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Calls for Papers and Contributions

Appel à communications : La normalisation linguistique en France et en Italie au XVIIe siècle : stratégies, mécanismes, conséquences
Posted: Thursday, August 15, 2019 - 11:01

Dans le cadre d’une collaboration entre l’Université de Vérone et Sorbonne Université, nous organisons un colloque international en deux volets. L’appel ci-dessous concerne la journée d’études qui aura lieu le 14 février 2020 à Sorbonne Université.

Propositions: le 15 octobre 2019

La normalisation linguistique en France et en Italie au XVIIe siècle : stratégies, mécanismes, conséquences

Si au cours de l’histoire les courants linguistiques ont pris des visages variés, la notion de bon usage a toujours été au cœur des débats, en particulier dans les recherches sur l’époque classique en France et en Italie. Le terme de « norme », polysémique, anachronique et volontairement vague, présente comme définitif voire péremptoire un artefact en réalité complexe. C’est notre vision actuelle, influencée par une approche hégélienne de l’histoire linguistique, qui donne ce sentiment de linéarité autotélique. Or, si norme il y eut, au XVIIe, elle ne s’est pas imposée d’elle-même, comme l’a illustré l’ouvrage sur le bon usage. En adoptant une approche comparative, entre France et Italie, on peut mettre en lumière les modalités d’une normalisation qui ne va pas sans problème. En effet, ces deux langues romanes, sœurs et rivales, proposent à ces problèmes des solutions diverses dans des conjonctures singulières, notamment politiques.

Pour les élites politiques du XVIIe siècle français, la normalisation linguistique est un outil d’unification du territoire et d’imposition d’une conception de la pensée, d’où la naissance de plusieurs académies, en particulier de l’Académie française, sous l’impulsion de Richelieu. Plus largement, les élites culturelles participent à cette normalisation, en imposant un langage civil –celui de la cour ou la ruelle parisienne- opposé au parler populaire –celui du bas peuple ou des provinciaux. L’ordre langagier révèle donc un ordre social, crée des hiérarchies et exclut ceux qui n’en maîtrisent pas les codes, suivant les analyses de Bourdieu rassemblées dans Langage et pouvoir symbolique (2001). De ce fait, refuser cette normalisation revient à s’opposer aux autorités politiques et culturelles, ou tout du moins permet de mettre en lumière les enjeux sociaux du langage. À la suite des travaux de C. Jouhaud, de G.Siouffi et D. Denis, cette journée se propose de mettre en lumière une normalisation politique de la langue à l’époque classique.

La notion de bon usage en France, de même que le regard porté sur ce qui a été, presque trois siècles plus tard, appelé la norme s’en trouvent également de plus en plus sujets à révision. Les études récentes menées dans ce domaine ont amplement affiné l’idée d’un étau qui se serait de plus en plus resserré au fil du XVIIe siècle français. Ainsi, Gilles Siouffi rappelle que l’entreprise de Vaugelas se base sur « une donnée variationnelle »[1], la rupture avec le modèle latin ne débouchant pas sur une contrainte étriquée mais sur « une des formes les plus achevées de réflexivité linguistique »[2]. Francine Mazière évoque d’ailleurs les nombreux conflits dont furent parsemés le travail des savants et leur discussion polémique sur le bon usage de tels ou tels terme ou forme, et relie la variation au doute, lequel aurait encouragé cette « réflexivité » et permis de prendre conscience qu’en français, les « propriétés générales [se reconnaissent] par le fait qu’elles peuvent être en concurrence et/ou harmonie »[3].

Le point commun propre à la période en question serait, pour le français, « un sentiment d’imperfection »[4] chez les locuteurs, ainsi qu’une « insécurité linguistique (…) vis-à-vis du latin (…) et l’italien »[5] et un souci d’« amélioration de l’usage »[6]. Le « génie » de la langue n’est, de ce fait, non plus un absolu dont les règles seraient dictées de l’extérieur mais une source à la fois pérenne et éventuelle qui est « avant tout contenu[e] de manière potentielle dans chaque locuteur »[7]. L’opposition traditionnelle entre parlers des honnêtes gens, d’un côté, et du peuple de Paris, de l’autre, cesse par ailleurs d’être binaire et si simple, au vu des travaux des dernières décennies consacrés aux variations diastratiques, diatopiques et diaphasiques sur la même période[8].

Un regard au-delà des Alpes vient nourrir ces premiers constats. C’est pourquoi, le positionnement critique retenu pour cette journée d’étude a été celui des « regards croisés ». Avec la publication du Vocabolario degli Accademici della Crusca en 1612, l’Italie du Seicento se distingue dans la République des Lettres de l’époque par la première entreprise de formalisation lexicographique : la langue toscane prime donc sur toutes les autres langues qui émaillent la physionomie linguistique de la Péninsule et, ce, à travers des dispositifs normatifs contraignants qui déclenchent une polémique acérée autour de la norma cruscante[9]. Loin de représenter une stagnation dans la réflexion linguistique de l’époque le succès du Vocabolario est le point de départ d’un approfondissement des questions linguistiques qui trouve dans la publication du célèbre ouvrage de Daniello Bartoli, Il Torto e ‘l diritto del non si può (1655), un moment de crispation et de problématisation majeur. Ouvrage pionnier et unique en son genre, cette anthologie de remarques déstabilise le critère de la précellence de la tradition florentine issu du canone bembiano par son « intuition d’une forme asymétrique et polycentrique de l’idiome italien »[10] ; en effet, en laissant aux auteurs contemporains non seulement une pluralité de choix langagiers sur la base d’une étude attentive des grands textes littéraires, mais aussi une marge de liberté intellectuelle, où seul le buon gusto est arbitre[11], Bartoli consigne à la culture italienne de l’époque un texte novateur qui libère les consciences des modalités de transmission de la tradition littéraire devenues autoritaires (classicismo) ainsi que des ferments de subversion esthétique (anticlassicismo). Dès son titre, par l’évocation problématisée d’une dimension légale, voire légaliste, du fait linguistique, l’ouvrage de ce jésuite signe la cristallisation d’un nouveau débat, en terre italienne, autour des notions de bon goût et de sentiment linguistique comme « une négociation in vivo de l’expérience linguistique et discursive »[12] qui s’incarne dans des pratiques « nécessairement adossées à des normes et à des représentations préexistantes »[13]. C’est pourquoi, il serait instructif d’interroger d’un côté les textes (littéraires, linguistiques, scientifiques) du Seicento italien à la lumière de leurs modalités de transmission, de problématisation ou de remise en cause de la norme que les autorités intellectuelles de l’époque s’efforcent de vulgariser et de l’autre de s’intéresser aux modalités par lesquelles cette norme est filtrée dans les textes proprement linguistiques. Une confrontation avec la situation du français du XVIIe siècle, parvenu selon un sentiment commun à son point de perfection, pourrait apporter de nouveaux éléments de réflexion, notamment en ce qui concerne les modalités à travers lesquelles le défi de la normalisation se concrétise dans les textes et par les textes.

À une époque où l’anti-italianisme imprègne le « mouvement d’idéalisation du français »[14], dans quelle mesure les appréciations peu élogieuses du côté français favorisent l’essor d’un renouvellement de la réflexion linguistique en Italie, dont la fondation de l’Arcadia poetica en 1690 représente un événement majeur ? Est-ce que les ferments de la libéralisation linguistique italienne influencent la pensée linguistique en France, et vice versa ? Y-a-t-il des points de rupture et des points d’ancrage ? En quoi le processus de normalisation diverge dans les deux pays en fonction des différentes situations politiques et sociales ? Est-il possible de déterminer une correspondance directe et exclusive entre les modes respectifs de standardisation de la langue ? Et, par ailleurs, si l’on considère, du point de vue chronologique, l’accomplissement de ces processus, on peut se demander quelle est l’incidence que la Querelle des Anciens et de Modernes exerce, en France comme en Italie, sur les dynamiques de la normalisation linguistique. Est-ce que ce moment problématique de la conscience intellectuelle française, en questionnant l’héritage ancien et en proposant de nouvelles possibilités littéraires, signe une démarcation importante vis-à-vis du sentiment linguistique ? En quoi normalisations lexicale, grammaticale e politiques participent-elles d’une même volonté fédératrice à un moment de crise – et de prise – de conscience qui va dans un même élan fonder les langues françaises et italiennes, alors que l’unification des deux États diverge sur le plan politique ?

Les propositions pourront se consacrer à l’analyse de cas particuliers ou à des problématiques transversales nécessitant d’une approche interdisciplinaire et qui dépasse le cadre strictement littéraire pour s’élargir aux textes scientifiques, historiques, administratifs. Les enquêtes pourraient par exemple questionner :

Les institutions responsables de la normalisation (instances étatiques ou au contraire marginales, à l'exemple de Port-Royal ; réflexions individuelles particulièrement percutantes, à l’exemple de Daniello Bartoli et de Benedetto Buonmattei).

Les sujets de débat, les querelles linguistiques (histoire, enjeux, impact). Les positionnements dans les débats sont-ils toujours nets et consensuels ou bien cachent-ils des zones troubles, influencées par des intérêts personnels ou partisans ?

La mise en scène ou la transcription de cette normalisation dans les différents supports de l'écrit (mesures officielles et déclarations publiques, textes polémiques et humoristiques voire représentations de scènes de conversations sur la langue dans les romans et dans les genres mondains). 

L’évolution différenciée entre oral et écrit, entre régions, entre agglomérations urbaines et campagnes, notamment en Italie. 

