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Calls for Papers and Contributions

Appel à communications: La mélancolie face aux crises de l’histoire. Valeurs esthétiques et politiques d’un rapport au temps (XVIe-XXIe s.)
Posted: Thursday, June 28, 2018 - 01:40

a mélancolie face aux crises de l’histoire.

Valeurs esthétiques et politiques d’un rapport au temps (XVIe-XXIe siècles)

Colloque organisé par Anne Teulade

les 6-7 juin 2019 à l’université de Nantes,

avec le soutien de l’Institut Universitaire de France.

À travers ce colloque, on se propose de réfléchir sur l’état mélancolique en tant que rapport au temps. La mélancolie est favorisée par les périodes de rupture et de changement violent de paradigme historique ou politique ; elle résulte d’une prise de conscience aiguë des mutations que ces crises entraînent. Cette association entre mélancolie et conscience du temps est connue s’agissant de la mélancolie romantique – qui est fréquemment corrélée au désenchantement face à l’histoire – et pour les périodes contemporaines, mais elle mérite d’être approfondie pour les XVIe et XVIIe siècles, période de transition où se superposent plusieurs strates de la pensée mélancolique. Au cœur de cette recomposition, la conscience du temps présent est vive, et l’on peut affiner l’idée selon laquelle le XVIIe siècle marquerait une évolution de la conception de la mélancolie, allant de l’affection morbide vers une affliction morale associée à la nostalgie[1]. En effet, cette conception mélancolique du temps n’est pas seulement un sentiment de perte et de rêverie sur le passé, elle peut adopter une tournure plus précise, dirigée contre le temps présent et les développements historiques qui l’ont forgée. La mélancolie des ruines et la déploration de la perte évoquées par Walter Benjamin à propos du drame silésien[2], tout comme la « mélancolie d’anachronisme[3] » mobilisée par Marc Vitse à propos du Siècle d’Or espagnol, constituent une piste à creuser pour penser plus largement la mélancolie de la première modernité comme rapport au temps, et la situer par rapport aux périodes ultérieures. 

Ainsi, de la fin du féodalisme à l’écroulement des utopies communautaires[4], en passant par les nouveaux régimes du début du XIXe siècle[5] et le hiatus insondable provoqué par la Shoah[6], nombreux sont les moments qui occasionnent l’émergence d’une mélancolie prise en charge par les arts. On notera d’ailleurs que la mélancolie est plus largement motivée dans les œuvres par des changements de paradigmes temporels : les divers moments de confrontation à des modernités pensées comme des failles sont vécus de manière souvent aussi violente que les catastrophes[7].

À travers ce colloque, on souhaiterait approfondir le sens des liens entre mélancolie et crises de l’histoire :

  • Revenir sur le rapport entre mélancolie et rapport au temps, en examinant ses formes et la façon dont il se dit dans les textes : est-il figuré par des personnages, par la figure auctoriale, se modélise dans genres particuliers, poésie épique, lyrique, tragédie, drame, roman comique, roman pastoral, essai, etc. ? Et engendre-t-il des inflexions génériques singulières ?
  • Penser la relation entre le changement de régime d’historicité et la mélancolie, en s’attachant aux particularités de chaque période. La mélancolie semble associée aux différents moments qualifiés de « modernes ». Qu’en est-il, et comment interroger à nouveaux frais ce rapport entre mélancolie et modernité  ?
  • Articuler l’état mélancolique et la construction d’une conscience individuelle.  Quels types de subjectivation s’élaborent dans la psyché mélancolique : un solipsisme anomique, une folie réversible, un for intérieur procédant d’une séparation avec la pensée du groupe, une subjectivité entée sur la mémoire ? Et lorsque c’est la figure auctoriale qui endosse la posture mélancolique, comment celle-ci s’élabore-t-elle ?
  • Interroger la puissance créatrice de la mémoire mélancolique : de quelles esthétiques cette pensée hantée par les spectres et les images est-elle porteuse ?
  • Explorer la traduction politique du refus de faire le deuil du passé : l’anachronisme est-il présenté comme négativité pathologique ou apparaît-il porteur de valeurs utopiques ou positives ? Comment le sujet mélancolique oscille-t-il entre réaction et révolution, entre aveuglement au présent et dissidence ?  

Ces approches pourront être développées à partir d’œuvres d’art s’inscrivant dans un empan chronologique large, depuis les textes de Montaigne et Cervantès, jusqu’à Treme (David Simon/Eric Ovemeyer) ou La Villa de Robert Guédiguian.

