraft, l’époque contemporaine voit un goût renouvelé pour les mondes fictionnels impossibles. Par ailleurs, nombreux sont les lecteurs et les spectateurs qui se vouent à traquer et enregistrer avec fanatisme les « goofs » (c’est-à-dire les incongruités, les erreurs de la continuité, les anachronismes, etc.) dans les fictions écrites ou filmiques, ce qui témoigne d’un vif intérêt à l’égard des violations de la plausibilité (Hamus-Vallée and Caïra 2020). Les anomalies dans les fictions nous fascinent ; elles peuvent en outre donner lieu à des activités herméneutiques intenses.

L’objectif du colloque consiste à apporter les perspectives historiques, comparatives et théoriques qui portent sur la question des impossibilités de et dans la fiction sous trois angles majeurs. 1) les théoriciens de la fiction soutiennent parfois que les contradictions rendent la construction du monde fictionnel impossible (Doležel 1998). Cependant, le courant de la narratologie dite « non-naturelle » a ranimé l’intérêt des narratologues pour les fictions non réalistes (Richardson 2015, Alber 2016). Une analyse des cas limites éclaircira les paradoxes et contradictions qui ont été jugés comme incompatibles avec la construction d’un univers de la fiction. 2) L’acceptation et le rejet des contradictions et des impossibilités physiques, logiques psychologiques ou autres varient selon les périodes historiques et les traditions culturelles. Nous nous proposons d’explorer ces degrés de tolérance variables et fluctuants à l’égard des impossibilités de la fiction. 3) Les fictions sont parfois considérées comme impossibles par elles-mêmes, et ce, pour des raisons politiques, religieuses ou éthiques ou à cause d’un supposé épuisement des formes et motifs fictionnels. La version la plus connue de ce débat concerne la non-représentabilité de certains sujets, notamment les atrocités historiques et le traumatisme. Nous voulons nous pencher également sur la résurgence contemporaine de la méfiance généralisée ou même de la haine de la fiction, qui se trouve soit dans les non-fictions, au nom de la « faim de réalité (reality hunger) » (Shields 2010), soit, paradoxalement, à l’intérieur de la fiction elle-même.

Dans ce cadre conceptuel, nous accueillons une gamme de perspectives aussi bien disciplinaires qu’interdisciplinaires (histoire et théorie littéraires, narratologie, philosophie, cinéma et études des média, science cognitives). Les propositions peuvent traiter toutes les périodes historiques ou traditions culturelles ; nous encourageons par ailleurs des études des œuvres de fiction dans de différents média (y compris les jeux vidéo, les bandes dessinées, le cinéma, les séries télévisées).

Sujets possibles :

Paradoxes logiques et contradictions (affirmation d’A et non-A ; paradoxes du menteur ; paradoxes temporels ; renversements de la cause et de l’effet)

Violations des lois physiques (personnes qui volent, animaux qui parlent, omnipotence, invisibilité, mélange de rêve et de réalité)

Invraisemblance, non-plausibilité dans des contextes particuliers

Actes narratifs impossibles (narrateur mort, perspectives impossibles, narration non-fiable etc.)

Violations des principes éthiques ou des convenances qui décident de ce qui peut ou ne peut pas être représenté dans la fiction ; intolérance pour un public donné.

Conventions génériques et se limites (par exemple : science-fiction et les lois physiques).

Variations culturelles et historiques par rapport à l’acceptation des impossibilités de la fiction.

Impossibilités propres aux médias.

Réactions des lecteurs / spectateurs aux impossibilités fictionnelles.

*

Tou.te.s les participant.e.s au congrès doivent devenir membres de la Société internationale de recherches sur la fiction et la fictionnalité (SIRFF).

Les propositions (250 mots, en anglais ou en français) sont à envoyer à impossiblefictions2021@googlegroups.com avant le 30 novembre, 2020.

La SIRFF/ISFFS décernera un prix pour le meilleur article d’un.e chercheur.se en début de carrière (doctorant.e ou docteur-e jusqu’à 3 ans après le doctorat), qui sera présenté à la conférence. Le lauréat ou la lauréate recevra un montant de $1000 (dollars US).

Si vous souhaitez être pris.e en considération pour ce prix, veuillez soumettre le texte complet de votre communication (3 500 mots/20 000 signes maximum) à impossiblefictions2021@googlegroups.com, avant le 31 janvier 2021.

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Bibliographie

Alber, Jan (2016). Unnatural Narrative: Impossible Worlds in Fiction and Drama. Lincoln: University of Nebraska Press.

Caïra, Olivier (2011). Définir la fiction. Du roman au jeu d’échecs. Paris: Éditions de l’EHESS.

Chevrolet, Teresa (2007). L’Idée de fable. Théories de la fiction poétique à la Renaissance. Geneva: Droz.

Doležel, Lubomír (1998). Heterocosmica: Fiction and Possible Worlds. Baltimore and London: The Johns Hopkins University Press.

Duprat, Anne (2009). Vraisemblances. Poétiques et théorie de la fiction, du Cinquecento à Jean Chapelain, 1500-1670. Paris: Honoré Champion

Lavocat, Françoise (2010). “Paradoxes, fiction, mimesis, Methodos, savoirs et textes, http://methodos.revues.org/2443

———. (2016). Fait et Fiction, pour une frontière, partie III, ch. 2 “Mondes possibles impossibles,” Paris: Les éditions du Seuil, coll. “Poétique.”

Lewis, David (1978). “Truth in Fiction.” American Philosophical Quarterly, 15: 37–46.

Hamus-Vallée, Réjane and Caïra, Olivier (2020).  Le goof au cinéma. De la gaffe au faux raccord, la quête de l’anomalie filmique. Paris: l’Harmattan.

Matravers, Derek (2014). Fiction and Narrative. Oxford: Oxford University Press.

McHale, Brian (1987). Postmodernist Fiction. New York: London: Routledge.

Nolan, Daniel (2015). “Personification and Impossible Fictions.” British Journal of Aesthetics 55(1) 57–69.

Piaget, Jean (1974). Recherches sur la contradiction. Paris: PUF.

Priest, Graham (1997). “Sylvan's Box: A Short Story and Ten Morals.” Notre Dame Journal of Formal Logic 38(4) 573–582.

Richardson, Brian (2015). Unnatural Narrative, Theory, History and Practice. Columbus: Ohio State University Press.

Ryan, Marie Laure (2010) “Cosmologie du récit. Des mondes possibles aux univers parallèles.” In Françoise Lavocat (ed.), La Théorie littéraire des mondes possibles. Paris: CNRS Éditions, 53-81.

——— (1980). “Fiction, Non-Factuals, and the Principle of Minimal Departure.” Poetics 9(4) 403–422.

Shields, David (2010). Reality Hunger: A Manifesto. New York: Knopf.

https://fiction.hypotheses.org/evenement-events

Appel à communications : Cupidité, fantasme(s), convoitise. Regard critique sur la richesse et ses excès dans les littératures d’expression française en Amérique (XVIe-XXIe s.)
Posted: Monday, September 14, 2020 - 14:47

Edmonton, 29 mai-1er juin 2021

« L’argent ne fait pas le bonheur. »[1] Cette maxime, amendée, détournée, critiquée à profusion, et que l’on retrouve sous diverses langues, époques et tournures, met en évidence, dans une perspective quelque peu moralisatrice, une incompatibilité présumée des notions de richesse et de félicité. Pourtant, si la polysémie du terme « (bonne) fortune » en est une quelconque indication, la richesse est tout de même gage d’une certaine aisance, menant bien souvent à un sentiment de satisfaction[2], toutes proportions gardées. Mais qu’en est-il des excès qui découlent de l’accumulation de richesses ? Quand est-ce que la richesse devient-elle « trop », maladive, voire obsessionnelle ? Et par quelles variables définir ce que l’on peut/doit –ou non– qualifier d’excès, de trop-plein, de démesure ?

Dans l’imaginaire collectif, la promesse de richesse –qu’elle soit matérielle, abstraite, ou symbolique ; individuelle, collective, ou institutionnelle– se serait même imposée comme le mythe fondateur sur lequel repose l’exploration des Amériques, stimulant la naissance conceptuelle d’une destinée commune basée sur la richesse et sa possible accumulation, bien souvent aux dépens d’autres peuples. De cette dynamique est également né un faisceau de pratiques, d’attitudes, et de comportements qui lui semblent parfois indissociables : cupidité, fantasme, et convoitise ont dessiné les contours de cette américanité à l’échelle du continent et se cristallisent dans le capitalisme effréné et la spéculation des marchés boursiers. Les productions littéraires d’expression française en Amérique, du XVIe au XXIe siècles, du Canada francophone aux Antilles, témoignent de ce mouvement mortifère de l’inassouvissable désir de posséder. La richesse se positionne ainsi comme un élément discursif qui articule tout un pan de la littérature : en ce sens, les figures de l’excès (avare, parvenu.e, nanti.e, vantard.e, usurier.ère, créancier.ère) peuplent les récits et donnent à (re)penser le rapport à la richesse depuis des siècles.

Cet atelier se donne pour objectif de mettre en évidence différents modes de représentation de la richesse et de ses excès dans les littératures d’expression française en Amérique (Québec, Acadie, littératures francophones minoritaires au Canada, Louisiane, Antilles) du XVIe au XXIe siècles. Il sera l’occasion d’observer certaines spécificités régionales ainsi que de potentielles convergences dans les multiples littératures d’expression française en Amérique. Il permettra également de constater l’inscription de cette thématique dans la tradition littéraire mais aussi d’évaluer les stratégies de réappropriation et les renouvellements esthétiques et génériques qu’elle a occasionnés.

Dans ce regard critique sur la richesse et ses excès, trois axes semblent prometteurs :

L’axe du sujet : que l’accumulation soit d’origine pathologique, moyen d’oppression, ou encore source de jalousie, le sujet pensant et agissant est au centre du rapport à la richesse. On envisagera l’excès ainsi que les pratiques, les attitudes, les comportements –la cupidité, entre autres– qui en découlent.

L’axe de l’objet : au cœur de tous les fantasmes, la richesse est le point de départ vers l’excès. Il sera possible de réfléchir sur la notion de richesse à travers sa représentation littéraire, afin d’expliciter les mécanismes qui stimulent son désir immodéré.

L’axe de l’altérité : qui dit richesse, dit bien souvent convoitise. On se penchera sur les rapports de force qui sous-tendent l’interaction réciproque entre la personne détentrice de la richesse et autrui.