L’impact politique de cette normalisation au sein des régions nouvellement conquises. 

La réception et l’intériorisation de la norme chez les locuteurs.

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MODALITÉS PRATIQUES

Les propositions de communication en français ou en italien (400 mots maximum) sont à déposer avant le 15.10.2019 à l’adresse suivante : je.normes.xvii@gmail.com

Une réponse sera donnée à ces propositions 15.11.2019 au plus tard.

Organisateurs 

Giovanna Bencivenga, Joséphine Gardon, Oleg Averyanov

(doctorant.e.s en histoire de la langue française à Sorbonne Université) 

 

Bibliographie indicative :

Bartoli, D., Il Torto e ‘l Diritto del non si può, a cura di S. Bozzola, U. Guanda Editore, 2009. Ayres-Bennett, W., Sociolinguistic variation in seventeenth-century France : methodology and case studies, Cambridge, Cambridge university press, 2004. Ayres-Bennett, W., Seijido, M., Remarques et observations sur la langue française : histoire et évolution du genre, Paris, Classiques Garnier, 2011. Bon usage et variation sociolinguistique. Perspectives diachroniques et traditions nationales, Ayres-Bennett (dir.), W., Seijido, M. (dir)., ENS de Lyon, 2013. Bourdieu, P., Langage et pouvoir symbolique, Points, 2001. Buonmattei, B., Della Lingua toscana, a cura di M. Colombo, presentazione di G. Lepschy, Firenza, Presso l’Accademia, 2007. Bozzola, S., Tra Cinque e Seicento. Tradizione e anticlassicismo nella sintassi della prosa letteraria, Firenze, L. Olschki, 2004. Coletti, V., La Standardizzazione del linguaggio. Il caso italiano, in F. Moretti, Il Romanzo, La cultura del romanzo, Torino, Einaudi, 2001. Colombo, M., « Alcuni fenomeni linguistici nelle grammatiche secentesche da Pergamini a Vincenti»,  Studi di Grammatica Italiana, XXVI, 2007, pp.  67 - 106. Il Vocabolario degli Accademici della Crusca (1612) e la storia della lessicografia italiana, atti del X convegno dell’Associazione per la Storia della Lingua Italiana (29.11-01.12.2012), a cura di L. Tomasin, Firenze, Cesati, 2013. 
 La norme lexicale. Etudes rassemblées par Gilles Siouffi et Agnès Steuckardt. Université Paul-Valéry Montpellier III, Presses Universitaires de la Méditerranée, Dipralang, 2001. Le Jugement de l’oreille (XVIe-XVIIIe siècles), Steuckardt, A. (dir.), Thorel, M. (dir.), Paris, Honoré Champion, 2017, p. 83. Kibbee, D., « ²Liberté² et ²tyrannie² dans le discours normatif », in Langue commune et changement des normes, S. Branca-Rosoff, J.-M. Fournier, Y. Grinshpun, A. Régent-Susini (éds.), Paris, Champion, 2011. Idem, « Présentation : L’autorité de l’état et l’autorité linguistique », in Histoire Épistémologie  Langage, 2002, 24-2, p. 5-27. Lodge, R. Anthony, Le français. Histoire d’un dialecte devenu langue, traduit de l’anglais par Cyril Veken, Fayard, 1997. Maraschio, N., « L’Accademia della Crusca e la lingua italiana fra Nazione e Europa », communication prononcée le 20 octobre 2003, mise en ligne le 3 mai 2004 : http://www.accademiadellacrusca.it/it/scaffali-digitali/articolo/laccade... Marazzini, C., Da Dante alla lingua selvaggia. Sette secoli di dibattiti sull’italiano, Roma, Carocci, 2009. Idem, Il Secondo Cinquecento e il Seicento, in Storia della lingua italiana, a cura di F. Bruni, Mulino, Bologna, 1993. Merlin-Kajman, H., La Langue est-ele fasciste ? Langue, pouvoir, enseignement, Paris, Seuil, 2003. Parodi, S., Quattro secoli di Crusca 1583-1983, Firenze, Accademia della Crusca, 1983. Raimondi, E., « Grammatica e retorica nel pensiero del Tesauro », in Id., Letteratura barocca. Studi sul Seicento italiano, Firenze, Olschki, 1982, pp. 33-49. Rey, A., Duval, F., Siouffi, G., Mille ans de langue française, histoire d’une passion, volumes 1 et 2, Tempus Perrin, 2011. Serianni, L., Introduzione alla lingua poetica italiana, Roma, Carocci, 2001. Idem, « La lingua del Seicento : espansione del modello unitario, resistenze ed esperimenti centrifughi», in E. Malato [a cura di], Storia della letteratura italiana. V. La fine del Cinquecento e il Seicento, Milano, Il sole 24 ore, pp. 561-595. Siouffi, G., Le Génie de la langue française. Etudes sur les structures imaginaires de la description linguistiques à l’Âge classique, Paris, Honoré Champion, 2010. The Fairest Flower. The Emergence of Linguistic National Consciousness in Renaissance Europe, ed. M. Bircher, Firenze, Accademia della Crusca, 1985. The French Language and questions of identity, W. Ayres-Bennet et M. Jones eds., Studies in Linguistics, Oxford, Legenda, 2007. Vitale, M., La Questione della lingua, Palermo, Palumbo, 1960.

 

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[1] Siouffi, G., « La norme lexicale dans les Remarques sur la langue française de Vaugelas », in La norme lexicale, Etudes rassemblées par Gilles Siouffi et Agnès Steuckardt, PULM, Dipralang, 2001, p. 65.

[2] Idem, p. 67.

[3] Mazière, F., « Langue, usage, variation chez Meigret, Macé, et dans le Dictionnaire de l’Académie », in Bon usage et variation sociolinguistique. Perspectives diachroniques et traditions nationales, ENS de Lyon, 2013, p. 50.

[4] Siouffi, G., op. cit., p. 61.

[5] Ibidem.

[6] Idem, p. 62.

[7] Siouffi, G., « Le jugement de l’oreille et la subjectivation du discours chez les remarqueurs », in Le jugement de l’oreille (XVIe-XVIIIe siècles), Paris, Honoré Champion, 2017, p. 83.

[8] Voir les travaux de W. Ayres-Bennett et M. Seijido cités dans la bibliographie, ainsi que le recueil Bon usage et variation sociolinguistique cité plus haut, publié sous leur direction.

[9] Voir Maurizio Vitale, La Questione della lingua, Palermo, Palumbo, 1960.

[10] Sergio Bozzola, « Introduzione », in Daniello Bartoli, Il Torto e ‘l Diritto del non si può, a cura di Sergio Bozzola, Modena, Fondazione Pietro Bembo/Ugo Guanda editore, 2009, p. xii-xiii. Nous traduisons.

[11] Ibidem, p. xii-xiii et xxxviii-xix.

[12] Gilles Siouffi, « La ponctuation entre imaginaire et sentiment linguistique », Linx, 75 | 2017, mis en ligne le 23 novembre 2018, consulté le 03 mai 2019. URL : http://journals.openedition.org/ linx/1867 ; DOI : 10.4000/linx.1867, ici p. 6 du pdf.

[13] Ibidem.

[14] Gilles Siouffi, « Cela n’est pas français », dans F. Duval, G. Siouffi, A. Rey, Mille ans de langue française. Histoire d’une passion, Paris, Perrin, 2007, p. 697.

Appel à communications : Frontières de l'image
Posted: Thursday, August 15, 2019 - 10:38

20-21 mars 2020  

Université Paris Est Créteil  

Laboratoire IMAGER EA 3958  

  (L'anglais suit)

Sous l’intitulé « Frontières de l’image », nous proposons d’ouvrir un nouvel espace de réflexion et de discussion sur les enjeux de l’image envisagée dans la pluralité de ses acceptions, pour faire suite à la série de séminaires qui ont eu lieu à Créteil entre 2017 et 2019 et à la journée d’étude du 23 Novembre 2018 : « Pouvoirs de l’image : Affects et Émotions ».  

L’omniprésence des images pose au chercheur la question de leur conceptualisation : on constate que le terme recouvre une diversité d’objets menant à des définitions instables et des questionnements mouvants. C’est ce dynamisme conceptuel que nous avons voulu placer au cœur de notre réflexion.   

En établissant des distinctions entre visuel, graphique, perceptif, mental et verbal, W.J.T Mitchell (1984) montre que les images ont souvent été étudiées et diversement définies selon les champs disciplinaires qui pouvaient s’y intéresser (histoire de l’art, philosophie, psychologie, littérature, etc.) mais il nous invite aussi à repenser ces définitions pour croiser différentes approches et ainsi, modifier les relations que nous entretenons avec elles. Comment pourrait-on définir une image qui irait « au-delà des frontières du visuel » ainsi que le préconise Mitchell ?   

Une image se définit-elle par ses frontières ? La définition d’une image varie-t-elle en fonction de son médium ? (photographie, cinéma, peinture, dessin, texte….) Comment les frontières de l’image visuelle sont-elles interrogées par d’autres pratiques artistiques ? (musique, danse, théâtre, performance…) Dans la mesure où les nouvelles technologies peuvent se substituer aux savoir-faire des artistes dans le traitement des matériaux –production d’effets de vraisemblance, altération des impressions visuelles captées sur un support, par exemple–, nous proposons de poursuivre le travail de redéfinition de l’art et de ses frontières, auquel nous incite cette malléabilité des images. La relation entre réel et virtuel avec les nouvelles technologies induit-elle une modification anthropologique de notre perception ?   