*

Les propositions (d’environ 2000 signes et assorties d’une courte notice bio-bibliographique) devront être adressées à anne.teulade@univ-nantes.fr, avant le 30 septembre 2018.

 

[1] Patrick Dandrey, « Nostalgie et mélancolie : de l’affection morbide à l’affliction morale », dans De la mélancolie. Les entretiens de la fondation des Treilles, Paris, Gallimard, 2007, p. 95-129.

[2] Walter Benjamin, Origine du drame baroque allemand, Paris, Flammarion, Champs, 1985 [éd. originale 1974], p. 153-169.

[3] Marc Vitse, Éléments pour une théorie du théâtre espagnol du XVIIe siècle, Toulouse, PUM, 1990, p. 381, notamment à propos du Chevalier d’Olmedo de Lope de Vega.

[4] Michelle Perrot, Mélancolie ouvrière, « Je suis entrée comme apprentie, j’avais alors douze ans », Lucie Baud, 1908, Grasset, 2012 ; Enzo Traverso, Mélancolie de gauche. La force d’une tradition cachée (XIXe-XXIe siècles), La Découverte, 2016.

[5] Voir notamment Anne Larue, Romantisme et mélancolie. Le Journal de Delacroix, Champion, 1998 ; Michael Löwvy et Robert Sayre, Révolte et mélancolie. Le Romantisme à contre-courant de la modernité, Payot, 1992 ; Jean-François Hamel, « Les uchronies fantômes. Poétique de l’histoire et mélancolie du progrès chez Louis-Sébastien Mercier et Victor Hugo », Poétique, 144, 2005/4, p. 429-441 ; Stéphanie Genand, La Chambre noire. Germaine de Staël et la pensée du négatif, Genève, Droz, « Histoire des idées et critique littéraire », 2017, p. 301-307.

[6] Régine Waintrater, « La temporalité mélancolique », dans Luba Jurgenson et Alexandre Prstojevic (dir.), Des témoins aux héritiers, l’écriture de la Shoah et la culture européenne, Éditions Pétra, « Usages de la mémoire », 2012, p. 261-273 ; Raphaëlle Guidée, « Politique de la catastrophe : mélancolie et dépolitisation de l’histoire dans l’œuvre de W.G. Sebald », Europe, 109, mai 2013, p. 53-67 ; Muriel Pic (dir. ), Politique de la mélancolie. À propos de W.G. Sebald, Les Presses du Réel, 2016.

[7] Catherine Coquio, « La ‘Baudelairité’ décadente, un modèle spectral », Romantisme, 82, 1993, p. 91-107 et L’Art contre l’art. Baudelaire, le « joujou » moderne et la « décadence », Vallongues, 2005 ; Jean-François Hamel, Revenances de l’histoire. Répétition, narrativité, modernité, Éditions de Minuit, 2006 ; Karine Winkelvoss, « Trakl et les fantômes. Mélancolie, survivance, métamorphose », Europe, 984, avril 2011, p. 83-95 ; Walter Benjamin, Sur le concept d’histoire, trad. Olivier Mannoni, préf. Patrick Boucheron, Payot, 2013, p. Miguel Abensour, Les Passages Blanqui. Walter Benjamin entre mélancolie et révolution, Sens&Tonka éditeurs, 2013, p. 57-71.

http://lamo.univ-nantes.fr/

Source: Fabula

Appel à communications: Monarchie et Modernité depuis 1500
Posted: Thursday, June 28, 2018 - 01:37

Cambridge, les 9 et 10 janvier 2019

 

Si l’histoire de l’Europe est essentiellement celle d’États monarchiques, les monarchies encore en place au lendemain de la Seconde Guerre mondiale ne ressemblent plus guère à celles qui régissaient le continent à la fin du Moyen Âge. L’époque contemporaine a transformé la monarchie comme état de fait en une opinion, dans le même mouvement qui faisait basculer un monde marqué par l’omniprésence du sacré vers un autre marqué par celle du profane. Les désignants ont pu demeurer inchangés – tout comme se sont perpétués familles, domaines et résidences princières -, mais leur sens s’est modifié en profondeur au fil des siècles et au gré des pays, transformant les mécanismes et les fonctions du pouvoir monarchique comme sa substance même.