Voici une liste non exhaustive de pistes de réflexion qui pourront être abordées :

Définition(s) et représentation(s) de la richesse matérielle, abstraite, symbolique ; individuelle, collective, institutionnelle

Rapport entre richesse(s) et espace(s) : conquête du territoire et ressources naturelles (forestières, hydriques, minières, énergétiques…)

Discours politiques et économiques sur l’excès de richesse à travers les âges : mercantilisme, rentabilité, capitalisme effréné, marché mondialisé, spéculation

Richesse et oppression : inégalité(s), pouvoir, domination, esclavagisme, lutte des classes

À contre-courant des richesses : partage, redistribution, générosité, don, charité, modération, éthique, altruisme

Personnages, voix et stéréotypes de la richesse dans la littérature : les figures de l’excès (avare, parvenu.e, nanti.e, vantard.e, usurier.ère, créancier.ère)

Pathologie(s) et psychologie(s) : maladie, vice, accumulation compulsive ou obsessionnelle

Tabous, non-dits, secrets : comment parler de richesse ?

Regard(s) sur l’excès de richesse : honte, pudeur, désir, jalousie, hypocrisie, perfidie

Richesse et mensonge : feindre, prétendre, paraître

Discours sur la démesure : le superflu et l’inutile ; le luxe et l’opulence

L’excès de richesse dans la culture populaire : mythes, légendes, folklore

Héritage et influence de la tradition littéraire sur la représentation de la richesse et de ses excès

Approches théoriques/génériques/comparatistes/diachroniques ou synchroniques

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Responsables de l’atelier :

Julien Defraeye, St. Thomas University defraeye@stu.ca

Nicolas Hebbinckuys, University of Waterloo nicolas.hebbinckuys@uwaterloo.ca

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Les propositions (250-300 mots) sont à envoyer au plus tard le 15 décembre 2020 aux responsables de l’atelier.

Les personnes ayant soumis une proposition de communication recevront un message des responsables de l’atelier avant le 15 janvier 2021 les informant de leur décision. L’adhésion à l’APFUCC est requise pour participer à cet atelier. Il est également d’usage de régler les frais de participation au Congrès des Sciences humaines ainsi que les frais de conférence de l’APFUCC. Ils doivent être réglés avant le 31 mars 2021 pour bénéficier des tarifs préférentiels. La date limite pour régler les frais de conférence et l’adhésion est le 9 avril 2021. Passé cette date, le titre de votre communication sera retiré du programme de l’APFUCC.Vous ne pouvez soumettre qu’une seule proposition de communication pour le colloque de 2021. Toutes les communications doivent être présentées en français (la langue officielle de l’APFUCC).

 

[1] Citation attribuée par défaut à Pierre Choderlos de Laclos (1741-1803) dans Les liaisons dangereuses (1782), lettre CIV, adressée par la marquise de Merteuil à Madame de Volanges.

[2] Si l’argent ne fait pas le bonheur, « il le facilite beaucoup », ajoute la marquise de Merteuil.

http://apfucc.net/

Appel à communications : Voyage et amitié
Posted: Monday, September 14, 2020 - 14:41

Colloque international (Université de Haute-Alsace et Université de Strasbourg)

Organisation: 

Nicolas Bourguinat (Université de Strasbourg) et Nikol Dziub (Université de Haute-Alsace)

Le colloque se tiendra à Mulhouse les 3 et 4 juin 2021.

 

Dans le cadre des recherches menées au sein de l’ILLE (Institut de recherche en Langues et Littératures Européennes, UR 4363, Université de Haute-Alsace) sur les relations entre littérature et amitié, et dans la continuité notamment du colloque « “Amitiés vives” : l’amitié dans les correspondance d’écrivain.e.s » (Mulhouse, novembre 2020), nous souhaitons initier, en collaboration avec le laboratoire ARCHE (Arts, Civilisations, Histoire de l’Europe, UR 3400, Université de Strasbourg), une réflexion collective sur les liens entre voyage et amitié.

Voyager, n’est-ce pas, en quittant son horizon familier et ses repères familiaux et amicaux, prendre le risque de la solitude ? Et devoir en prendre, bien souvent, son parti ? C’est ce que suggère en tout cas l’incipit des Rêveries du promeneur solitaire : « Me voici donc seul sur la terre, n’ayant plus de frère, de prochain, d’ami, de société que moi-même. »

Quels recours, dès lors, pour le voyageur qui désire lutter contre l’isolement ? Dès l’abord, plusieurs réponses se proposent : le voyage à plusieurs ; la fraternisation avec les étrangers rencontrés en voyage ; mais aussi, au moment de la rédaction du récit du voyage, l’écriture à plusieurs (sur ce dernier sujet, on se référera avec profit au numéro 3 de la revue Viatica (2016), qui propose un dossier intitulé « Écrire le voyage à deux », portant principalement sur un corpus anglophone, mais riche d’enseignements théoriques à portée plus générale).

Ce sont donc les différentes configurations du voyage à plusieurs et de l’écriture viatique à plusieurs que nous voudrions explorer. Voici quelques-uns des axes (non exclusifs) que nous aimerions développer.

L’amitié comme viatique

Certains voyageurs semblent d’autant plus jouir de la douceur de l’amitié qu’ils sont loin de chez eux – comme si le contraste entre l’étrangéité constitutive de l’ailleurs et la familiarité essentielle de l’ami fonctionnait à la manière d’un révélateur. Certains textes de George Sand sont à cet égard particulièrement éloquents : les amis qu’on « emporte » avec soi en voyage semblent presque s’apparenter, aux yeux de la romancière (qui en 1833 part en Italie avec Musset, et qui en 1836 voyage en Suisse avec Liszt et Marie d’Agoult – sans oublier, bien sûr, le voyage avec Chopin à Majorque en 1838-1839), à un viatique. Dans les Lettres d’un voyageur (1834-1836), elle écrit ainsi : « Torcello est un désert cultivé. […] J’avais sur la tête le plus beau ciel du monde, à deux pas de moi les meilleurs amis. » « Un désert cultivé » : n’est-ce pas une figuration topique particulièrement efficace de l’espace étranger parcouru en compagnie d’amis ? Et ailleurs dans le même texte, George Sand fait l’éloge de l’amitié, qui fonctionne cette fois comme un viatique à l’échelle existentielle : « Bénis soient [mes amis] ! Ils m’ont fait croire à quelque chose, ils ont planté dans mon naufrage une ancre de salut. » En outre, si l’amitié protège de la solitude du voyage (et du désarroi existentiel), en retour le voyage fortifie les amitiés, dont elle révèle toute la profondeur. À propos de « Malgache » (c’est-à-dire du botaniste Jules Néraud de Vavre), ainsi, elle note : « C’est alors qu’étant tous deux fixés dans le pays, et notre connaissance ayant commencé sous des auspices aussi sympathiques, nous nous liâmes d’une vive amitié. Un voyage de bohémiens que nous fîmes dans les montagnes de la Marche, jusqu’aux belles ruines de Crozant, nous révéla tout à fait l’un à l’autre. » Et l’amitié occupe une place si importante dans ces lettres viatiques, qu’elle en devient en quelque sorte la matrice énonciative : « J’ai été poussée, par un instinct individuel que je ne sais pas qualifier, à écrire ma vie jour par jour, en m’épanchant dans le sein de l’amitié. » Là encore, l’amitié comme condition sine qua non de l’échange épistolaire fonctionne comme un viatique : « Écrivons-nous tous les jours, je t’en prie ; je sens que l’amitié seule peut me sauver. » Et parfois, George Sand va jusqu’à faire de l’amitié un viatique au sens suprême, religieux, du terme : « Il me semble que tant que j’aurai à mon côté un ami sincère et fidèle, je ne peux pas mourir désespérée ; je lui ai fait jurer, ce soir, qu’il assisterait à ma dernière heure, et qu’il aurait le courage de ne point m’en dissuader. » L’image revient plus d’une fois : « O amitié ! sobre de démonstrations et forte de dévouements, qui te paiera de ce que tu supportes d’heures sombres et de funestes pensées auprès d’une âme moribonde ! Assis comme un médecin sans espoir au chevet d’un ami expirant, il semble tâter le pouls à mon désespoir et compter ce qu’il me reste de jours mauvais à subir. » Une posture existentielle que Robert Louis Stevenson résumera sur un ton moins grave, dans sa facétieuse et célèbre sentence : « But we are all travelers in which John Bunyan calls the wilderness of this world – all, too, travelers with a donkey ; and the best we can find in our travels is an honest friend. »

Plusieurs voyageurs, une seule personnalité d’auteur

Parmi les plus célèbres des voyages entre amis, citons celui que Gustave Flaubert et Maxime Du Camp font en Bretagne en 1847, et qu’ils racontent dans Par les champs et par les grèves. Certes, plus que d’un récit à quatre mains, il s’agit de l’entremêlement de deux récits écrits séparément, les chapitres de Du Camp paraissant d’ailleurs dès 1852, tandis que ceux de Flaubert ne seront publiés qu’en 1881. Mais, au-delà du voyage commun, le projet d’écriture a bien été conçu à deux. En témoigne telle lettre de Flaubert à Louise Colet : « Ce livre aura quinze chapitres […] ; j’écrirai tous les chapitres impairs, 1, 3, etc., Maxime tous les pairs ». Ce qui ne signifie pas qu’il n’existe pas une hiérarchie entre les deux voyageurs. Comme le souligne Madame Le Herpeux, « c’est Flaubert qui assure l’unité du livre : les douze sommaires sont de sa main, et Du Camp travaille d’après ses indications, et même, pendant quelque temps, sous sa surveillance directe. » Mais Flaubert ne s’appesantit nulle part, dans sa correspondance, sur ce déséquilibre. Au contraire, il va jusqu’à affirmer que sa personnalité de voyageur et celle de son ami se mêlent, pour ne former plus qu’une seule personnalité d’auteur : « Écrivant dans la même pièce, il ne peut se faire autrement que les deux plumes ne se trempent un peu l’une dans l’autre ; l’originalité distincte y perd peut-être, ce serait mauvais pour toute autre chose, mais ici l’ensemble y gagne en combinaisons et en harmonie. » Bref, le voyage puis l’écriture du voyage seraient l’occasion d’expérimenter ce qu’on pourrait appeler une solitude à plusieurs. On pourra citer, dans la même veine, la History of a Six Weeks’ Tour through a Part of France, Switzerland, Germany, and Holland ; with Letters Descriptive of a Sail Round the Lake of Geneva and of the Glaciers of Chamouni de Mary et Percy Shelley, publié à l’automne 1817, même si là aussi une certaine hiérarchie de fait (sinon de droit) se fait jour, Mary ayant bien plus contribué à l’écriture de ce récit de voyage que Percy.