On pourra s’intéresser plus particulièrement aux trois axes suivants :  

Axe 1 : poétique de l’image ; rapport entre langue et image  

On s’intéressera au processus créatif de l’image poétique pour interroger notamment le rapport d’antériorité entre objet et image. A l’instar de Persée, le poète doit passer par l’indirection, le mythe, la fiction (compris dans son étymologie de fingere), la création d’images, pour tenter de ramener le monde dans le langage. L’existence même de l’image serait toujours déjà prise dans une indirection qui la postule dans un après-coup illusoire :« l’image, d’après l’analyse commune, est après l’objet : elle en est la suite ; nous voyons, puis nous imaginons. Après l’objet viendrait l’image. ‘Après’ signifie qu’il faut d’abord que la chose s’éloigne pour se laisser ressaisir. [. . .] L’éloignement est ici au cœur de la chose » (Blanchot, 1955, p. 343). Cet éloignement intrinsèque à l’image rendrait donc son rapport à la « chose » indéterminé, indéfini : « le bonheur de l’image, c’est qu’elle est une limite auprès de l’indéfini » (Ibid., pp. 341-42). Les frontières entre l’image et le réel seraient-elle donc à considérer en termes spatiaux et temporels ?  

La frontière ténue entre image et objet, s’il en est une, croise également la frontière entre texte et image : comme les travaux d’Anne-Marie Christin sur l’écriture ont pu le démontrer (2009), le texte peut parfois être considéré comme image avant d’être lu comme tel. Depuis l’existence de l’imprimerie, écrivains et poètes n’ont eu de cesse d’explorer la matérialité de l’écriture en jouant avec différents types de supports, encres, typographies… les romans visuels hérités d’œuvres comme Tristram Shandy de Lawrence Sterne pourraient avoir une place de choix dans le colloque, et particulièrement en ce qu’ils peuvent interroger la part d’implicite de la langue en regard des images qui se donnent ouvertement à lire et/ou à voir.   

L’image poétique, telle que la travaille la langue, pourra aussi être une piste de travail à travers une réflexion sur la métaphore et la métonymie, en référence aux travaux de Jakobson ou à ceux de Guy Rosolato par exemple, pour qui l’oscillation entre ces deux pôles est en elle-même source de jubilation esthétique. Ainsi, un texte peut-il, sans être d’emblée perçu comme imagé, s’infléchir vers une interprétation métaphorique ou “faire image” ?  

Axe 2 : Image et politique   

La question des frontières de l’image évoque prosaïquement le cadrage –champ, hors-champ– et le point de vue –quel angle, et quel angle-mort ? En cela, l’auteur de l’image est celui qui a le pouvoir d’inclure et d’exclure de la représentation, de communiquer par l’image son point de vue sur le sujet représenté. Interroger les frontières de l’image, c’est donc aussi poser la question de l’autorité et de la légitimité des points de vue. Dès lors, déplacer les frontières entre auteur et sujet des représentations a conduit à inventer de nouvelles pratiques de l’image dont la diversité et l’impact restent encore peu étudiées. Différents groupes sociaux, des femmes aux minorités ethniques et LGBTQ, ont ainsi exploré leur sentiment d’appartenance et de communauté par l’image sous toutes ses formes. En répondant aux stéréotypes et aux représentations dominantes, leurs images n’en ont-elles pas révélé les frontières invisibles ? Plus largement, on pourra explorer le rôle des images dans la création de normes ou comment, par le miroir des images et les processus d’identification, les frontières des images se traduisent parfois en hiérarchies, modèles ou frontières sociales.   

S’agissant de violence politique, on pourra aussi s’interroger sur les limites du tolérable dans une image : qu’est-ce qui la rend intolérable ? Est-ce sa capacité à offrir la réalité de l’horreur à la jouissance des voyeurs ? Est-ce, au contraire, son incapacité à rendre compte de la totalité de l’horreur ? Dans ce cadre, on pourra s’interroger sur les dispositifs de visibilité qui bousculent les logiques de la banalisation et ravivent notre attention envers les corps souffrants.  

Axe 3 : Transformation anthropologique.  Sommes-nous à une nouvelle ère de l’image, de la perception ?  

À l’ère de la reproduction mécanique des images (Benjamin) et de leur circulation accélérée sous format numérique par internet et les réseaux sociaux, les frontières de l’image semblent n’avoir jamais été aussi mouvantes. Appropriations, détournements et memes se jouent à loisir des définitions traditionnelles de l’image (Gunthert). Ainsi les nouvelles frontières des images sont-elles désormais à rechercher dans les usages qui en sont faits et dans les contextes qui leur donnent sens ? Ou encore, la fluidité extrême de l’image numérique ne doit-elle pas nous amener à repenser entièrement notre définition même de l’image et de ses frontières, au-delà de sa matérialité, pour s’intéresser davantage à la phénoménologie de la perception (Hansen), à la réponse corporelle, aux affects et émotions qu’elle suscite ?    

Ce colloque rassemblera des chercheurs de différentes spécialités appartenant aux aires culturelles anglophones, hispanophones, italophones et germanophones reflétant ainsi la pluralité des spécialités de recherche représentées au Laboratoire IMAGER. Les communications pourront porter sur différentes périodes de la Renaissance à la période contemporaine.  

Date limite d’envoi des propositions : 15 septembre 2019  

Réponse aux participants : 15 octobre 2019  

Les propositions, d’une longueur de 500 mots environ, assorties d’une courte bio-bibliographie, sont à envoyer à marie.olivier@u-pec.fr et claire.fabre-clark@u-pec.fr  

 

Comité d’organisation :  

Karine Chambefort-Kay, Claire Fabre, Ivan Jimenez, Marie Olivier, Stéphane  Resche  (laboratoire IMAGER).  

 

Comité scientifique : 

Perle Abbrugiati, Aix-Marseille Université.  Jérôme Bazin, Université Paris-Est Créteil.  Mathilde Bertrand, Université Bordeaux Montaigne.  Géraldine Chouard, Université Paris-Dauphine.  Corinne Cristini, Sorbonne Université.  Pitsie Feenstra, Université Montpellier 3.  Isabelle Gadoin, Université de Poitiers.  Giovanni Joppolo, École nationale supérieure d'art-Villa Arson de Nice.  Emmanuel Vincenot, Université Paris-Est Marne-la-Vallée.  Karine Winkelvoss, Université de Rouen. 

 

 

 

‘The Frontiers of the image’  

International Conference  

20-21 March 2020  

Université Paris-Est Créteil  

IMAGER EA 3958  

  

  

With the title « The frontiers of the image » we would like to open up a new space for discussion and reflection on the notion of “image” in the plurality of its acceptations, following a series of seminars which took place in Créteil between 2017 and 2019, and more specifically after our conference of November 23, 2018 entitled “Pouvoirs de l’image: affects et émotions” (“The Power of the Image: Affects and Emotions”.)   

The omnipresence of images raises the question of their conceptualization: the term encompasses a great diversity of objects which have given rise to unstable definitions and queries. It is this conceptual dynamism that we wish to place at the heart of our conference   

By establishing distinctions between the visual, the graphic, the perceptual and the verbal aspects of images, W.J.T Mitchell (1984) has shown that: the definitions of images vary according to the disciplines and perspectives from which they are studied (art history, philosophy, psychology, literature etc.) but his essay also invites us to reconsider the definitions of images and how, by combining the different approaches they  may modify our relationship with them. As Mitchell asks, is it possible to define an image which would go (goes) “beyond the frontiers of the visual”?   

Is an image defined by its frontiers? Does the definition of an image vary depending on its medium? (photography, film, painting, drawing, text, etc.) How are the frontiers of the visual image redefined by other artistic practices (music, dance, theater, performance…)? Insofar as new technologies may supplement artistic skills in the production of a work –by creating new effects of verisimilitude, or altering the visual impressions captured by a medium –we wish to pursue the redefinition of art and its frontiers prompted by the malleability of images. Does the new relationship between the virtual and the real entail an anthropological transformation of our perception?   

   

The following three themes will be considered:   

  

Theme 1: The poetics of the image: the relationship between language and image  

It will be possible to envisage the creative process of the poetic image and the question of anteriority between object and image. Like Perseus, the poet follows an indirect route which involves myth, fiction (to be understood in its etymological sense of fingere) and the creation of images whenever he wants to transcribe the world into language. The very existence of the image is thus always part of an indirect movement which artificially posits it secondary to the object, as Blanchot states: “The image, according to the ordinary analysis, is secondary to the object. It is what follows. We see, then we imagine. After the object comes the image. "After" means that the thing must first take itself off away in order to be grasped. But this remove is not the simple displacement of a moveable object which would nevertheless remain the same. Here the distance is in the heart of the thing.” (Blanchot, 1982, p. 254). It seems as though this intrinsic distance of the image renders its relation to the object indeterminate and indefinable: “The gratifying aspect of the image is that it constitutes a limit at the edge of the indefinite.” (Ibid. p. 253) Should we then consider the frontier between the real and the image in spatial and temporal terms?  

The tenuous frontier between image and object intersects with the frontier between image and text. As Anne-Marie Christin has demonstrated in her work on writing (2009), a text can sometimes be considered as a visual image before being read as a text. Ever since printing has existed, writers and poets have never ceased to explore the materiality of writing by playing with different types of materials, ink, typography etc. The visual novels directly inherited from works like Tristram Shandy by Lawrence Sterne, could occupy an important place in this conference particularly in the way that they expose the implicitness of language and the apparent explicitness of images.   