Les approches spéculatives et conceptuelles ont peu étudié la signification de la monarchie comme notion complexe, du fait notamment des cloisonnements disciplinaires. La science politique, l’histoire des idées, l’histoire du droit et la critique littéraire l’appréhendent souvent comme un sujet subalterne, tandis que les historiens tendent pour leur part à privilégier la stricte chronologie au détriment des concepts. C’est en partie la nature de la monarchie en soi qui a pu susciter pareilles divergences. Le fondement semi-magique et providentialiste du droit divin, en particulier, contribue à présenter l’idée monarchique comme un paradoxe : celui d’une théorie politique à la fois anti-politique et anti-théorique. Ce colloque se propose, pour la première fois, de rompre ces barrières disciplinaires en croisant les perspectives de spécialistes de la monarchie avec celles de chercheurs en histoire sociale, culturelle, politique, et en anthropologie.

Partant du postulat selon lequel les épisodes critiques sont spécifiquement propices à la lecture de cours des événements et des évolutions marquées, trois (longs) temps forts de l’histoire des monarchies européennes seront privilégiés : la Révolution anglaise, la Révolution française, la généralisation enfin du modèle républicain dans la première moitié du XXe siècle. Ces trois moments ne constituent cependant que des pôles de référence possibles ; les communications abordant les questions de la réinvention, de la représentation ou encore de la conceptualisation de la monarchie pour d’autres périodes, du XVIe siècle à nos jours, seront les bienvenues. Des sujets d’histoire moderne pourront ainsi fournir une matière introductive, et d’autres, plus contemporains, une matière conclusive à nos discussions.

Deux approches sont prioritairement encouragées : l’une se concentrant sur la signification politique de la monarchie, l’autre sur sa signification socioculturelle, psychologique, religieuse, voire spirituelle. L’approche politico-juridique peut embrasser des thèmes tels que la relation historique des monarchies européennes avec les cadres légaux, administratifs et juridiques, ainsi qu’avec les traditions démocratiques, républicaines et aristocratiques. Les perspectives théologiques, sociologiques et anthropologiques s’attacheront quant à elles à considérer la monarchie comme un ensemble de rituels et de processus informels exprimant et donnant à voir la souveraineté, organisant la temporalité et les rapports humains, offrant aux nations un ancrage identitaire et plaçant les individus dans une situation de contact affectif avec les espaces du sacré et avec la sacralité du pouvoir, en particulier dans la représentation qu’en donnent les religions catholique et protestante.

Des études portant sur des monarchies extra-européennes pourront être acceptées, en relation toutefois avec la monarchie européenne.

Les communications pourront s’inscrire dans un ou plusieurs des axes suivants :

La monarchie dans la pensée politique ;

Monarchie et constitution;

La monarchie dans sa relation avec la religion, la théologie et le spirituel ;

La relation entre les pouvoirs spirituels et temporels ;

Royalisme et monarchisme;

La représentation de la nation et de la souveraineté ;

L’imaginaire royal et les représentations de la monarchie, y compris dans la littérature ;

Monarchie et propriété ;

La monarchie et la culture matérielle, l’art, la mode, l’espace ;

Fêtes royales, rituels royaux, processions et célébrations ;

Les femmes dans la monarchie;

Les monarchies extra-européennes, de préférence en rapport avec la monarchie européenne.

*

La durée des communications sera de 20 minutes. Les versions écrites seront soumises à expertise par des spécialistes en vue de la publication d’actes du colloque. Les doctorants sont également invités à participer, et les communications en allemand, anglais, espagnol, français, italien, portugais et hollandais seront acceptées, avec toutefois une préférence pour l’anglais.

Le colloque aura lieu à l’université de Cambridge les 9 et 10 janvier 2019.

Les propositions (200 mots) sont à envoyer, accompagnées d’un CV synthétique d’une page, aux deux adresses suivantes avant le 15 août 2018 :

Carolina Armenteros: cra22@cam.ac.uk

Flavien Bertran de Balanda : flavien.bertran-de-balanda@laposte.net

Source: Fabula

Journée d'études : Saint-Simon et les égarements du langage
Posted: Thursday, June 28, 2018 - 01:34

Journée organisée au Château de Versailles

Le samedi 16 mars 2019

 

Par Marc Hersant (Université Paris 3 Sorbonne Nouvelle, EA 174 FIRL) et Delphine Mouquin de Garidel (Université de Nantes)

 

PRESENTATION

Les Mémoires de Saint-Simon – mais aussi ses autres grandes sommes comme ses Notes sur tous les duchés-pairies ou ses Additions au Journal de Dangeau – sont à bien des égards une mise en scène de la parole humaine. Non seulement Saint-Simon emprunte parfois leur récit à des témoins, non seulement bien des faits rapportés sont le fruit de récits faits par autrui, mais la parole est souvent au centre du récit, soit qu’elle constitue le pivot d’une anecdote, par son sel comique ou sa fonction de révélation, soit que la relation historique se fasse récit de conversation, soit encore qu’une parole contestée fasse l’objet du récit.