Le voyage à plusieurs comme système panoptique

Toutefois, une telle fusion (fantasmée) des personnalités des voyageurs est loin d’être systématique. Ainsi, quand il voyage en Espagne avec quelques-uns de ses amis (Maquet, Boulanger, Giraud et Desbarolles, sans oublier son fils, Alexandre Dumas junior) en octobre-novembre 1846, Dumas père (qui voyage aussi de concert avec le peintre Jean-Pierre Moynet en Russie et à travers le Caucase en 1858) souligne la complémentarité, et non la fusion, des regards respectifs des différents voyageurs – complémentarité d’autant plus féconde que les uns sont écrivains tandis que les autres sont peintres. Soulignant qu’il est un temps pour se mêler joyeusement aux étrangers, et un autre où il est préférable de partir accompagné de quelques proches (« D’ailleurs, je comptais bien partir en bonne compagnie. Le voyage seul, à pied, avec le bâton à la main, convient à l’étudiant insoucieux ou au poète rêveur. J’ai malheureusement passé cet âge où l’hôte des universités mêle sur les grandes routes son chant joyeux aux grossiers jurons des rouliers »), Dumas fait aussi et avant tout l’éloge de la création, non pas à plusieurs, mais côte à côte : « Nous rentrâmes chez maître Pepino émerveillés de ce que nous avions vu, jurant de revenir habiter Grenade : Boulanger, Giraud et Desbarolles pour faire de la peinture, Maquet et moi pour faire du roman ou de la poésie, et Alexandre pour ne rien faire. » Ici, les paysages contemplés apparaissent comme des objets pluri-dimensionnels qu’il convient, pour n’en laisser échapper aucune dimension, d’aborder selon une perspective multimédiale et pluriscopique, voire panoptique. Nous serions ainsi heureux de recevoir des propositions étudiant conjointement deux ou plusieurs récits ou documents portant sur le même voyage : on pensera, parmi de nombreux autres exemples, aux Oasis interdites d’Ella Maillart et au Courrier de Tartarie de Peter Fleming, deux récits retraçant un voyage commun de Pékin à Srinagar en 1935 ; à La Voie cruelle d’Ella Maillart encore et à Où est la terre des promesses ? d’Annemarie Schwarzenbach, double témoignage sur le voyage des deux femmes en Afghanistan en 1939 ; ou encore à la complémentarité des récits de Nicolas Bouvier et des dessins de Thierry Vernet dans Douze gravures de Thierry Vernet. Trois textes de Nicolas Bouvier (évocation à deux « voix » d’un voyage de Venise à Istanbul accompli en 1951 par les deux hommes en compagnie de Jacques Choisy) et dans L’Usage du monde (compte rendu poétique d’un voyage à deux de Belgrade à Kaboul en 1953-1954). Bouvier évoque d’ailleurs dans une lettre à Vernet datée du 24 novembre 1954 sa complicité viatique comme artistique avec ce dernier : « Bien sûr l’idée de faire remarcher notre tandem m’excite beaucoup. Ton travail est un stimulant pour le mien. Par des chemins différents, on poursuit le même objectif. C’est ce qui rend la collaboration et confrontation si dynamique. »

Quand le voyage à plusieurs se fait invasion

À côté de ceux qui considèrent le voyage lui-même comme un objet pluri-dimensionnel qu’il faut appréhender simultanément de plusieurs côtés à la fois (d’où la nécessité de voyager, de regarder et d’écrire/de créer à plusieurs), selon une perspective scopique externe, il y a ceux qui considèrent les pays visités comme des espaces qu’il faut en quelque sorte envahir du regard, selon une perspective scopique interne. Dans son Constantinople (1854), Gautier évoque la solitude du voyageur : « On sait que l’on va s’exposer à des fatigues, à des privations, à des ennuis, à des périls même, il en coûte de renoncer à de chères habitudes d’esprit et de cœur, de quitter sa famille, ses amis, ses relations, pour l’inconnu, et cependant l’on sent qu’il est impossible de rester, et ceux qui vous aiment n’essayent pas de vous retenir et vous serrent silencieusement la main sur le marchepied de la voiture. » Cependant, en voyageant, « on comprend qu’on peut vivre ailleurs que dans son pays, sa ville, sa rue, avec d’autres que ses parents, ses amis, son chien et sa maîtresse. » Et si l’on part avec un compagnon, ce n’est pas pour emporter avec soi une incarnation de l’ici. C’est pour voir deux fois plus, pour ne rien laisser échapper du territoire que l’on conquiert (dans les deux sens du terme, amoureux comme militaire) du regard, que l’on part avec un ami – témoin ces lignes d’Un tour en Belgique et en Hollande, récit d’un voyage fait de concert par Gautier et Nerval en 1836 : « Je n’avais pas encore vu une seule femme blonde, quoique j’eusse mon télescope constamment braqué, et que mon ami Fritz [entendez Nerval] regardât à gauche, tandis que j’explorais le côté droit de la route, de peur de laisser passer dans un moment de distraction ou de négligence, quelque Rubens sans cadre, sous forme d’une honnête Flamande. »

Dans le même ordre d’idées, mais dans un contexte différent et donc selon une perspective politique radicalement autre, on pourra citer le voyage d’André Gide en URSS en 1936. Gide a l’habitude de voyager à plusieurs. Outre son voyage de noces en Italie (1895-1896), qu’il fait, comme il se doit, avec son épouse Madeleine, mais aussi pour partie en compagnie de l’orientaliste germano-balto-pétersbourgeois Fédor Rosenberg, dont le couple fait la connaissance en cours de route à Florence, on peut citer notamment son voyage en Afrique-Équatoriale Française (1925-1926), fait en compagnie de son « neveu » et amant Marc Allégret, qui réalise un film au Congo pendant que Gide prend des notes. Mais ce qui fait la particularité du voyage en URSS, c’est que Gide s’y « munit » d’amis – Pierre Herbart (qui habite Moscou depuis six mois), Louis Guilloux, Jacques Schiffrin (qui, comme son nom l’indique, sait le russe), Jef Last (dont c’est le quatrième voyage en URSS) et Eugène Dabit (qui mourra à Sébastopol) – afin d’occuper plus efficacement le terrain. Il ne veut rien manquer, il ne faut pas que quoi que ce soit échappe au regard des voyageurs, qui mènent une véritable enquête sur la vérité et les mensonges de l’URSS : « Par grande crainte de ne point suffire, j’avais eu soin de m’adjoindre cinq compagnons […]. Oui, je pensais que, pour bien voir et entendre, six paires d’yeux et d’oreilles ne seraient pas de trop ; et pour permettre les recoupements de réactions forcément différentes. » En outre, pour Gide, certains compagnons servent de garde-fous, d’intermédiaires critiques entre un voyageur qui craint d’être naïf et un empire soviétique qui ne demande qu’à exploiter la crédulité des visiteurs. De Pierre Herbart, ainsi, Gide écrit dans ses Retouches à mon « Retour de l’URSS » : « Il a certainement beaucoup aidé à m’avertir, je veux dire : éclairé bien des choses que je n’aurais sans doute pas comprises par moi-même. » Bref, le voyage à plusieurs fonctionne à la fois comme une stratégie d’invasion scopique et comme un dispositif critique.

Bien entendu, d’autres axes méritent d’être explorés :

les voyages entre époux – comme ceux des archéologues Jane et Marcel Dieulafoy en Perse, par exemple ;

les voyages à la rencontre d’amis lointains (comme ceux de Louise Colet, qui se dit toujours fêtée et reçue par de nombreux d’amis au cours de ses voyages, en Italie mais aussi en France) ;

ou encore les voyages dont naissent des amitiés (comme ceux de Madame Du Boccage, qui noue beaucoup d’amitiés dans son voyage en Italie, notamment à Venise, au point qu’elle regrette de partir et déclare que son époux l’y a un peu forcée).

Et nous serons heureux de recevoir des propositions qui nous suggèreraient de nouvelles façons d’aborder la question qui nous occupe.

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Les propositions sont à envoyer à

Nicolas Bourguinat (Université de Strasbourg, bourguin@unistra.fr)

et Nikol Dziub (Université de Haute-Alsace, nikol.dziub@uha.fr) avant le 1 novembre 2020.

Le colloque se tiendra à Mulhouse les 3 et 4 juin 2021.

Les communications feront l’objet d’une publication, sous réserve d’acceptation par le comité scientifique.

https://www.ille.uha.fr/

Appel à communications : 35e Congrès annuel du Conseil International d’Études Francophones
Posted: Monday, September 14, 2020 - 14:36

Madère, 6-13 juin 2021

Propositions: le 30 octobre 2020

Thème directeur du congrès 2021 : Vivre, survivre, revivre                                                         

L’édition 2021 du congrès du Conseil International d’Études Francophones est prévue se dérouler du 6 au 13 juin à Madère (Portugal), dans l’espoir que la situation sanitaire mondiale nous permettra de nous réunir en présentiel.

Les multiples crises – sanitaire, écologique, politique, sociale et économique – associées à la pandémie de Covid-19 invitent à réfléchir aux menaces contre l’existence des individus et des communautés ainsi qu’aux innombrables formes du combat pour la vie dans l’espace francophone.

Ce thème d’actualité nous fournit l’occasion d’ouvrir un cadre de réflexion transhistorique et transdisciplinaire sur des questions pérennes telles que le génocide des populations et l’anéantissement des cultures locales ; la traite des Africains, l’esclavage et la culture plantationnaire ; les formes de domination et d’aliénation coloniales ; l’exploitation des ressources humaines et naturelles ; la médicalisation des corps dominés ; les catastrophes environnementales en contexte colonial, postcolonial et néocolonial ; la perte de mémoire et la disparition des langues autochtones ; les nombreuses stratégies de survie politiques, économiques, genrées, linguistiques et artistiques mobilisées par les groupes colonisées et dominées ; la renaissance collective à travers le combat anti-colonial ; le renouveau identitaire des minorités opprimées ; la « vie nue » et la valeur de la vie individuelle ;  l’émergence des politiques et des esthétiques écologiques.     

Nous nous attacherons à comprendre les enjeux touchant à la langue, la culture, la littérature envisagée aussi dans ses rapports avec les autres arts, la traduction, le cinéma, les nouveaux médias, la chanson, la politique, l’histoire et la pédagogie avec un accent particulier sur les formes et les usages de la biopolitique ainsi que les théories et les pratiques du développement durable, pour ne nommer que quelques-uns des domaines d’étude possibles.