The poetic image could also offer another line of study through a reflection on metaphor and metonymy, in reference to Roman Jakobson’s or Guy Rosolato’s works (for example), for whom the oscillation between those two poles is a source of aesthetic jubilation. Thus can a text, which at first sight seems devoid of literary “images” move towards a metaphorical interpretation, or become an image in itself?  

  

Theme 2: Political frontiers  

Examining the frontiers of images inevitably raises the question of framing –what is on screen or off screen– and that of viewpoint – what is the visual angle and what are the blind spots? In this regard, the author of an image has the power to include or exclude from representation, as he or she conveys his or her own point of view on the subject. Therefore, the question of frontiers, concerning images, is bound up with notions of authorship and the legitimacy of viewpoints. In many instances, addressing the frontiers between the author and the subject of images has meant inventing new visual practices, the diversity and impact of which still require further study. Many social groups, including women, ethnic minorities and LGBTQ communities, for example, have explored their sense of belonging and community by producing images of all kinds. If such images offer a response to stereotypes and dominant representations, how do they reveal the latter’s invisible frontiers? More generally, one could examine the role played by images in the creation of norms, or in other words, how the frontiers of images sometimes produce social standards, hierarchies and borders.  

As concerns political violence, the question may also be raised as to what can be tolerated in an image: what are the limits of the (un)bearable? What takes a picture beyond bearable? Is it the way it offers the reality of horror for its viewers to relish? Or conversely, is it a picture’s inability to render the full horror of a scene? Within this prospect, it will be useful to consider how devices entailing more visibility may paradoxically upset the mechanisms of compassion fatigue and stir the viewers’ attention towards suffering bodies.  

  

Theme 3: Anthropological transformation: is this a new era for images and perception?  

In the age of the mechanical reproduction of images (Benjamin) and of their instant circulation as digital objects via the internet and social media, the frontiers of pictures have never seemed so labile. Appropriations, imitations and memes have consistently challenged the traditional frontiers of images (Gunthert). Is it the case then, that the new frontiers of images should now be defined by the uses that are made of them and by the contexts that frame their meaning? The extreme fluidity of digital images today may require us to entirely rethink our definition of images and their frontiers, by shifting beyond their material condition and taking a greater interest in the phenomenology of perception (Hansen), in the body’s response to them, or in the affects and emotions that they elicit.  

   

This conference will bring together scholars from the English-, Spanish-, Italian- and German-speaking cultural fields of research, thus reflecting the diversity of research within the group IMAGER. Papers addressing all periods of time from the Renaissance to the contemporary period are welcome. 

Please send your proposals to marie.olivier@u-pec.fr and claire.fabre-clark@u-pec.fr by 15 September 2019 with an abstract of about 500 words and a brief biographical notice.  

Feedback will be sent by 15 October 2019 

 

Organizing committee: 

Karine Chambefort-Kay, Claire Fabre, Ivan Jimenez, Marie Olivier, Stéphane Resche (laboratoire IMAGER).  

  

Scientific committee: 

Perle Abbrugiati, Aix-Marseille Université.  Jérôme Bazin, Université Paris-Est Créteil.  Mathilde Bertrand, Université Bordeaux Montaigne.  Géraldine Chouard, Université Paris-Dauphine.  Corinne Cristini, Sorbonne Université.  Pitsie Feenstra, Université Montpellier 3.  Isabelle Gadoin, Université de Poitiers.  Giovanni Joppolo, École nationale supérieure d'art-Villa Arson de Nice.  Emmanuel Vincenot, Université Paris-Est Marne-la-Vallée.  Karine Winkelvoss, Université de Rouen. 

  

References  

Alloa, Emmanuel, ed. Penser l’image. Dijon : Presses du réel, 2010.  

---, ed. Penser l’image II. Anthropologies du visuel. Dijon : Presses du réel, 2015.  

---, ed. Penser l’image III. Comment lire les images ? Dijon : Presses du réel, 2017.  

Barthes, Roland. La Chambre claire. Paris : Éditions de l’Étoile, Gallimard, Le Seuil, 1980.  

 L’obvie et l’obtus. 1964. Essais critiques III. Paris : Seuil, 1982.   

Blanchot, Maurice. L’Espace littéraire. Paris : Gallimard, coll. folio essais, 1955.  

---. The Space of Literature. Trans. Ann Smock. Lincoln: U of Nebraska P, 1982.  

Didi-Huberman, Georges. Images malgré tout. Paris : Éditions de Minuit, 2003.  

---. Quand les images prennent position. Paris : Éditions de Minuit, 2009.  

---. Peuples exposés, peuples figurants, tome 4 de L’Œil de l’histoire. Paris : Éditions de Minuit, 2013.  

---. Peuples en larmes, peuples en armes, tome 6 de L’Œil de l’histoire. Paris : Éditions de Minuit, 2016.  

Calvino, Italo. Leçons américaines, Six propositions pour le prochain millénaire. 2002. Trad. Christophe Mileschi. Paris : Gallimard, 2017.  

Calvino, Italo. Nos ancêtres. Trad. Martin Rueff. Paris : Gallimard, 2018.   

---. « Comment j’ai écrit un de mes livres ». Actes sémiotiques VI. 51 (1984) : 1-23.  

Christin, Anne-Marie. La Déraison graphique. Paris : Flammarion, 2009.  

Gunthert, André. L’image partagée, La photographie numérique. Paris : Textuel, 2015.  

Benjamin, Walter. L’Œuvre d’art à l’époque de sa reproductibilité technique (1939). Trad. Frédéric Joly. Paris : Payot, 2013.  

Hansen, Mark B. H. New Philosophy for New Media. Cambridge: MIT Press, 2004.  

Jakobson, Roman. Essais de linguistique générale. Paris : Minuit, 1963.   

Mulvey, Laura. “Visual Pleasure and Narrative Cinema.” Film Theory and Criticism: Introductory Readings. Eds. Leo Braudy and Marshall Cohen. New York: Oxford UP, 1999. 833-44.  

Mitchell, W. J. T. “What Is an Image?” New Literary History 15.3, Image/Imago/Imagination (Spring, 1984): 503-537.  

---. Image Science: Iconology, Visual Culture, and Media Aesthetics. Chicago: University of Chicago Press, 2015.  

Rancière, Jacques. Le Destin des images. Paris : La Fabrique, 2003.  

Rancière, Jacques. Le Spectateur émancipé. Paris : La Fabrique, 2008.   

Rosolato, Guy. « L’oscillation métaphoro-métonymique ». La Relation d’Inconnu. Paris : Gallimard, 1978. 

http://imager.u-pec.fr/

Appel à communications : Anachronismes
Posted: Thursday, August 15, 2019 - 10:31

Colloque organisé par le Centre de Recherches Interdisciplinaires et Transculturelles (CRIT, EA 3224),

Université de Franche-Comté

Musée du Temps, Besançon

19-20 mars 2020

 

Organisatrices

Anne Deffarges, Université de Franche-Comté, CRIT

Hélène Valance, Université de Franche-Comté, CRIT

 

Comité scientifique

Sylvie Aprile, Université Paris Nanterre

Gil Bartholeyns, Université de Lille

Laurence Dahan-Gaida, Université de Franche-Comté

Rémi Labrusse, Université Paris Nanterre

Laurence Reibel, Musée du Temps, Besançon

Daniele Rivoletti, Université de Clermont Auvergne

Marie-Jeanne Rossignol, Université Paris Diderot

Steven Sarson, Université Lyon III Jean Moulin

 

Appel à communications

Brutus: “Peace! Count the clock.”

Cassius: “The clock has stricken three.”

William Shakespeare, Julius Caesar, II, i,193-94

A l’heure où la vérité historique, tournée en mystification complotiste ou soumise à la censure de nationalismes résurgents, est de plus en plus ouvertement menacée par le pouvoir politico-médiatique, il semble urgent d’interroger l’usage que nous faisons des retours plus ou moins imaginaires de l’histoire. Si l’on décrit souvent le 19ème siècle comme celui qui a vu se constituer l’histoire en tant que savoir, l’approche positiviste n’est pas, loin de là, la seule qu’aient pratiquée les historien.ne.s, penseur.se.s, artistes et écrivain.e.s de l’époque contemporaine. En marge d’une vision de l’« histoire » scientifique et rationnelle, se dessine en effet une représentation beaucoup moins disciplinée, beaucoup plus baroque du passé, marquée par la distorsion, la bifurcation, l’incohérence. Parmi ces aberrations, la figure de l’anachronisme semble particulièrement évocatrice. A première vue anecdotique et amusant, voire ridicule, les décalages de l’anachronisme ouvrent en réalité un vaste champ fertile de significations pour les chercheu.r.se.s de nombreuses disciplines.