Au sein de cet usage de la parole, à la fois divers et unifié par la voix du mémorialiste, quel sort est fait à la parole individuelle ? De la parole du roi, concise et dilatoire (« Je verrai ») à la logorrhée inefficace d’un Noailles, peut-on dire que les personnages de Saint-Simon sont caractérisés par un parler ou une « parlure », comme le seront ceux de comédies humaines à venir ?

Les portraits ne manquent pas de signaler si tel ou tel est capable de dire ce qu’il veut comme il le veut : ce n’est pas le cas général et le lecteur des Mémoires est confronté à des cas surprenants d’aphasie, de bégaiement, de lapsus, d’actes (de langage) manqués, de ratures obsessionnelles, de mots d’esprit fulgurants parfois autodestructeurs, de dérapages non contrôlés (comme les insultes dont Villeroi accable soudain Dubois qu’il rencontre pour faire la paix avec lui) et autres débordements de langage.

Saint-Simon montre même une étonnante prédilection, en cette époque où la rhétorique semble régner sur les usages langagiers des élites, pour tout ce qui, dans le rapport des sujets à la parole, échappe au contrôle des premiers et les montre plus en proie au langage que maîtres du langage.

La Journée Saint-Simon 2019 abordera sous des angles disciplinaires divers ce thème des états de la parole chez les personnages saint-simoniens. Dans ses crises ou ses triomphes, à travers ce qu’elle révèle ou tait de l’individu qui la profère, dans ce qu’elle nous apprend aussi de l’art du mémorialiste, nous nous demanderons quel rôle joue la parole, et notamment la parole en panne, dans l’entreprise de résurrection du passé du duc de Saint-Simon. Il y a là matière à analyses littéraires, mais aussi plus purement linguistiques, philosophiques, ou encore psychanalytiques, dans ce que le rapport aux mots peut dire de celui qui tente – bien souvent à ses dépens – de les employer.

 

COMMUNICATIONS

Les propositions de communications doivent être envoyées aux deux adresses suivantes : m.hersant@free.fr et delphmouquin@gmail.com au plus tard le 15 octobre 2018, sous la forme de présentations de 3000 signes environ.

http://www.univ-paris3.fr/firl-formes-et-idees-de-la-renaissance-aux-lumieres-ea-174-3431.kjsp

Source: Fabula

Appel à contributions : Fabula-LhT : La Mort de l'auteur
Posted: Thursday, June 28, 2018 - 01:27

Comment lire À l'ami qui ne m’a pas sauvé la vie sans penser à la maladie de Hervé Guibert ? La pièce 4.48 Psychose ne fait-elle pas avant tout écho au suicide de Sarah Kane ? La série OPALKA 1965/1-∞ note-t-elle autre chose que le temps vécu par Roman Opalka ? Et de quelle mort s’agit-il dans The Death of James Lee Byars, sinon de celle de James Lee Byars lui-même[1] ?

Cinquante ans après « La mort de l’auteur » de Roland Barthes qui proclamait une symétrique « naissance du lecteur », ce sont aux morts réelles et non métaphoriques des auteurs et autrices (tous arts confondus : bande dessinée, beaux-arts, chanson, cinéma, littérature, performance, télévision, théâtre, etc.), et à leurs conséquences sur la création et la réception des œuvres qu’entend s’intéresser ce numéro de Fabula-LhT. Les propositions de contributions peuvent relever de toutes les approches critiques.