 Axes potentiels pour les propositions individuelles et de sessions complètes

Colonisation, conquête – catastrophes humaines et écologiques

L’esclavage et la traite des Africains. Histoire, mémoire, représentations

Hybridités, créolités

La nécropolitique et le droit à la vie

Néolibéralisme et exploitation néocoloniale

Récits de vie

Les arts de la mémoire

Génocides et fémicides

Racisme, sexisme et médecine

La médecine coloniale et ses avatars contemporains

Les humanités médicales

L’école et les pédagogies du vivant

Perspectives (post)coloniales sur l’anthropocène

Éco-critique et humanimalité

Parcours de vie - immigration, exil, migration

Le français – langue de domination, langue de survie

La mort des langues

Théâtres de guerre, scènes de survie

Esthétiques intermédiales : cinéma, bande dessinée, blogue, vidéo etc. 

Les pratiques culturelles et artistiques du vivre-ensemble

Lyrisme et commémoration

Donner la mort, donner la vie

Rhétoriques de la violence et de la renaissance

Pédagogies de l’empathie et de l’altérité

Spectres de la mondialisation, visages de la mondialité   

 

Afin d’encourager de manière interdisciplinaire le développement des études, de la recherche, et des publications portant sur la littérature, la langue, la culture, les arts et les sciences sociales dans tout le monde francophone, le CIÉF accueille chaque année à son congrès un large éventail de sessions regroupées sous ces catégories. Nous acceptons aussi des propositions dans lesquelles la francophonie est un facteur principe et qui permettront de rassembler les intervenants autour de problématiques d’actualité, sous les grandes catégories de LANGUE-CULTURE-LITTÉRATURE-HISTOIRE-PÉDAGOGIE.

Vous souhaitez participer à notre congrès en 2021 ? Il y a deux façons de faire des propositions sur un thème lié aux études francophones :

1. Proposer une session complète regroupant trois ou de préférence quatre communications autour d’un thème commun.

Les propositions doivent être soumises en ligne.

Nous vous encourageons à réunir des communications autour d’un thème avec des collaborateurs membres du CIÉF ou encore à lancer un appel à communications qui paraîtra dans le Bulletin du CIÉF. Pour ce faire, il faut être membre en règle du CIÉF, c’est‐à‐dire avoir payé votre adhésion. Ces appels peuvent être aussi diffusés à travers d'autres reseaux savants.​

Date limite pour lancer un appel à communications : 30 septembre 2020

Date limite pour proposer une session complète : 30 octobre 2020

Si vous souhaitez proposer une communication dans une session, veuillez contacter directement le/la président-e de session avant le 15 octobre 2020. Vous êtes priés de proposer votre communication dans UNE SEULE session.

2. Proposer une communication individuelle

Date limite pour proposer une communication individuelle : 30 octobre 2020

Les propositions doivent être soumises en ligne.

Les membres sont priés de ne soumettre qu’UNE proposition ; le cas échéant, la proposition faisant partie d’une session complète aura automatiquement priorité. Les propositions individuelles multiples ne seront pas considérées. Si votre proposition peut s’insérer dans une des thématiques proposées ci-dessus, veuillez indiquer la thématique pertinente entre parenthèses à la fin de votre proposition.

Par ailleurs, les membres dont les propositions sont acceptées doivent s’attendre à remplir l’office de président ou de secrétaire de session. Pour faciliter la tâche des organisateurs, nous vous prions de consulter l’horaire provisoire sur le site Web dès le début du mois de février et prévenir la présidente (présidente@cief.org) uniquement dans le cas d’une impossibilité à accomplir cette tâche. Nous comptons sur votre collaboration et vous remercions d’avance.

Les sessions et communications individuelles acceptées au congrès de Gdansk de 2020 (annulé) seront incluses d’office dans le programme du congrès du CIÉF de 2021. Nous vous rappelons que les statuts de l’association ne permettent de faire qu’une seule communication dans le cadre du congrès. Aussi les membres figurant au programme du congrès de 2020 et désireux de participer au congrès de 2021 devront-ils nous signaler leur intention de garder ou de changer le sujet de leur communication dans un délai qui sera annoncé ultérieurement. Les conditions de participation au congrès restent les mêmes : le règlement des frais d’adhésion à l’association pour l’année en cours et celui des frais d’inscription au congrès. Cependant, en 2021, les membres ayant déjà réglé leur inscription au congrès de 2020 seront exemptés de ce second paiement. 

Pour obtenir des renseignements sur le CIÉF et son congrès, prière de consulter notre site web ou de communiquer avec la présidente du CIÉF, Mme Oana Panaïté (presidente@cief.org). Pour en savoir davantage sur le CIÉF et sa revue Nouvelles Études Francophones (NEF), veuillez consulter notre site Web.

Le Prix Jeune Chercheur est décerné chaque année à la meilleure communication doctorante au Congrès.

https://secure.cief.org/wp/?page_id=265

"France 1600" (journées d'études, 25-26 mai 2021)
Posted: Friday, September 11, 2020 - 10:31

En 1989, l’exposition tenue au musée de Meaux « De Nicolo dell’Abate à Nicolas Poussin : aux sources du classicisme », proposait un nouvel angle d’étude pour la création artistique en France entre XVIe et XVIIe siècle. Déplacer le curseur historique de cinquante ans, en étudiant comme une époque cohérente la période 1550-1650, et en plaçant les années 1600 comme l’acmé d’une ère culturelle, plutôt que sa fin ou son commencement, permettait pour la première fois de reconsidérer la place de la création artistique en France, entre les feux du maniérisme de Fontainebleau et les maîtres canoniques du « Grand Siècle » français.

Depuis, une longue période de commémorations liées au règne d’Henri IV voyait les expositions et colloques se succéder à l’occasion du quatrième centenaire de l’avènement du roi (1989), de son couronnement (1994) de l’édit de Nantes (1998), et dernièrement de sa mort (2010) donnant lieu à une exposition d’envergure au château de Fontainebleau, et à un colloque international à Paris (actes publiés en 2016). Il est temps, dix ans après la fin de cette époque riche pour la recherche, de rassembler et de questionner l’état du savoir sur l’art autour du premier Bourbon. Les expositions et colloques sur la Renaissance dans les grandes villes de France (Lyon, Langres, Toulouse, Dijon, Rouen, Bourges récemment), et le programme de l’INHA sur le « Recensement de la peinture française du XVIe siècle » ont montré que l’étude des foyers régionaux apportait un nouveau regard sur la discipline, et constituait un horizon pour la recherche.

A la lumière de ces nouvelles approches, il devient nécessaire d’actualiser l’état des connaissances, de diffuser les nouvelles méthodes de recherche, et de permettre aux chercheurs et chercheuses de se réunir, pour partager les réflexions d’une nouvelle époque qui s’ouvre, favorisée par les humanités numériques, l’open data, et les plateformes collaboratives.

 

Ces journées d’études sont organisées par l’Institut national d’histoire de l’art en partenariat avec le musée du Louvre, associés dans le cadre du programme de recherche « Recensement de la peinture française du XVIesiècle ».

Ces journées auront pour objectif de mettre en lumière l’actualité de la recherche et d’interroger l’état des connaissances sur l’histoire de l’art en France à la charnière entre Renaissance et Grand Siècle, prise dans une fourchette large (entre 1580 et 1620 environ). Il s’agira de proposer à la fois une synthèse des savoirs, et de communiquer sur les nouvelles pistes de la recherche récente. Ces journées seront aussi un moment de discussions et d’échanges, abordant à la fois les potentialités offertes par l’étude des styles, l’histoire sociale, les transferts culturels dans un contexte européen, le connoisseurship, et l’exploitation des sources d’archives.

Le comité scientifique sera particulièrement attentif aux propositions explorant l’étude des foyers régionaux, les transferts culturels et les phénomènes de migrations d’artistes (à l’intérieur du territoire français, mais aussi entre la France et l’Europe), le mécénat (notamment en dehors de la cour), la transversalité des techniques, les notions de création individuelle ou collective, le regard des voyageurs et chroniqueurs de l’époque, les études de corpus (servant notamment à des reconstitutions critiques et à l’étude des sources et des techniques). Le comité exprime son intérêt pour les études de cas comme pour les approches transversales. Le comité souhaite encourager les propositions émanant de jeunes chercheurs et chercheuses. 

 

Modalités pratiques :

Les candidatures sont ouvertes aux personnes titulaires d’un master 2 minimum ou équivalent. Les communications, de 20 minutes maximum, pourront être données en français ou en anglais.

Les propositions de communication devront comporter un titre et un résumé (2000 signes maximum), ainsi qu’une présentation personnelle du candidat ou de la candidate (1000 signes maximum). Elles devront être envoyées par mail avant le 1er novembre 2020 à l’adresse suivante : vladimir.nestorov@inha.fr

Les deux journées d’études se tiendront les 25 et 26 mai 2021 à l’Institut national d’histoire de l’art (2 rue Vivienne, Paris, 2e arrondissement). Le déplacement des intervenants hors Ile-de-France pourra être pris en charge. Une publication des actes est prévue.

 

Organisation :

Vladimir Nestorov (Paris, INHA)

Cécile Scailliérez (Paris, musée du Louvre)

Isabelle Dubois-Brinkmann (Paris, INHA)

 

Comité scientifique :

Geneviève Bresc-Bautier, conservatrice générale honoraire du patrimoine au musée du Louvre, Paris

Thierry Crépin-Leblond, directeur du musée national de la Renaissance, Ecouen

Isabelle Dubois-Brinkmann, conservatrice en chef du patrimoine, pensionnaire à l’INHA, Paris

Guy-Michel Leproux, directeur d’études à l’Ecole pratique des hautes études, Paris

Emmanuel Lurin, maître de conférences en histoire de l’art moderne à l’Université Paris-Sorbonne, Paris

Audrey Nassieu Maupas, maître de conférences à l’Ecole pratique des hautes études, Paris

Vladimir Nestorov, doctorant en histoire de l’art

Cécile Scailliérez, conservatrice générale du patrimoine au musée du Louvre, Paris

Vanessa Selbach, conservatrice en chef du patrimoine à la Bibliothèque nationale de France, Paris

https://www.inha.fr/fr/actualites/presse/communiques-et-dossiers-de-presse/en-2020/france-1600.html

Jobs

Lecturer in Early Modern European History (1450-1750) at Durham University
Posted 23 Aug 2021 - 15:55

The Department of History at Durham University seeks to appoint a talented individual to the fixed term role of Lecturer in Early Modern European History (1450-1750).

The Department of History is widely recognized as a leading centre of historical research and teaching, consistently ranking amongst the top UK History departments in league tables.

Durham University has an outstanding reputation in the field of Early Modern history, with thirteen colleagues working on Early Modern Britain, Europe, East and South Asia, and North America. The Department is closely involved in the multi-disciplinary the Institute for Medieval and Early Modern Studies, which brings together over 120 permanent colleagues from across the University.