L’anachronisme est souvent le premier indice d’une contrefaçon historique : il signale une réécriture parfois délibérée, parfois inconsciente mais qui est toujours le témoin de la projection du présent dans le passé à laquelle aucun.e historien.ne, même le.la plus consciencieux.se, ne semble pouvoir entièrement échapper. Il pose de manière incongrue la question de l’interprétation de l’histoire, des multiples relais entre passé et présent. Il affecte particulièrement le travail de traduction, comme on le voit avec les transpositions chrétiennes dans les traductions médiévales d’œuvres antiques, ou, plus récemment, dans l’introduction de termes médiévaux dans la version française de Game of Thrones, alors que le texte original de George R. R. Martin est écrit dans une langue très moderne. Pourtant, parce qu’il nous aide à nous identifier au passé et par là à mieux le comprendre, l’anachronisme n’est pas seulement une déviance, mais incarne plutôt une voie d’entrée particulière dans l’histoire. En ce sens, il invite aussi à une réflexion épistémologique pour l’historien.ne, si bien que certain.e.s en arrivent à en faire l’éloge (Loraux). En questionnant cette forme de réécriture, on pourra analyser les dialogues de la littérature ou des arts visuels avec l’histoire, pour se demander notamment comment ils écrivent l’histoire, quelle histoire ils écrivent, et dans quel rapport aux travaux plus spécifiques, scientifiques, des historien.ne.s (Jablonka). L’institution de l’histoire comme discipline a en effet eu pour grand rival l’essor simultané du roman, qui s’est imposé comme un outil essentiel pour décrire les transformations rapides de la société (comment ne pas penser ici à la Comédie humaine de Balzac, grande fresque de la société en train de se constituer). Elle a coïncidé également avec la naissance de la photographie, dont François Brunet a démontré qu’elle constituait une véritable histoire, mais aussi une contre-histoire. Sans céder à la théorie du reflet, on peut considérer que la littérature et les arts visuels, bien qu’ils ne constituent peut-être pas des sources historiques à strictement parler, peuvent être appréhendés comme une ressource précieuse pour l’histoire.

L’anachronisme permet d’interroger les notions de fiction et de réalité historique, en explorant les richesses de leurs croisements : la manière dont Patrick Boucheron explore la « concordance des temps » et la narration historique est à ce titre exemplaire. On s’intéressera, dans cette perspective, au potentiel créatif de l’anachronisme (Lowenthal) à travers les appropriations du passé dans les arts visuels et la littérature. Il s’agira, comme le suggère Pierre Bayard, de s’affranchir d’une conception linéaire de l’histoire, pour envisager la coexistence – discordante ou au contraire symphonique – de temporalités multiples dans une même œuvre (Didi-Huberman, Karlhom et Moxey).

Qu’il soit intentionnel ou bien inconscient, fruit d’une manipulation pensée ou d’un aveuglement ignoré, l’anachronisme est avant tout une vision du monde, au présent comme au passé, qu’il convient d’examiner comme telle. On s’attachera à examiner les enjeux politiques de l’anachronisme. L’anachronisme est souvent un passé qui parle au présent : on peut penser, par exemple, au Philippe Le Bel des Rois maudits de Maurice Druon, peint sous les traits du Général de Gaulle. Mais il peut en même temps être lu comme une résistance, comme la persistance d’un temps qui refuse de « passer », et qui nous façonne autant que nous le refaçonnons. En instrumentalisant le fait historique, l'anachronisme peut tenter de contribuer à la construction historique ou vouloir asseoir un discours dominant. Les romans de Zola en offrent un exemple frappant. Tout en étant parmi les premiers à accueillir le monde moderne dans son œuvre, le romancier fait entrer les questions nouvelles dans des problématiques datées : les personnages ont les sentiments d’individus vivant les débuts de la Troisième République, mais se meuvent devant un fond théâtral du Second Empire. Lorsque, par ses anachronismes, Zola pose comme question cruciale du moment le choix entre République et Empire, il contribue, en reflétant l’effort des dirigeants républicains, à canaliser les forces sociales dans cette voie politique, à créer un public qui raisonne ainsi. Cette approche, qui à la parution des romans de Zola avait fait polémique, a fini par s’imposer, au point qu’un lectorat plus éloigné dans le temps peut croire que la problématique exposée par Zola était celle du moment. Plus qu’une simple ressource historique, ses romans ont en réalité participé à écrire l'histoire.

L’anachronisme peut, inversement, se jouer de la censure, et permettre l’émergence d’analogies révélatrices et d’une critique « en creux », dont le sens se développe justement dans l’écart entre la vérité historique et ses réinventions. Ainsi, sous l'Empire allemand, l'auteur dramatique Gerhart Hauptmann et l'artiste Käthe Kollwitz transposent l'agitation sociale contemporaine, présente à l'esprit de tous, dans la révolte des tisserands des années 1840. Le théâtre et le cinéma jouent souvent ainsi des effets d’anachronisme dans la mise en scène. Le film Transit de l'Allemand Christian Petzold (2018) reste absolument fidèle, dans son récit, à l'histoire, aux personnages, aux dialogues même du roman d'Anna Seghers (1944), mais les transpose radicalement dans le cadre, le mode de vie, la situation actuels. Comme dans le roman, l'action se déroule à Marseille, les policiers sont français, les réfugiés allemands, l'envahisseur qui menace également allemand. L'action ne se déroule pourtant pas en 1940, mais aujourd'hui. Par ce décalage, et sans qu'il y soit fait la moindre allusion, le sujet se déplace vers la situation des migrants qui tentent aujourd'hui de traverser la Méditerranée. L'intérêt du film est alors autant dans la réception que dans la production, tant l'objectif du metteur en scène est ouvertement de faire réfléchir les spectateur.trices. L’actualité de cet exemple pose aussi la question de sa pertinence future : si les circonstances viennent à changer, le film ne serait absolument plus compris de la même manière. Paradoxalement, l’anachronisme est à la fois à contretemps et fondamentalement de son temps (Agamben).

Convaincues que le thème de l’anachronisme peut, par sa nature même, ouvrir à des débats fructueux au-delà des frontières disciplinaires, nous espérons que cet appel suscitera l’intérêt de nos collègues dans des champs de recherche variés. Nous invitons les chercheur.se.s, quelles que soient leur discipline et leur aire géographique ou période de spécialité à soumettre leur proposition (une page maximum) avant le 15 octobre 2019 à Anne Deffarges et Hélène Valance :

anne.deffarges@univ-fcomte.fr

helene.valance@univ-fcomte.fr

*

Bibliographie indicative

Anachronies et Anachronismes. Atelier de théorie littéraire de Fabula.

Giorgio Agamben, Qu’est-ce que le contemporain ? Paris : Rivages, 2008.

Pierre Bayard, Le Plagiat par anticipation. Paris : Editions de Minuit, 2009.

Patrick Boucheron et Vincent Casanova, « L’histoire pour espacer le temps. Entretien avec Patrick Boucheron », Écrire l'histoire 11 (2013), 75-86.

Patrick Boucheron, Léonard et Machiavel. Paris : Verdier, 2008.

François Brunet, La Photographie histoire et contre-histoire. Paris, PUF, 2017.

Georges Didi-Huberman, Devant le temps. Histoire de l'art et anachronisme des images. Paris : Editions de Minuit, 2000.

Ivan Jablonka, L'Histoire est une littérature contemporaine. Manifeste pour les sciences sociales. Paris : Seuil, 2014.

Dan Karlhom et Keith Moxey (dir.), Time in the History of Art Temporality, Chronology and Anachrony. Londres: Routledge, 2018.

Kremer, Nathalie, Diderot devant Kandinsky. Pour une lecture anachronique de la critique d'art, Guern : Passage d'encre(s), coll. Traces, 2013.

Nicole Loraux, « Éloge de l'anachronisme en histoire », Le Genre humain 27 (1993), p. 23-39; repris dans Les Voies traversières de Nicole Loraux. Une helléniste à la croisée des sciences sociales, 2005, p. 127-139

David Lowenthal The Past Is a Foreign Country. Cambridge : Cambridge University Press, 2015.

Jacques Rancière, « Le concept d'anachronisme et la vérité de l'historien », L'Inactuel 6, (1996), p.53-68.

*

Pour télécharger l'appel en français: https://www.academia.edu/39772503/Appel_%C3%A0_communications_colloque_A...

To download the call for papers in English: https://www.academia.edu/39755856/Call_for_papers_Anachronisms_symposium...

Appel à communications : Fortes de corps, d’âme et d’esprit : récits de vie et construction de modèles féminins du XIVe au XVIIIe siècle
Posted: Wednesday, August 14, 2019 - 23:52

Mont-saint-Aignan (4-5 juin 2020), avant le 31 octobre 2019

Colloque international organisé par l’Université de Rouen-Normandie et le CÉRÉdI avec le soutien du LISAA de l’Université Paris-Est Marne-la-Vallée et de l’I-SITE FUTURE

Du jeudi 4 juin au vendredi 5 juin 2020 Campus Mont-Saint-Aignan Maison de l’Université Salles des conférences

Comité d’organisation Ariane Ferry, Stéphane Pouyaud, Sandra Provini, Caroline Trotot

Comité scientifique du projet « La force des femmes » Éric Avocat (Université d’Osaka, Japon), Anna Bellavitis (Université de Rouen-Normandie), Anne Debrosse (SIEFAR), Diane Desrosiers (Université McGill, Canada), Myriam Dufour-Maître (Université de Rouen-Normandie), Marie Franco (Université de la Sorbonne Nouvelle), Véronique Gély (Université de la Sorbonne), Nathalie Grande (Université de Nantes, SIEFAR), Claudine Poulouin (Université de Rouen-Normandie), Jean-Marie Roulin (Université Jean Monnet, Saint-Étienne).

Comité scientifique du colloque Jean-Christophe Abramovici (Sorbonne Université), Jean-Claude Arnould (Université de Rouen-Normandie), Cynthia J. Brown (University of California), Jeanne Chiron (Université de Rouen-Normandie), Michèle Clément (Université Lumière Lyon 2), Isabelle Garnier (Université Jean Moulin – Lyon 3), Claire Lechevalier (Université de Caen-Normandie), Véronique Léonard-Roques (Université de Bretagne Occidentale), Catriona Seth (Université d’Oxford – Université de Lorraine), Clothilde Thouret (Université de Lorraine), Éliane Viennot (Université Jean Monnet – IUF).