The role of a fixed term Lecturer at Durham provides the opportunity to deliver outstanding education and research within an inclusive and supportive environment that is staffed by world class colleagues. Guided by a designated mentor, Lecturers will be supported to develop their academic careers with training and financial support in research and education.

The primary focus of this role is on research and teaching but there will also be the opportunity to engage in wider citizenship within the University and beyond.

This role of Lecturer is for a fixed term of 23 months. It is not anticipated that this post would be extended beyond the initial fixed term.

Applicants must demonstrate research excellence in Early Modern European History (1450-1750), with the ability to teach our students to an exceptional standard and to fully engage in the services, citizenship and values of the University. The University provides a working and teaching environment which is inclusive and welcoming and where everyone is treated fairly and with dignity and respect. Candidates will be expected to demonstrate commitment to these key principles as part of the assessment process.

In the first year, the post-holder will be expected to contribute to the team-taught level 1 module 'Connected Histories: Early Modern Europe c.1450-c.1750' and to offer a strand for the core Level 1 module 'Making History'. They may also be expected to offer an optional module for the MA. They will undertake some undergraduate and MA dissertation supervision and, where appropriate, carry out other teaching duties specified by the Head of Department. In the second year, they will be expected to offer additional teaching on new or existing level 2/3 modules. You can review the Faculty Handbook using this URL - www.dur.ac.uk/faculty.handbook/module_search - On this page you can select "List Modules by Department" and then please select "History".

Candidates will be expected to demonstrate these key principles as part of the assessment process.

Assistant Professor of French and Francophone Studies, Tenure Track at Vassar College
Posted 23 Aug 2021 - 15:34

The Department of French and Francophone Studies at Vassar College invites applications for a tenure-track Assistant Professor position, beginning Fall 2022.

AA Statement
Vassar College is an affirmative action and equal opportunity employer with a strong commitment to increasing the diversity of the campus community and the curriculum, and promoting an environment of equality, inclusion, and respect for difference. Candidates who can contribute to this goal through their teaching, research, advising, and other activities are encouraged to identify their strengths and experiences in this area. Individuals from groups whose underrepresentation in the American professoriate has been severe and longstanding are particularly encouraged to apply.

Position Description
We seek candidates with expertise in pre-1800 studies with a focus in ecocriticism and/or performance studies, combined with one or more of the following areas of specialization: New World Studies, Atlantic Studies, Migration Studies, and Visual Studies. The successful candidate will teach French language courses at all levels as well as courses focusing on pre-1800 studies. The candidate will also be able to teach in one or more of following Multidisciplinary programs, such as: Environmental Studies, Medieval/Renaissance Studies, Africana Studies, or the Consortium on Forced Migration. Excellence in teaching and evidence or clear promise of scholarship are essential.

Candidates must have a PhD in hand by June 2022; native or near-native fluency in French and English and a strong commitment to teaching French language and literature/culture courses at all levels in a liberal arts environment are expected. In addition to contributing to the departmental curriculum, this position will include teaching in one or more multidisciplinary programs on campus, as well as the possibility of directing our program in Paris. Teaching load in the first year is four courses followed by five courses annually in subsequent years.

To apply, please visit https://employment.vassar.edu/postings/2124 to link to the posting for this position. Candidates should submit a cover letter, C.V., research statement, teaching statement, diversity statement (a statement highlighting contributions to or future plans for promoting diversity and inclusion through teaching, research and other involvements – for information about writing a diversity statement, click here), graduate school transcript (unofficial copies accepted for initial application), and at least three letters of recommendation. For inquiries, email ffsjob@vassar.edu.  Applications received by October 15, 2021 will receive full consideration. There is no guarantee that applications received after this date will be considered. 

Tenure Track Assistant Professor of French at Williams College
Posted 23 Aug 2021 - 15:29

The Williams College Romance Languages Department welcomes applications for a tenure-track Assistant Professor of French, whose appointment will begin on July 1, 2022. We seek candidates with a record of outstanding teaching in French language who have scholarly expertise in French and/or Francophone literatures and cultures before 1800. We are particularly eager to meet candidates whose intellectual work centers on one or more of the following: intersectional approaches to race and ethnicity, environmental studies and ecocriticism, science and technology, digital and media studies, performance studies, or transnational studies. We invite applications from candidates whose scholarship takes French and/or Francophone Studies in new and exciting directions, and whose teaching finds innovative and dynamic ways of translating these fields of study to undergraduate students. 

The teaching load includes four regular courses each year: two in French language and two in pre-1800 French and/or Francophone literature and culture (in the candidate’s areas of specialization). We are thus seeking outstanding teachers with demonstrated experience teaching French language, especially at the intermediate level. Candidates must also have demonstrated experience (and/or innovative and concrete course ideas) for teaching advanced-level courses in literature and culture, in their areas of specialization. The teaching load also includes a January course every other year. Candidates should have native or near-native fluency in French, and hold a Ph.D. in French Language and Literature, or in Comparative Literature (with a specialization in French and/or Francophone Studies), with their Ph.D. in hand by August 2022.

The college and department value teaching and research equally, and will expect the new colleague to contribute to the vitality of our vibrant French program, via dynamic courses, inspiring research, and extracurricular programming. For more on French at Williams, visit our website at: https://french.williams.edu

The department is especially interested in candidates who can contribute to the rich intellectual life of a campus comprising colleagues and students from widely diverse backgrounds. Candidates from groups that are underrepresented in academia are particularly encouraged to apply.

Applications are due no later than November 15, 2021 and must include a cover letter, CV, and 3 letters of recommendation (at least one of which addresses the candidate’s promise as a teacher). In the cover letter, candidates should speak in detail about their scholarship, teaching experience, and ability to create inclusive classrooms for a diverse student population representing a wide range of races, ethnicities, religions, classes, genders, and sexualities. Email and paper applications will not be accepted. All materials should be addressed to Professor Brian Martin (Chair), and must be submitted through Interfolio using this link: http://apply.interfolio.com/92546

5-year Supernumerary Teaching Fellowship — St. John's College, Oxford
Posted 4 Jun 2021 - 06:20

SUPERNUMERARY TEACHING FELLOWSHIP IN EARLY MODERN FRENCH

St. John's College invites applications from suitably qualified candidates for a five-year fixed-term Supernumerary Teaching Fellowship (without membership of Governing Body), with effect from 1 October 2021. Applications for this post are particularly welcome from women and black and minority ethnic candidates, who are under-represented in academic posts in Oxford.

The annual salary will be on the University’s Grade 6 for Academic Staff (currently £29,176 - £34,804). The Fellow will have rights to lunches and dinners without charge during those weeks of the year when the kitchen is open, the use of an office, and certain College benefits and allowances including teaching and research expenses (currently up to a maximum of £3,000 per year) and a housing allowance (currently £10,560 per year).

The person appointed will be expected to teach undergraduates up to a maximum of eight hours each week averaged over the three eight-week terms and play a full part in the organization and teaching in French in St. John’s for undergraduates reading for the BA in Modern Languages and various Joint Schools, and to undertake research. The Fellow will also be expected to share administrative and pastoral duties, participate in year abroad administration, in the undergraduate admissions process, College Open Days and school visits. The College is seeking a candidate with a firm commitment to undergraduate teaching and pastoral care who will be prepared to be a regular presence in and contribute fully to the life of the College.

Candidates must be able to teach the Early Modern Literature (1530-1800) paper (Paper VII) and the pre-nineteenth century part of the Modern Literature (1715 to the present) paper (Paper VIII) together with appropriate Prescribed Authors (Paper X). They must also be prepared to teach a significant part of the first year literature syllabus and to teach French to English translation. They must demonstrate an ability to teach effectively, to contribute to the organisation of the degree and some College administration, and that they have the interpersonal skills necessary for the pastoral care of students.

Details of the undergraduate syllabus in French can be found at http://www.mod-langs.ox.ac.uk/french

The election to the Fellowship will be for one year in the first instance, renewable subject to a satisfactory report on the specific duties. No duties are required for the University and the approval of the College must be sought before any are undertaken. A one-year period of sabbatical leave will be made available in the fifth and final year of the appointment, to permit the Fellow to further his or her research.

The person appointed will have or will have obtained by 1st September 2021 a doctorate degree in French and will be expected to engage in original research.
 

Assistant Professor of Medieval/Early Modern French Literature (Limited Term, Dalhousie Univ.)
Posted 12 May 2021 - 12:29

Assistant Professor of Medieval/Early Modern French Literature (Limited Term, Dalhousie Univ.)

The Department of French at Dalhousie University invites applications from junior academics for a 50% Limited Term

Appointment (10-month term) at the Assistant Professor level in the area of Medieval and Early Modern French Literature, effective August 1, 2021. This position is subject to budgetary approval.

Open Date 05/07/2021

Close Date 06/06/2021

All qualified candidates are encouraged to apply; however, Canadians and permanent residents will be given priority.

Dalhousie University is committed to fostering a collegial culture grounded in diversity and inclusiveness. The university encourages applications from Indigenous persons, persons with a disability, racially visible persons, women, persons of a minority sexual orientation and/or gender identity, and all candidates who would contribute to the diversity of our community. For more information, please visit https://www.dal.ca/hiringfordiversity.

Primary responsibilities will include :

- teaching French language classes at the undergraduate level,

- teaching literature courses at the undergraduate level,

- serving on departmental committees

Necessary qualifications, experience and skills:

- Doctorate in hand at the time of appointment

- Experience teaching French as a second language

- Native or near-native fluency in French.

Applications should include :

- Complete Résumé / Curriculum vitae

- Cover letter

- Statement of research and teaching interests and philosophies

- Teaching dossier

- List of reference (three)

Please apply for this position directly via PeopleAdmin. The posting can be found at

http://dal.peopleadmin.ca/postings/6024

Established in 1818, Dalhousie is a leading research-intensive university offering more than 180 degree programs across 13 faculties. It is the largest university in Atlantic Canada and is located in the heart of Halifax, a scenic coastal city and capital of Nova Scotia, which is home to 13 Mi’kmaq First Nations, a deeply rooted historical African Canadian community, and an increasingly diverse population. The Faculty of Arts and Social Sciences is a dynamic body of students, faculty, and staff arranged into upwards of twenty programs and departments, many offering graduate degrees. Further information about the Department and the University can be obtained at http://www.dal.ca/french.