Appel à communication Ce colloque, programmé pour juin 2020 par l’Université de Rouen-Normandie et le CÉRÉdI, avec le soutien du LISAA de l’Université Paris Est Marne-la-Vallée, ouvrira le deuxième volet d’un projet intitulé La Force des femmes, hier et aujourd’hui, qui est piloté par le CÉRÉdI et marrainé par la SIEFAR (Société Internationale pour l’Étude des Femmes de l’Ancien Régime). Ce projet consiste en une enquête collective sur les représentations littéraires, théâtrales et cinématographiques de la force féminine – envisagée à travers ses actualisations violentes et inquiétantes (le meurtre, le combat, la torture, l’action terroriste, etc.) et ses actualisations admirables (le courage, la résistance, la ténacité) – et les présupposés idéologiques qui les ont accompagnées à travers les siècles. Le texte cadre du projet est consultable ici. Deux colloques ont déjà eu lieu, ainsi qu’une série de journées d’étude, et bientôt un colloque, dans le cycle « Reines en scènes ».

Les deux premiers colloques, Figures et personnages de criminelles, des histoires tragiques au roman policier (2017) et Le spectacle du crime féminin sur la scène et dans le cinéma européens (2018), ont exploré la face sombre de la force féminine et ses représentations contrastées dans les genres narratifs et sur la scène (théâtre, opéra) et à l’écran. La violence et la criminalité des femmes, tout en étant généralement condamnées, voire rapportées à une forme de monstruosité, peuvent dans certaines représentations être montrées sous l’angle de la réparation d’un tort ou d’une injustice subis ou sous l’angle d’une émancipation par rapport à un cadre contraignant. Quant aux travaux portant sur la criminalisation des femmes, ils ont fait apparaître à quel point les écarts par rapport aux attentes sociales et sexuelles entrent dans la condamnation de celles qui ne se soumettent pas aux assignations de genre et se montrent rebelles à l’ordre patriarcal, leur force, leur volonté d’affirmer un libre choix se retournant contre elles et les poussant parfois sur la voie du crime.

***

Nous entrons désormais dans la deuxième phase du projet, qui se concentrera sur les aspects positifs de la force féminine – force du corps, mais aussi force d’âme et d’esprit – et donnera lieu à deux colloques, Fortes de corps, d’âme et d’esprit : récits de vie et construction de modèles féminins du XIVe au XVIIIe siècle (2020) et Figures de femmes fortes (XIXe–XXIe siècles) : nouvelles représentations du courage féminin, nouveaux enjeux (littérature, théâtre, cinéma, documentaire) (2021).

L’enquête, circonscrite aux domaines français et britannique, portera d’abord sur la fin du Moyen Âge et la première modernité, durant laquelle la force peine à trouver sa place parmi les qualités reconnues aux femmes. Cette vertu – qui dans la pensée chrétienne fait partie des quatre vertus cardinales reprises à la typologie platonicienne – est considérée comme l’apanage du masculin : en grec, la vertu d’ἀνδρεία, dont la racine est ἀνήρ, « l’homme fort, dans la force de l’âge », est la vertu virile par excellence, étrangère aux femmes, faibles et passives par nature selon la tradition aristotélicienne relayée par la pensée chrétienne médiévale. L’expression « femme forte », à la fin du Moyen Âge, apparaîtrait presque comme un oxymore.

Pourtant, les textes philogynes composés dans le cadre de la « querelle des femmes[1] » font l’éloge de certains personnages féminins pour leur énergie et leur puissance, y compris l’exercice physique de la force[2], autant d’aspects généralement associés à un usage « viril » de cette vertu. Celle-ci fait aussi l’objet d’un traité de théologie, Le Livre de la femme forte, en 1501 : son auteur, François Le Roy, présente Marie, victorieuse sur « l’ennemy d’enfer », comme modèle de « femme forte » avant de définir la force féminine comme chasteté, c’est-à-dire capacité de résister à la tentation du péché. Outre la force du corps et la force d’âme, celle de l’entendement féminin se trouve aussi mise en avant à la fin du Moyen Âge, par exemple par Christine de Pizan dans la Cité des Dames, comme à la Renaissance par Anne de France dans ses Enseignements (1503-1505), Antoine Dufour dans Les Vies des femmes célèbres (1504) et Symphorien Champier dans La Nef des dames vertueuses (1503) ou encore par Marguerite de Navarre et Marie de Gournay[3].

Durant cette période, la force peut-elle donc entrer dans une liste de vertus féminines au même titre que la prudence ou la chasteté et, si oui, dans quelles acceptions du terme ? Apparaît-elle comme une qualité physique ou/et une vertu morale, une capacité de résistance à l’adversité ou/et une puissance d’action autonome ? Quelles sont les conditions de possibilité de l’exercice de la force féminine : les femmes fortes sont-elles des exceptions à une nature féminine définie par la faiblesse, voire des femmes « dénaturées » ? ou bien la faiblesse physique et intellectuelle des femmes n’est-elle qu’une construction socio-historique et un résultat de leur éducation[4] ? C’est la thèse de Christine de Pizan, selon laquelle si “coustume estoit de mettre les petites filles a l’escole et que suivamment on les feist apprendre les sciences, comme on fait aux filz, qu’elles apprendroient aussi parfaictement et entendroient les soubtilletéz de tous les ars et sciences, comme ilz font”[5].

Autre problème : celui de la visibilité de ces femmes fortes et de leur inscription dans la mémoire collective, conditions nécessaires à la production de modèles féminins positifs. Au début du XIXe siècle, Gabrielle de Plancy publie deux almanachs (1820 et 1823) avec l’objectif de réparer l’injustice faite à la mémoire des femmes de talent : “On a publié les Vies des saints, les Éphémérides des Braves, l’Annuaire des grands hommes… ; on n’a rien fait de semblable pour les dames. C’est ce vide que je cherche à remplir. J’ai voulu présenter aux Françaises une femme célèbre par jour, comme un encouragement ou comme un modèle. […]. Les personnes qui voudront bien parcourir ce livre, verront qu’il y a plus de femmes célèbres qu’on ne pense, et qu’elles se sont distinguées dans toutes les carrières […]”[6].

Pourtant les siècles que nous nous proposons de considérer (XIVe-XVIIIe) ont œuvré à faire entrer des femmes fortes et vertueuses « dans l’histoire », à les proposer comme exemples et modèles, comme ils ont créé des personnages féminins fictionnels « forts » en phase avec l’imaginaire collectif et/ou le renouvelant. Comment ce travail de mémoire et de modélisation s’est-il fait et qui l’a entrepris ? Dans quel cadre idéologique ? Comment ont été articulés vies réelles, mythes héroïques et vies fictionnelles ?

Pour répondre à ces questions, on se propose de parcourir une « galerie de femmes fortes[7] » de la première modernité – gouvernantes et religieuses, guerrières[8] et martyres, femmes savantes[9], travailleuses des villes[10] et des campagnes – en s’intéressant tout à la fois à la vie des femmes historiques – transmises notamment par les Mémoires, biographies, dictionnaires et autres Vies – et aux modèles construits par les textes fictionnels et non fictionnels[11].

Le corpus que nous proposons d’explorer dans ce premier colloque inclura à la fois les genres narratifs (roman, épopée, mais aussi Mémoires et récits de vie) et argumentatifs (éloges collectifs[12], traités polémiques, dictionnaires historiques) composés en France et en Grande-Bretagne durant la période où la querelle des femmes bat son plein, du XIVe siècle au XVIIIe siècle[13], un second colloque portant sur les XIXe-XXIe siècles. Si des études monographiques, consacrées à une femme ou un personnage féminin, pourront être reçues par le comité scientifique, on privilégiera des communications associant fiction et non-fiction et l’on cherchera particulièrement à articuler les parcours des femmes réelles avec les constructions idéologiques qui leur sont contemporaines, dans un double mouvement : les textes théoriques et catalogues de femmes illustres proposent des modèles de comportement qui orientent le comportement féminin tandis que les vies de femmes réelles leur fournissent de nouveaux exemples, voire de nouveaux modèles.

Plusieurs axes pourront être abordés à travers les communications proposées :

Typologies et constructions idéologiques

Les acceptions et les usages du mot « force » dans les textes polémiques de la Querelle des femmes, les dictionnaires historiques et les catalogues de femmes illustres. Comment la force des femmes est-elle définie ? quelles figures – mythiques, bibliques, historiques – l’illustrent-elles ? On prêtera une attention particulière à la définition de la force féminine dans les traités d’éducation des filles et aux figures exemplaires proposées. La rhétorique de l’éloge des femmes fortes : identification de topoï spécifiques ? points communs et différences par rapport à l’éloge des hommes ? (exemple du traitement des Neuf Preuses par Sébastien Mamerot, de celui des Dames illustres par Brantôme, en regard de leurs homologues masculins, etc.).

Mises en récit

Les vies de femmes fortes, du personnage historique à la figure exemplaire. On pense notamment au traitement de l’histoire de Jeanne d’Arc, mais aussi aux Vies de saintes, aux biographies spirituelles, au Recueil des Dames de Brantôme, etc. Les « récits de formation » et la place accordée à l’éducation de femmes dans les textes, qu’ils soient fictionnels ou non (accès aux livres et aux savoirs, formation à l’écriture, entraînement physique…). La représentation/(re)construction de soi par des femmes de pouvoir (Mémoires, etc.).