Documents Needed to Apply:

Résumé / Curriculum Vitae (CV) Cover Letter Teaching Statement Teaching Dossier Research Statement List of referees

New Publications

Circé (1694), tragédie en musique de Henry Desmarest et Mme de Saintonge, textes réunis par Jean Duron
Posted: 7 Dec 2024 - 09:05

Mise en ligne, par le Centre de Musique Baroque de Versailles, de l'ouvrage dirigé par Jean Duron consacré à Circé d'Henry Desmarest représenté en 2023 au Boston Early Music Festival ( https://bemf.org/recordings/desmarest-circe/ ) :

Circé (1694), tragédie en musique de Henry Desmarest et Mme de Saintonge, textes réunis par Jean Duron, CMBV - Editions du Centre de Musique Baroque de Versailles, 2024.

Vous le trouverez au moyen de l'un de ces deux liens : https://omeka.cmbv.fr/s/bpsn/item/24752

Théâtres à recettes et spectacles non payants (1661-1791), Circulations, créations, transversalité, Emanuele DE LUCA, Barbara NESTOLA (coord.)
Posted: 7 Dec 2024 - 09:00

Théâtres à recettes et spectacles non payants (1661-1791), Circulations, créations, transversalité, Emanuele DE LUCA, Barbara NESTOLA (coord.), Littératures classiques n° 113,

N° ISBN : 978-2-8107-1290-8 - Format et nombre de pages : 16 × 24 cm – 212 p. - 2024

Plus d'informations ici.

Produits dérivés et économie des spectacles lyriques en France (XVIIe-XVIIIe siècle), dir. Marie Demeilliez et Thomas Soury
Posted: 7 Dec 2024 - 08:57

Produits dérivés et économie des spectacles lyriques en France (XVIIe-XVIIIe siècle), dir. Marie Demeilliez et Thomas Soury, European Drama and Performance Studies, 2024/1, n° 22, 352 p.

Plus d'informations ici.

Femmes de spectacle (danse, opéra, théâtre). Création, représentation et sociabilité au féminin, 1650-1914, Valentina Ponzetto et Romain Bionda (dir.)
Posted: 7 Dec 2024 - 08:54

Femmes de spectacle (danse, opéra, théâtre). Création, représentation et sociabilité au féminin, 1650-1914, Valentina Ponzetto et Romain Bionda (dir.), Leiden, Brill, coll. « C.R.I.N. : Cahiers de recherche des instituts néerlandais de langue et de littérature française », vol. 70, 2024, 271 pages.

ISBN : 978-90-04-70806-8.

E-Book : ISBN : 978-90-04-70807-5

Comment une femme pouvait-elle s’affirmer et faire carrière dans le monde du spectacle entre 1650 et 1914 ? Dans une perspective interdisciplinaire, les quinze études réunies dans ce volume apportent des éléments de réponse à travers l’analyse de parcours d’autrices, de compositrices et de performeuses aux profils très variés, actives dans les domaines du théâtre, de la danse et de l’opéra. Ces études proposent une meilleure compréhension et contextualisation des obstacles et préjugés auxquels ces artistes ont dû faire face dans un milieu socio-professionnel majoritairement masculin, ainsi qu’une interprétation analytique des stratégies artistiques et discursives mises en place pour les surmonter. Il en ressort une approche renouvelée et une meilleure connaissance de notre matrimoine culturel.

Plus d'informations ici.

Nouvelles études sur les lieux de spectacle de la première modernité
Posted: 7 Dec 2024 - 08:49

Nouvelles études sur les lieux de spectacle de la première modernité, dir. Jeffrey M. Leichman et Pauline Beaucé

En ligne: https://www.openbookpublishers.com/books/10.11647/obp.0400

Les théâtres du passé : des théâtres virtuels ? C’est une des questions passionnantes explorée dans ce livre par des chercheurs et chercheuses en littérature, musicologie, histoire, études théâtrales, histoire de l’art, architecture et sciences du numérique. Ces Nouvelles études sur les lieux de spectacle de la première modernité proposent de relever un défi épistémologique autour de la notion de virtuel pour la recherche en histoire du théâtre en engageant différents formats de réflexion : entretiens, articles multimédia, brèves de méthodologie, exposition virtuelle. L’objectif de ce volume est de situer le lieu de spectacle aussi largement que possible au carrefour des imaginaires et de ses usages pratiques. Ancrées dans le concret des archives, les contributions s’inscrivent dans la volonté d’un renouveau interprétatif en partant d’hypothèses rendues possibles par des perspectives contemporaines – nouvelles technologies, revalorisation d’objets autrefois jugés mineurs, intérêt pour les approches contrefactuelles. La diversité des objets de recherche, des méthodes et des résultats rassemblés éclaire non seulement l’histoire matérielle des spectacles de la première modernité, mais illustre aussi la nécessité de croiser les approches scientifiques pour renouveler la compréhension et la transmission des pratiques culturelles du passé.

Conferences and Colloquia

JOURNÉE D’ÉTUDE : SAINT-SIMON ET LES ÉGAREMENTS DU LANGAGE
Posted: 4 Feb 2019 - 15:46

Les Mémoires de Saint-Simon – mais aussi ses autres grandes

sommes comme ses Notes sur tous les duchéspairies

ou ses Additions au Journal de Dangeau

– sont à bien des égards une mise en

scène de la parole humaine : Non seulement

Saint-Simon emprunte parfois leur récit à des

témoins, mais la parole est souvent au centre du

récit, soit qu’elle constitue le pivot d’une

anecdote, par son sel comique ou sa fonction de

révélation, soit que la relation historique se

fasse récit de conversation, soit encore qu’une

parole contestée fasse l’objet du récit.

Au sein de cet usage de la parole, à la fois

divers et unifié par la voix du mémorialiste,

quel sort est fait à la parole individuelle ? De la

parole du roi, concise et dilatoire (« Je verrai »)

à la logorrhée inefficace d’un Noailles, peut-on

dire que les personnages de Saint-Simon sont

caractérisés par un parler ou une « parlure »,

comme le seront ceux de comédies humaines à

venir ?

Les portraits ne manquent pas de signaler si

tel ou tel est capable de dire ce qu’il veut

comme il le veut : ce n’est pas le cas général et

le lecteur des Mémoires est confronté à des cas

surprenants d’aphasie, de bégaiement, de

lapsus, d’actes (de langage) manqués, de

ratures obsessionnelles, de mots d’esprit

fulgurants parfois autodestructeurs, de

dérapages non contrôlés (comme les insultes

dont Villeroi accable soudain Dubois qu’il

rencontre pour faire la paix avec lui) et autres

débordements de langage.

 

Saint-Simon montre même une étonnante

prédilection, en cette époque où la rhétorique

semble régner sur les usages langagiers des

élites, pour tout ce qui, dans le rapport des

sujets à la parole, échappe au contrôle des

premiers et les montre plus en proie au langage

que maîtres du langage.

La Journée Saint-Simon 2019 abordera sous

des angles disciplinaires divers ce thème des

états de la parole chez les personnages saintsimoniens.

Dans ses crises ou ses triomphes, à

travers ce qu’elle révèle ou tait de l’individu qui

la profère, dans ce qu’elle nous apprend aussi

de l’art du mémorialiste, nous nous

demanderons quel rôle joue la parole, et

notamment la parole en panne, dans l’entreprise

de résurrection du passé du duc de Saint-Simon.

Il y a là matière à analyses littéraires, mais aussi

plus purement linguistiques, philosophiques, ou

encore psychanalytiques, dans ce que le rapport

aux mots peut dire de celui qui tente – bien

souvent à ses dépens – de les employer.

La journée se tiendra au château de

Versailles, le samedi 16 mars 2019. Elle est

organisée par Marc Hersant (Université Paris 3

Sorbonne Nouvelle/FIRL – EA 174, m.hersa

nt@free.fr) et Delphine Mouquin de Garidel

(Université de Nantes,delphmouquin@gmail.

com).

Source: le Bulletin de la Société d'étude du XVIIe siècle.

TRISTAN L’HERMITE ET L’ACADÉMIE FRANÇAISE (1648-1655)
Posted: 14 Jan 2019 - 10:18

 

Jeudi 21 février 2019 - Académie française 

23 quai de Conti – Paris 6e 

Association des Amis de Tristan L’Hermite 

www.lesamisdetristan.org 

MATIN : Tristan L’Hermite et l’institution 

8h45 Accueil des participants 

9h15 Ouverture de la journée, Michel Zink, académicien 

9h30 Introduction : Tristan et l’Académie, une histoire brève, Sophie Tonolo (DYPAC, UVSQ – Service du Dictionnaire) 

10h00 L’Académie française, une création paradoxale, Hélène Merlin-Kajman (Sorbonne nouvelle) 

10h30 Tristan L’Hermite : de Richelieu à Séguier, d’incertains patronages, Françoise Hildesheimer (Archives nationales) 

11h00 Discussion et pause 

11h30 L’influence de l’Académie sur les dernières productions littéraires de Tristan, Sandrine Berrégard (Université de Strasbourg) 

12h00 Tristan et Quinault : autour d’une filiation académique, la question de la modernité théâtrale, Sylvain Cornic (Université de Lyon – I.H.R.I.M. Lyon 3) 

12h30 Discussion 

APRÈS-MIDI : Tristan et la langue française 

14h45 L’esthétique de la phrase chez Tristan, Gilles Siouffi (Sorbonne Université) 

15h15 Langue poétique et langue prosaïque chez Tristan, Claire Fourquet-Gracieux (Université Paris-Est - LIS) 

15h45 La langue poétique dans le Dictionnaire de l’Académie française, Stéphane Macé (Université Grenoble Alpes) 

16h15 Discussion 

17h00 Visite du Palais de l’Institut (Coupole, salles des séances, bibliothèques, nouvel auditorium) 

 

 

 Pour plus de renseignements, contacter Sophie Tonolo (asophie.tonolo@free.fr) 

Séminaire ThéPARIs Les Théâtres Parisiens sous l’Ancien Régime au Centre de musique baroque de Versailles
Posted: 7 Jan 2019 - 16:47

Entre  janvier et juin 2019 :

ThéPARIs

 

Les Théâtres Parisiens sous l’Ancien Régime : Transversalité des pratiques, circulation des personnes, enjeux esthétiques et poétiques

 

 

qui se déroulera le 

11 janvier 2019 

 

10h-13h

 

au Centre de musique baroque de Versailles, 

Versailles, 22 avenue de Paris, 78000 

 

avec 

Judith le Blanc, Matthieu Franchin et Thomas Leconte

 

La séance sera agrémentée par l'exécution d'un divertissement complet de la comédie 

 

Les Vendanges de Suresnes 

de Florent Carton Dancourt 

 

créée à la Comédie-Française en 1695. Le divertissement sera dirigé par Matthieu Franchin, avec  

Pauline Schill, dessus

Florian Abdesselam, hautbois

Youn-Young Kim, violon

Shun Yamashita, basse de violon

Matthieu Franchin, clavecin et direction

 

Veuillez trouver ci-après et en pièce jointe le programme de cette première séance.