Représentations fictionnelles et non fictionnelles

Les figures de femmes fortes offertes par les textes non fictionnels et les échos qu’elles trouvent dans le roman ou l’épopée : comment ces deux genres se nourrissent-ils mutuellement ? Les figures de femmes fortes propres à un écrivain particulier et leur articulation avec les constructions idéologiques et débats de son époque.

Voix de femmes et auctorialité

Quelles voix féminines s’imposent dans le champ intellectuel ? quels espaces d’expression s’ouvrent-elles dans le champ social (création des premiers salons, lieux d’impression, bibliothèques, etc.) ? Des communications pourront porter sur des autrices, des femmes de savoir et des philosophes françaises et britanniques, comme Christine de Pizan, Marguerite de Navarre, les Dames des Roches, Georgette de Montenay, Marie de Gournay, Madame de La Fayette, Mary Wollstonecraft, Jane Barker, Eliza Haywood, Helen Maria Williams, Charlotte Lennox, Olympe de Gouges, jusqu’à Madame de Staël, et sur leur contribution à la mise en œuvre et à la définition de la force des femmes.

Culture matérielle et matrimoine

Que reste-t-il des actions transformantes des femmes au-delà des récits de vie considérés ? On s’interrogera notamment sur les traces matérielles qui en subsistent et la connaissance que nous en avons aujourd’hui, point de départ de nouveaux récits (quel est l’état de l’inventaire des fonds d’archive et de bibliothèques ? quelle est la visibilité du matrimoine des villes en France et en Grande-Bretagne [14]?).

Envoi des propositions de communication Les titres et propositions de communication (autour de 2000 signes), accompagnées d’une courte biobibliographie (situation institutionnelle, laboratoire, champs de recherche et principales publications), devront être envoyées avant le 31 octobre 2019 aux quatre organisatrices du colloque :

Ariane Ferry : ariane.ferry@univ-rouen.fr

Stéphane Pouyaud : s.pouyaud@gmail.com

Sandra Provini : sandra.provini@univ-rouen.fr

Caroline Trotot : caroline.trotot@u-pem.fr

[1] Voir les ouvrages Revisiter la « Querelle des femmes » : discours sur l’égalité-inégalité des sexes, Saint-Étienne, Publications de l’Université de Saint-Étienne, 4 vol., 2012-2015. Pour une bibliographie complémentaire sur la Querelle des femmes, nous renvoyons au site de la SIEFAR : http://siefar.org/revisiter-la-querelle-des-femmes/

[2]On pense par exemple au Traictié des Neuf Preuesde Sébastien Mamerot (c. 1461-1472), qui a fait l’objet d’une édition critique récente par Anne Salamon (Genève, Droz, 2016).

[3]Voir Renée-Claude Breitenstein : « Le savoir comme « vertu » : la redéfinition des valeurs dans les éloges collectifs de femmes, du xveau xviesiècle », Revisiter la « querelle des femmes ». Discours sur l’égalité/inégalité des sexes, de 1400 à 1600, A. Dubois-Nayt, N. Dufournaud et A. Pauper (dir.), Saint-Étienne, Publications de l’Université de Saint-Étienne, 2013, p. 155-167 ; Gisèle Mathieu-Castellani, La quenouille et la lyre, Paris, Librairie José Corti, 1998.

[4]Voir notamment l’ouvrage de Linda Timmermans sur L’Accès des femmes à la culture (1598-1715), Paris, Classiques Garnier, 2007.

[5]Christine de Pizan, La città delle dame, trad. Patrizia Caraffi, éd. Earl Jeffrey Richards, Milan, Luni, 1998, p. 150-152.

[6]Cité dans Isabelle Ernot, « L’histoire des femmes et ses premières historiennes (xixe-début xxesiècle) », Revue d’Histoire des Sciences Humaines, 2007/1 (n° 16), p. 165-194. DOI : 10.3917/rhsh.016.0165. URL : https://www.cairn.info/revue-histoire-des-sciences-humaines-2007-1-page-...

[7]Pour reprendre le titre de l’ouvrage bien connu de Pierre Le Moyne, La Gallerie des femmes fortes(Paris, 1647).

[8]Sur les guerrières, nous renvoyons au récent colloque « Femmes de guerre » organisé par la SIEFAR en partenariat avec le Centre de Recherche des Écoles de Saint-Cyr Coëtquidan (CREC) les 29-30 mars 2019.

[9]Sur les femmes de savoir, nous renvoyons en particulier au programme de recherche « Visibilité et invisibilité des savoirs des femmes » (voir le Carnet d’hypothèses : Carnet).

[10]Quelques exemples de travaux sur le travail des femmes sous l’Ancien Régime :Christine Dousset, « Commerce et travail des femmes à l’époque moderne en France », Les Cahiers de Framespa [En ligne], 2 | 2006, mis en ligne le 01 octobre 2006. URL : http://journals.openedition.org/framespa/57 ; Roméo Arbour, Les femmes et les métiers du livre en France, de 1600 à 1650, Chicago-Paris, Garamond Press et Didier Erudition, 1997 ; Madeleine Ferrieres, Genevière Dermenjian, Jacques Guilhaumou, Martine Lapied (dir.), Femmes entre ombre et lumière : recherches sur la visibilité sociale, XVIe XXe siècle, Aix, Publisud, 2000 ; Cynthia Truant, « La maîtrise d’une identité ? Corporations féminines à Paris aux XVIIeet XVIIIesiècles », Clio. Histoire‚ femmes et sociétés [En ligne], 3 | 1996, mis en ligne le 01 janvier 2005. URL : http://journals.openedition.org/clio/462 ; Nicole Dufournaud et Bernard Michon, « Les femmes et le commerce maritime à Nantes (1660-1740) : un rôle largement méconnu », Clio. Histoire‚ femmes et sociétés [En ligne], 23 | 2006, mis en ligne le 01 juin 2008. URL : http://journals.openedition.org/clio/1926.

[11]La question des modalités de qualification de l’héroïsme féminin et de la représentation des héroïnes féminines dans le champ non fictionnel a été envisagée récemment dans un colloque organisé en janvier 2016 à l’Université de Strasbourg, « Héroïsme féminin, héroïnes et femmes illustres : une représentation sans fiction (xvie-xviie siècles) ».

[12]Sur ce genre, voir le dossier préparé par Renée-Claude Breitenstein, « Publics et publications dans les éloges collectifs de femmes à la fin du Moyen Âge et sous l’Ancien Régime », Études françaises, vol. 47, n° 3, 2011.

[13]Voir par exemple l’article de Joan Kelly, « Early feminist theory and the “Querelle des Femmes”, 1400-1789 », Signs, n° 8-1, 1982. Une périodisation plus large, courant jusqu’au début du xxe siècle, pourrait être adoptée comme l’a montré Eliane Viennot qui situe la Querelle des femmes entre la fin du xiiie siècle et le début du xxe siècle (http://www.elianeviennot.fr/Articles/Viennot-Querelle1-intro.pdf).

[14]Le projet « Cité des dames » de l’Université Paris Est Marne la Vallée (2019-2022) cherche en particulier comment rendre visibles aujourd’hui les traces de l’action des femmes inventrices et créatrices en valorisant le matrimoine de nos villes pour faire revivre les cités des dames.

Appel à contributions : Les minorités noires dans la France de l’époque moderne – Revue Lumières 34
Posted: Wednesday, August 14, 2019 - 23:45

Revue (juin 2020), avant le 15 décembre 2019

La revue Lumières est une production de l’Université Bordeaux-Montaigne, publiée par les Presses Universitaires de Bordeaux et dirigée par les laboratoires CLARE et SPH (Sciences Philosophie Humanités). Son numéro 34, donc la publication est prévue en juin 2020, aura pour thématique Les minorités noires en France à l’époque moderne. Si les Black Studies sont loin d’être une nouveauté en France avec plusieurs travaux approfondis sur le sujet depuis une dizaine d’années, ces derniers s’attachent souvent à la même temporalité (fin du XVIIIe siècle) et aux mêmes espaces (Paris, villes de la côte Atlantique). Afin d’offrir des points de vue complémentaires et d’ouvrir de nouvelles pistes de recherche, ce numéro, dans une perspective d’histoire sociale, se propose donc de mettre en valeur des études originales, afin de montrer toute la diversité de formes qu’a pu prendre la présence des minorités noires en France.

Argumentaire

L’objectif de ce numéro est ainsi de mettre en avant des études s’intéressant à des angles morts de la recherche sur la présence des Afro-descendants en France. Les lacunes sur cette question sont en effet de plusieurs ordres, qui sont autant de propositions de recherche – non exhaustives – pour ce numéro.

L’étude de la présence des minorités noires dans un contexte rural est un premier impensé de la recherche : l’histoire des populations noires en France reste ainsi largement une histoire urbaine, concentrée sur des villes-clefs dans le développement du royaume de France (Paris, Nantes, Bordeaux). La présence des minorités noires en métropole ne s’est pourtant pas limitée à ces villes qui ont souvent été le point de départ pour l’installation dans l’arrière-pays. Il s’agit dès lors de montrer les spécificités et les ressorts de cette confrontation des Afro-descendants avec les campagnes françaises.

L’histoire des Afro-descendants en métropole est par ailleurs effectuée à partir des mêmes biais de sources puisque ce sont souvent les archives des maîtres qui permettent de construire, en miroir, une histoire de leurs esclaves et de leurs domestiques de couleur. La mobilisation de nouvelles sources d’archives paraît donc essentielle afin d’approfondir la connaissance de certains groupes sociaux jusque-là peu étudiés. La question des moyens d’émancipation des libres de couleur, qu’ils soient des affranchis exerçant une activité indépendante ou des riches femmes créoles résidant en métropole, mériterait ainsi de plus amples investigations.