 

Entrée libre sur inscription à l'adresse : theparis.seminaire@gmail.com

 

Nous vous informons également qu'une page facebook consacrée à ThéPARis est désormais active et en libre accès : 
 
 
 
Vous y trouverez toutes les informations, les évenements, les post concernant le séminaire, ainsi que des photos et des extraits vidéos des séances.
D'autres possibilités d'interaction avec le séminaire seront mises en place par la suite...

N'hésitez pas à suivre la page, à partager et à relayer l’information auprès de vous et plus loin.

 

 

Désir, consentement et violences sexuelles en littérature
Posted: 19 Dec 2018 - 10:49

Paris, 12 janvier 2019

Lieu : Université Sorbonne Nouvelle, Maison de la Recherche (4 Rue des Irlandais, 75005 Paris)

Organisation : Lucie Nizard (Université Sorbonne Nouvelle – CRP19) et Anne Grand d’Esnon (Université de Bourgogne Franche-Comté – CPTC)

Contact : desiretconsentement@gmail.com

Inscription (non-obligatoire, mais nombre de places limité)

Programme

9h30-10h : accueil 10h-10h15 : introduction

10h15-12h30 : Viol et littérature au XVIIIe siècle Roxane Darlot-Harel : “Lire la littérature libertine du XVIIIe siècle : culture du viol et plaisir de lecture” Melanie Slaviero (Université Paris-Sorbonne) : “« Vous vouliez bien attendre que j’eusse dit oui, avant d’être sûr de mon consentement ». Sur un viol dans Les Liaisons dangereuses : analyse critique et enjeux méthodologiques” Jean-Christophe Abramovici (Université Paris-Sorbonne) : “Le viol entre mœurs et fictions”

12h30-13h00 : table-ronde n°1 Problèmes de définition et enjeux autour de l’anachronisme.

14h-15h30 :  Michèle Rosellini (ENS de Lyon) : titre à préciser Camille Brouzes et Maxime Kamin (Université Grenoble Alpes) : “Comique et violences sexuelles dans les fabliaux et pastourelles du Moyen Âge : quels outils d’analyse ?”

15h45-17h15 : Des lectures subjectives, politiques ou militantes ? Anne Grand d’Esnon (Université de Bourgogne Franche-Comté) : “Lire et interpréter le désir et le (non-)consentement de personnages de fiction. Le problème de la psychologie des personnages” Anne-Claire Marpeau (ENS de Lyon / University of British Columbia) : “La recherche et l’enseignement littéraires peuvent-ils et doivent-ils autoriser un regard militant sur les textes littéraires ?”

17h30-18h : table-ronde n°2  Quel(s) positionnement(s) en tant que chercheur·se ?

Argument

« On peut se demander si la minoration du viol ne se poursuit pas dans le domaine de la critique littéraire, tant sont comptées les études qui lui sont consacrées1  » remarquait Nathalie Grande dans le propos liminaire du numéro de la revue Tangence sur le viol en littérature, rassemblant des contributions allant du XVIe au XIXe siècle. Si l’on s’intéresse à la recherche en France, on peut citer, outre ce numéro récent et important, un dossier de la revue numérique Le Verger de Cornucopia sur « Viol et ravissement » en mai 2013, consacré à la littérature du XVIe siècle. Un colloque intitulé « Viol, violence, corps et identité » avait également été consacré à la question à Bordeaux en 2007, cette fois autour de la littérature de l’extrême contemporain. En dehors de ces initiatives, les propositions consacrées à cette problématique sont plus ponctuelles. Du côté de la recherche anglophone en revanche, le viol est déjà bien construit comme objet de recherche littéraire2, offrant d’ailleurs de nouveaux éclairages sur le canon français3. Omniprésentes dans la littérature, les violences sexuelles méritent une exploration spécifique et précise, qui se prolonge depuis quelques années à travers de riches réflexions sur les implications pédagogiques de leur étude4.

La construction de cet objet de recherche par les études littéraires se heurte en France à des résistances importantes et spécifiques, qui reposent notamment sur l’idée que construire un tel objet reviendrait à sortir de la littérature et des cadres des études littéraires. Ces résistances de divers ordres et inégalement sérieuses mettent pourtant en exergue une condition du développement des recherches sur les violences sexuelles dans la littérature : affronter les problèmes théoriques et épistémologiques que soulève cette problématique et en préciser les contours méthodologiques et disciplinaires.

Se pose en premier lieu l’enjeu de la définition des violences sexuelles : cette définition a considérablement évolué et il n’est pas du tout évident qu’au sein d’une communauté disciplinaire, l’on dispose d’emblée d’une définition et de critères partagés. Une définition minimale du viol comme acte sexuel non-consenti, en général maniable, engage elle-même la définition et l’extension de la notion de consentement sexuel – le choix libre et non contraint de s’engager dans une interaction de type sexuel avec autrui – de ce qui le rend ou non valable au sein de rapports de pouvoir fluctuants (de genre, d’âge, de classe ou d’état) et de sa discordance possible par rapport au désir. Ce cadre théorique du consentement et des rapports de genre issu des luttes féministes, récent, n’est pourtant pas le seul qui est en jeu, à la fois au sein d’une discipline littéraire où les violences sexuelles pourront être volontiers abordées à partir des notions d’érotisme, d’écriture du trauma, du tabou ou des limites, et vis-à-vis d’œuvres dont le contexte présente un cadre idéologique très différent (pensons à l’importance de la notion d’honneur). Notre constat en effet est que certains concepts indépendamment pertinents pour rendre compte d’un texte coexistent en fait difficilement dans le discours critique lorsque nous tentons de les tenir ensemble (l’amour et le viol par exemple) : comment articuler dans ce cas les différents éléments dont nous disposons pour produire un commentaire intelligible ?

Au-delà de ce premier problème de définition, l’objet littéraire lui-même oppose des résistances particulières et met nos outils théoriques à l’épreuve : dans bien des cas, des textes anciens dont les violences sexuelles constituent un élément narratif essentiel semblent dysfonctionner pour une réception contemporaine. Comment analyser ces textes ? Faut-il faire référence à la notion d’intention de l’auteur et peut-on alors identifier un viol que l’auteur lui-même n’aurait pas « prévu » ? Peut-on démontrer que des textes devaient fonctionner autrement, produire un certain type d’émotions (le rire, l’empathie, etc.) si nous n’en faisons pas nous-mêmes l’expérience ?

Du point de vue de la fiction, lorsqu’une scène de violences sexuelles tire de toute évidence des effets esthétiques d’une discordance entre un non-consentement verbal et gestuel clair, la représentation d’un désir du personnage féminin et finalement un ensemble de procédés qui reposent sur l’idée d’une intention d’un personnage différente de ses gestes et de ses paroles, que dire encore du texte ? Sur quels fondements laisser de côté des intentions, des sentiments, une psychologie fictionnelle et retenir en revanche des actes et faits tout aussi fictionnels pour qualifier une scène ? Cette difficulté engage de façon évidente des problèmes aussi complexes que la psychologie des personnages ou le statut de vérité des énoncés narratifs.

Face à « l’infamie associée […] à l’accusation d’anachronisme5 », l’enjeu de la contextualisation ne pose pas moins de difficultés : comparer des œuvres littéraires fictionnelles avec une « réalité historique », la littérature avec la société, est une démarche commune. Mais quel type de lien va-t-on établir ? Comment de surcroît accéder à cette « réalité » et avec quels outils ? La discipline historique semble ici la plus évidente, mais l’histoire du viol dans une société n’est ni celle de sa littérature, ni celle de ses archives juridiques, qui constituent la principale source de l’Histoire du viol de Georges Vigarello6. Pour approfondir chaque période, chaque genre, chaque œuvre, le besoin de savoirs plus précis sur un sujet en chantier se fait sentir. On peut donc s’interroger sur les travaux historiques disponibles susceptibles d’appuyer une approche littéraire, et sur les zones d’ombres qui ne sont pour le moment pas levées concernant l’histoire des pratiques, normes et violences sexuelles et nous laissent dans une position inconfortable. À l’inverse, les sources littéraires sont sujettes à débat parmi les historien·ne·s, en particulier en ce qui concerne les travaux sur ce qui est tu. La définition de la discipline littéraire et les rapports entre analyse littéraire, histoire et histoire des idées se retrouvent ainsi convoqués par la problématique du viol en littérature.

Sur un objet récemment construit, nous avons ainsi à élaborer nos propres outils à partir de disciplines très diverses pour analyser en dernière instance des discours et des récits, outils susceptibles de varier en fonction des époques et des genres traités. Nous pourrons ainsi interroger la pertinence et raffiner des notions contemporaines comme celle de « culture du viol », fortement diffusée dans la critique féministe des fictions populaires. Faut-il l’utiliser dans certains cas, mais trouver des concepts alternatifs dans d’autres, en particulier pour des textes plus anciens ? L’écueil de l’anachronisme est-il plus important pour de tels outils que pour l’ensemble de nos outils d’analyse littéraire formels élaborés au cours du XXe siècle ?

La problématique des violences sexuelles interroge également les postures de recherche et les choix discursifs dans les travaux de recherche. Au niveau purement lexical, termes synthétiques, périphrases descriptives ou euphémismes (« quasi-viol », etc.) n’ont pas la même incidence. Ces choix ne concernent pas uniquement les recherches consacrées aux violences sexuelles mais toute recherche qui analyse une scène de violence sexuelle : réfléchir sur cet objet a donc une portée transversale pour la discipline. Plus profondément, la problématique des violences sexuelles en littérature engage des conceptions de la discipline et des dynamiques de valorisation qu’il faudrait expliciter : valorisation d’une certaine idée d’un siècle, d’une esthétique, d’un auteur, des « pouvoirs de la littérature », de l’indécision du sens (ses signes contradictoires), de la capacité du langage à formuler de façon implicite, d’une sensibilité particulière de la littérature à la parole des victimes comme le suggère prudemment Nathalie Grande dans le numéro de Tangence7, de l’indépendance du geste esthétique vis-à-vis des normes morales, d’une vérité anthropologique que révélerait telle ou telle œuvre, de la suspension du régime de vérité (parole contre parole), etc. Quelle exigence d’explication des normes et des valeurs convoquées par les études littéraires doit-on avoir face à de tels textes ?

Enfin, aborder les violences sexuelles en littérature implique une réflexion préalable sur les effets de sélection de certaines violences, de certaines victimes ou de certains auteurs. Toutes les violences sexuelles ne sont pas représentées avec la même netteté et la même évidence. La condamnation symbolique de certains viols étant particulièrement forte, les œuvres dessinent des représentations partielles, y compris lorsqu’elles semblent soutenir cette condamnation : les représentations du viol sont aussi un vecteur de contrôle, de mise en scène du danger et d’altérisation de certains groupes sociaux. Comment, en tant que chercheur·se, se positionner pour traiter de cet objet sans prétendre en avoir fait le tour à partir d’une seule de ses modalités ? Le choix des corpus est donc un paramètre essentiel pour rendre compte des enjeux de la représentation de différentes violences dans différents contextes.

 

  1. Nathalie Grande, « Liminaire », Tangence, no 114, 2017, p. 5-12 []
  2. Voir par exemple Sabine Sielke, Reading rape: the rhetoric of sexual violence in American literature and culture, 1790-1990, Princeton, Princeton University Press, 2002 ; Christine M. Rose et Elizabeth Robertson (dir.), Representing rape in medieval and early modern literature., New York / Basingstoke, Palgrave Macmillan, 2001 ; Corinne Saunders, Rape and Ravishment in the Literature of Medieval England, Cambridge, Boydell & Brewer, 2001 []
  3. Patricia Francis Cholakian, Rape and writing in the Heptaméron of Marguerite de Navarre, Carbondale, Southern Illinois University Press, 1991 []
  4. Voir notamment Yurie Hong, « Teaching Rape Texts in Classical Literature », Classical World, vol. 106, no 4, 29 août 2013, p. 669-675 ; Elizabeth Gloyn, « Reading Rape in Ovid’s Metamorphoses: A Test-Case Lesson », Classical World, vol. 106, no 4, 29 août 2013, p. 676-681 ; Alison Gulley, Teaching rape in the medieval literature classroom. Approaches to difficult texts., Amsterdam, Amsterdam University Press, 2018 []
  5. Yves Citton, Lire, interpréter, actualiser: Pourquoi les études littéraires?, Paris, Éditions Amsterdam, 2007 []
  6. Georges Vigarello, Histoire du viol: XVIe-XXe siècle, Paris, Seuil, 1998 []
  7. Nathalie Grande, « Liminaire », op. cit. []
Il n’y a pas de Pyrénées : Circulation des artistes entre France et Pays-Bas espagnols au XVIIe siècle
Posted: 14 Nov 2018 - 14:05

Journées d’études internationales

organisées par Manuel Couvreur, Sabine Van Sprang et Ralph Dekoninck

 

Bruxelles, 11 - 12 janvier 2019

 

Avec le soutien de la Société française d’étude du xviie siècle, des Musées royaux des Beaux-Arts de Belgique, de l’Académie royale de Belgique, de l’Université catholique de Louvain et de l’Université libre de Bruxelles.

 

L’historiographie des relations entre la France et l’Espagne a toujours privilégié la seule Espagne péninsulaire, celle d’au-delà des Pyrénées, oubliant souvent que ce même royaume bornait aussi la France sur ses frontières Nord : une frontière qui, au gré des conflits territoriaux entre les deux monarchies, n’a cessé de se déplacer sur cette région désignée de manière tout aussi floue sous la dénomination de Flandres.

            Nombre d’études récentes ont mis en lumière la circulation intense des artistes et des œuvres entre la Péninsule et les Pays-Bas espagnols, depuis la publication du Lazarillo de Tormes à Anvers dès 1554, jusqu’au séjour de Rubens à Madrid en 1628-1629. Dans le domaine musical, même circulation constante entre la célèbre Capilla flamenca que Charles-Quint avait instituée en 1515 et la chapelle royale de Madrid, systématiquement confiée à des maîtres originaires des Pays-Bas, et le plus souvent hennuyers : de leur fusion en  1637, il résulta une unique Capilla real, officiant à Madrid et à Bruxelles.

            Entre ces deux espaces placés sous l’autorité du roi d’Espagne et sans doute plus unifiés culturellement que les historiographies nationales n’ont souvent voulu l’admettre, le royaume de France. Malgré les alliances matrimoniales avec les infantes Anne puis Marie-Thérèse d’Autriche, la France fut en conflit quasi constant avec l’Espagne, conflit parfois larvé, mais continument ouvert à partir de la guerre de Dévolution déclarée le 24 mai 1667, jusqu’à la ratification du traité de Baden, le 7 septembre 1714.

            Ce demi-siècle de guerre sur les frontières du Nord, n’a pas empêché les artistes des Pays-Bas espagnols de se rendre en France, comme l’avaient fait, dans la première moitié du siècle, le Bruxellois Philippe de Champaigne ou le Athois Jacques de Saint-Luc. C’est en repartant du parcours déjà largement étudié de ces illustres devanciers, que le présent colloque souhaite évaluer celui de leurs successeurs dans la seconde moitié du siècle, période nettement moins étudiée et pourtant tout aussi riche en circulation croisée.

            Nombreux furent en effet les artistes formés aux Pays-Bas espagnols qui firent carrière au service de Louis xiv, comme les peintres Nicasius Bernaerts, Adam van der Meulen, ou Pieter Boel, voire les frères Le Nain, les sculpteurs Gérard van Opstal, voire les frères Gaspard et Balthazar Marsy, les musiciens Nicolas Hotman, Thomas-Louis Bourgeois ou Jacques Lœillet. Leur nombre était si important qu’à Paris, ils s’étaient fait des lieux de ralliement de certains « cafés flamands ». Au tournant du xviiie siècle, la cour de Maximilien-Emmanuel, gouverneur des Pays-Bas espagnols, fut contrainte de s’installer à Lille, puis à Suresnes : ce prince amateur de musique fit alors découvrir en France des formes nouvelles. Certains de ses musiciens restèrent en France, d’autres qu’il y avait recrutés, comme le dramaturge et musicien Nicolas Racot de Grandval ou le portraitiste Joseph Vivien, l’accompagnèrent jusqu’en Bavière.

            L’un des aspects négligés que le colloque entendra mettre en évidence est que cette circulation ne se faisait pas en sens unique : Antoine Arnauld trouva refuge en 1678 à Bruxelles où Fénelon vint corriger les épreuves de son Télémaque ; Henri Desmarest y composa des motets pour Maximilien-Emmanuel, mademoiselle de Maupin y fit ses débuts de cantatrice, le chorégraphe Pierre Deschars y fit carrière.

            En outre, les échanges culturels entre la France et les Pays-Bas espagnols ne se limitent pas à la circulation des individus. Tournai devenue française en 1667 verra ses célèbres manufactures tisser les cartons de Charles Le Brun, à l’instar de celles des Gobelins. Bruxelles devint la capitale de la contrefaçon des livres français et le lieu d’édition d’ouvrages interdits en France mais dont le marché était inondé, tout autant que le fut celui du marché d’art par les tableaux flamands.

            Afin de dépasser l’accumulation de parcours individuels, les intervenants seront invités à aborder systématiquement quelques questions fondamentales : spécificité de la formation initiale et son intérêt par rapport au pays cible ; motivations du déplacement vers celui-ci ; identification des réseaux favorisant ces circulations ; évaluation de l’influence du contexte initial sur l’évolution de leur esthétique et originalité éventuelle de celle-ci au sein de la production artistique du pays cible. Le présent colloque ne vise pas à traiter de manière exhaustive ce domaine neuf, aussi vaste que complexe, mais s’efforcera, d’une part, d’initier une dynamique de recherche internationale et de tracer les axes les plus porteurs.

           

 

Programme

 

Vendredi 11 janvier 2019

14h30.

Lieu : Bozar

Theodoor van Loon. Un peintre caravagesque entre Rome et Bruxelles

Visite guidée, par Sabine van Sprang, commissaire de l’exposition.

 

17h.

Lieu : Palais des Académies (salle de marbre)

Pierre Laurens (Académie des Inscriptions et Belles-Lettres) et Florence Vuilleumier-Laurens (Université de Brest), Échos de la guerre de dévolution et de la guerre de Hollande à la Galerie des glaces de Versailles (titre sous réserve).

 

La conférence sera suivie d’un drink.

 

 

Samedi 12 janvier 2019

Lieu : Musées royaux des beaux-arts de Belgique (auditorium B)

 

10h30- Accueil

 

11h-13h- Le contexte historique et artistique

- Jean-Robert Armogathe (EPHE/PSL), Le joker espagnol. Le recours à Madrid dans les affaires flamandes

– Bruno Demoulin (Université de Liège) : Le contexte historique

– Mickaël Szanto (Centre André Chastel) : Peinture et marché d’art

– Jean-Philippe Van Aelbrouck (Université libre de Bruxelles) : Le spectacle (danse et théâtre)

– Fanch Thoraval (Université catholique de Louvain) : Musique

 

14h30-18hApproches ponctuelles

 

1re table ronde : (14h30-15h45)

            1. Gwendoline de Mûêlenaere (UGent-FWO) :

Les frontispices de thèse entre France et anciens Pays-Bas

            2. Delphine Schreuder (UCL) :

Étude comparée des frontispices des traités de fortification entre France et anciens Pays-Bas

            3. Nathalie Dereymaeker (Université de Lille Sciences humaines et sociales-UCL) : Étude comparée des plans en reliefs

            4. Anne Delvingt (ULB) :

La peinture caravagesque flamande en France dans la seconde moitié du xviiesiècle

 

2e table ronde : (16h.-17h45)

            5. Eduardo Lamas Delgado (IRPA-ULB) :

Les artistes franc-comtois à Madrid, sujets flamands du roi d’Espagne (1650-1700)

            6. Géraldine Patigny (IRPA-ULB) :

Des sculpteurs « flamands » à Versailles (Van Osptal et van den Bogaert)

            7. Jean-Philippe Huys (Centre international pour l’étude du xixe siècle) :

Présence des écrivains et plasticiens français à Bruxelles sous Maximilien-Emmanuel de Bavière(Fénelon,  Du Bos,  Vivien)

 

Pour les collègues parisiens/de passage à Paris:

Nous proposons aux personnes intéressées de prendre ensemble le train depuis la gare du Nord à 10h25 (arrivée 11h47) le vendredi 11 janvier. 
 
Pour faciliter l’organisation et effectuer une éventuelle réservation commune à l’hôtel le vendredi 11 au soir, nous vous serions reconnaissants de vous signaler auprès des secrétaires (carine.barbafieri@gmail.com et lise.michel@unil.ch) dès que possible si vous pouvez être des nôtres pour ce voyage.
 
Au plaisir de vous revoir à cette occasion, avec nos amicales salutations,
 
Jean-Robert Armogathe, Président
Carine Barbafieri et Lise Michel, Secrétaires de la Société d’Etude du XVIIe siècle