Enfin, les contributeurs sont invités à considérer la question de la présence noire en France dans une temporalité large : s’il ne s’agit pas d’oublier le XVIIIe siècle, qui reste bien évidemment central au vu de son importance et de l’axe de recherche de la revue Lumière, des incursions dans le XVIIe siècle sont ainsi tout à fait acceptées, afin de mieux comprendre l’ancienneté de ce phénomène. De la même façon, la Révolution et l’Empire rentrent dans le champ de ce numéro de revue, alors que ces décennies ont été décisives dans l’évolution des modalités d’arrivées des Afro-descendants en métropole et dans leur processus d’émancipation politique.

Modalités d’envoi des propositions

Les propositions d’articles, d’une longueur maximale de 500 mots, sont à soumettre avant le 15 juillet 2019 à l’adresse suivante : julie.duprat@enc-sorbonne.fr

Les articles retenus seront à rendre avant le 15 décembre 2019. Ils pourront être rédigés en français ou en anglais et ne devront pas dépasser 35.000 signes (espaces compris). Ils devront être accompagnés d’un court résumé en français et en anglais et de cinq mots clefs dans les deux langues.

Comité scientifique

Julie Duprat : julie.duprat@enc-sorbonne.fr

Tristan Coignard : tristan.coignard@u-bordeaux-montaigne.fr

Aurelia Gaillard : aurelia.gaillard@u-bordeaux-montaigne.fr

Jean Mondot : jean.mondot@u-bordeaux-montaigne.fr

New Publications

Prose et poésie dans les Essais de Montaigne (Nathalie Dauvois)
Posted: 14 Sep 2022 - 09:33

Nathalie Dauvois, Prose et poésie dans les Essais de Montaigne, Paris, Classiques Garnier, (1997) 2022.

Ressaisissant à sa source la démarche d’écriture de Montaigne dans la rencontre entre latin et français mais aussi entre prose et poésie, l’examen des zones d’échanges qui en découlent permet de définir la prose poétique des Essais en termes « d'action et de mouvement », selon les propres mots de Montaigne.

En savoir plus.

Spectatrices ! De l'Antiquité à nos jours (dir. Véronique Lochert, Marie Bouhaïk-Gironès, Céline Candiard, Fabien Cavaillé, Jeanne-Marie Hostiou, Mélanie Traversier)
Posted: 14 Sep 2022 - 08:21

Spectatrices ! De l'Antiquité à nos jours, sous la direction de Véronique Lochert, Marie Bouhaïk-Gironès, Céline Candiard, Fabien Cavaillé, Jeanne-Marie Hostiou, Mélanie Traversier, Paris, CNRS Éditions, 2022.

Présentation :

Les femmes occupent une place continue dans le public du spectacle vivant depuis ses origines. Partis en quête des traces de cette présence, les auteurs ici réunis ont repéré les lieux et genres de spectacles que les femmes ont privilégiés, leurs emplacements dans les gradins et les salles, et tenté de retrouver leurs émotions, décantées des commentaires masculins.

Les spectatrices ont souvent été considérées comme soumises à leurs passions et dépourvues de toute distance critique. Elles ont été placées soit dans une position subalterne, reflétant leur place dans la société, soit aux premières loges, non pour leur offrir une qualité du regard mais pour permettre aux spectateurs de les voir et de scruter leurs robes et coiffes. Adversaires et défenseurs du théâtre ont débattu de la présence de ces femmes, les premiers la regrettant, tant cet art favoriserait des désirs illicites, les seconds la louant, les spectatrices devenant cette fois les garantes de la décence et de l’utilité du genre théâtral. Dans le même temps, la réception féminine a joué un rôle croissant dans les stratégies des auteurs et acteurs. En fonction de la période, du lieu, de leur appartenance sociale, les spectatrices ont pu jouir d’une plus ou moins grande liberté ; elles ont également usé de la scène comme d’un lieu d’émancipation, et ont parfois pris soin de laisser de leur expérience des témoignages directs.

Cette étude de grande ampleur permet de redonner à ces femmes une parole et une voix, un corps et des gestes, mais aussi des affects contrastés, de l’exaspération au plaisir.

Disponible en librairie et sur le site de l'éditeur.

Exercices de rhétorique - numéro 19 | 2022 – La quantité syllabique
Posted: 14 Sep 2022 - 08:15

Chères et chers collègues,
 
Nous avons le plaisir de vous annoncer la parution du numéro 19 | 2022 – La quantité syllabique de la revue en ligne Exercices de rhétorique (UGA Éditions, publication Cléo/OpenEdition), à l'adresse suivante:

https://journals.openedition.org/rhetorique/


Nous vous en donnons ci-dessous la table des matières.

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Exercices de rhétorique

Direction
francis.goyet@univ-grenoble-alpes.fr
christine.noille@sorbonne-universite.fr

 

19 | 2022
La quantité syllabique

·         DOSSIER. La quantité syllabique : oreille et théorie (xvie-xviiie siècles)

Sous la direction de Sophie Hache

Sophie Hache

Présentation. Comment concevoir la quantité syllabique en français ? [Texte intégral]

Olivier Bettens

Prosodie du français aux xvie et xviie siècles : le point de vue du grammairien contre celui du musicien-poète [Texte intégral]

Isabelle His

La prosodie de l’air strophique et le problème de la première strophe (fin xvie et début xviie siècles) [Texte intégral]

Jean Duron

La quantité syllabique dans les paroles de musique de Pierre Perrin (ca 1620-1675) [Texte intégral]

Aline Smeesters

Quantité syllabique et accentuation de la prose latine en France aux xvie et xviie siècles [Texte intégral]

Claire Fourquet-Gracieux

Naissance des dictionnaires de rimes, avenir de la quantité. D’Étienne Tabourot (1572) à Pierre Richelet (1692) [Texte intégral]

Claudia Schweitzer

Le Traité de la prosodie françoise de l’Abbé d’Olivet : ancien ou nouveau regard sur la quantité syllabique ? [Texte intégral]

Carole Boidin

« L’invention de la vraye quantité de nos Syllabes » chez les Arabes : la tentative de Pierre Vattier, 1660 [Texte intégral]

·         DOCUMENT. Isaac Vossius et la quantité syllabique dans le De poematum cantu et viribus rythmi (Oxford, 1673)

Présentation, texte, traduction et notes : Sophie Hache et Stéphane Macé

Isaac Vossius

De poematum cantu et viribus rythmi, Oxford, apud Rob. Scot Bibliop.,1673, p. 33-39 [Texte intégral]

·         ATELIER. Matériaux sur l'oraison funèbre

Benoît Gain

Panorama de l’oraison funèbre dans l’Antiquité classique et chrétienne [Texte intégral]

Poétiques de l’anagnorisis (Terence Cave)
Posted: 14 Sep 2022 - 06:15

Terence Cave, Poétiques de l’anagnorisis, trad. Luc Sautin, Paris, Classiques Garnier, Coll. Théorie de la littérature, septembre 2022, 528 p.

 

Terence Cave consacre une étude à un terme marginalisé de la poétique aristotélicienne. Il retrace l’histoire de ce phénomène et en explore les enjeux théoriques fondamentaux. La scène de reconnaissance est en effet aussi populaire qu’elle est suspecte aux yeux de la critique. Cette étude capitale est traduite pour la première fois en français. 

 

Disponible en librairie et sur le site de l'éditeur.

 

Bibliographie des Psaumes imprimés en vers français 1521-1900 (en quatre tomes)
Posted: 14 Sep 2022 - 06:10

Bibliographie des Psaumes imprimés en vers français. 1521-1900 (en quatre tomes), édité par Jean-Michel NOAILLY, Jean-Daniel CANDAUX, Bettye Thomas CHAMBERS, Genève, Droz, 2022.

Le Livre des Psaumes, premier des autres livres (Ketuvim) de la Bible Hébraïque, présente des modèles de prière pour le croyant tant est grande la variété de leurs thèmes, qu’il s’agisse de « Louanges » – titre sous lesquels ils étaient originalement désignés –, d’hymnes, d’appels au secours ou encore d’instructions. Bien que les psaumes de la Bible hébraïque représentent dans le monde juif ancien ou moderne des poèmes liturgiques, seules les Églises réformées les ont utilisés en langue française dans leur culte, les autres confessions ne tolérant qu’un usage privé de ces textes en français. Les psaumes de Clément Marot et Théodore de Bèze sont bien connus ; publiés pour la première fois au complet en 1562, après quelques éditions partielles à l’initiative de Jean Calvin, ils sont à la base de toutes les révisions ecclésiales réformées ultérieures. Les traductions catholiques des 150 psaumes par Philippe Desportes, Antoine Godeau et bien d’autres poètes ont eu du succès à leur époque. Le lecteur découvrira sans doute nombre d’auteurs ou de textes aujourd’hui oubliés, voire inconnus. La présente publication a recensé toutes les éditions imprimées en vers français de 1521 à 1900, contenant au moins un psaume en vers et en français. Ce sont donc plus de 3 600 éditions différentes qui sont prises en considération et classées par ordre chronologique sans distinction de confession, émanant de plus de 600 poètes et représentées par quelque 24 000 localisations tant dans des bibliothèques françaises qu’étrangères.

Disponible en librairie et sur le site de l'éditeur.