Est-il toujours aisé de savoir sur quel plan interpréter dans une œuvre la référence à la mort réelle de son auteur ? Dans le cas des genres relevant de l’écriture de soi et de ses marges, de l’histoire, ou encore du portrait, comment comprendre un tel événement qui se conjugue au futur, contrairement aux autres contenus, qui sont de l’ordre du passé et du présent ? Peut-on, outre celui de la « littérature SIDA »[2], isoler des corpus qui sont structurés autour de la question de la mort imminente, considérée non comme événement inéluctable à venir, mais comme s’avérant déjà actuelle ? Les dernières œuvres méritent-elles à cet égard un traitement particulier ? Et dans le cas d’une fiction, faut-il considérer la référence à la mort de l’auteur comme un motif, à ranger peut-être dans la catégorie des effets de réel particulièrement saisissants — à la coloration tragique, ironique, métaphysique, etc. —, ou comme une information brisant définitivement le pacte fictionnel, en tant qu’elle ancre dans une œuvre la vie de celle ou de celui qui l’aura perdue (sur le mode du document, du témoignage, du testament, etc.) ? Cette référence à la mort réelle dit-elle quelque chose des rapports que les artistes conçoivent entre leur art et leur vie ? Que penser, par exemple, de l’apparente surreprésentation des morts d’auteurs dans la littérature (au sens large) dès la seconde partie du XXe siècle ? La mort de l’auteur oriente-t-elle la création, ou est-elle intégrée à un projet artistique ? Enfin, quels effets cette référence a-t-elle sur la réception des œuvres ?

Par ailleurs, que se passe-t-il lorsque la référence est inférée a posteriori, la mort de l’auteur venant soudainement éclairer l’œuvre sous un jour nouveau, à l’image de The Show Must Go On du groupe Queen et d’Ève de Péguy ? Est-ce le fruit du hasard si l’on peut lire dans Tout casse une manière de mise en scène du suicide de Bernard Lamarche-Vadel survenu pourtant cinq ans plus tard[3] ? Y a-t-il des limites à cet exercice ? Irait-on jusqu’à rapprocher le rapace du Prométhée enchaîné de celui qui lâcha une tortue sur la tête d’Eschyle, les satires de Pierre l’Arétin du fou-rire qui l’acheva, voire deux faits apparemment sans rapport, comme Manon Lescaut et la vivisection intempestive à laquelle n’aurait pas survécu l’Abbé Prévost ? De fait, même des morts accidentelles, telle celle de Stanley Kubrick lors du tournage d’Eyes Wide Shut, ou celle encore de Molière, sont en mesure d’imprimer une lecture particulière de l’œuvre. Qu’est-ce que tout cela dit de notre rapport aux artistes et à leurs œuvres ? Dans quelle mesure cela nourrit-il un mythe (personnel, générationnel, etc.) ? Peut-on historiciser les imaginaires convoqués[4] ? Et que cela nous apprend-il de nos manières de lire — ou plus généralement du fonctionnement (cognitif, social, institutionnel, etc.) de l’herméneutique en sciences humaines (communicabilité, validité, etc.) ?

Dans quelle mesure, enfin, la référence à la mort réelle (dont on peut distinguer les modes [annonce, évocation, œuvre à clé, etc.] selon qu’elles sont planifiées [suicide] ou anticipées [maladie, extrême vieillesse]) se laisse-t-elle décrire en termes de « scénographie auctoriale » (D. Maigueneau, J. L. Diaz) et de « posture » (J. Meizoz) ? En fonction des corpus considérés, affaiblit-elle ou renforce-t-elle au contraire les distinctions désormais classiques entre « l’auteur » et « le narrateur », voire entre l’auteur et « l’écrivain », c’est-à-dire entre le créateur et l’individu ? Comment répondraient à ces questions les représentants des diverses traditions critiques et disciplines en jeu (littérature, histoire de l’art, études théâtrales, cinéma, etc.), et que penser des relations assez différentes qu’ils entretiennent aujourd’hui avec le biographique ?  

Modalités de participation

Les propositions de contributions, qui consistent en une ébauche de l’article projeté (de 4 à 5 pages rédigées, accompagnées d'une bibliographie indicative) sont à envoyer à Romain Bionda et Jean Louis Jeannelle (romain.bionda@fabula.org et jeannelle@fabula.org) avant le 15 septembre 2018. Elles seront évaluées anonymement par le comité de rédaction de la revue. Les auteurs et autrices seront informés des résultats le 1er octobre 2018 et auront jusqu’au 15 janvier 2019 pour envoyer une première version complète, qui pourra éventuellement faire l’objet d’une discussion lors d’une journée d’étude organisée à Paris en février 2019. La version définitive de l’article devra être rendue au mois d’avril 2019.

Notes

[1] Quand on demande à James Lee Byars ce qu’est The Death of James Lee Byars, performance censée l’« exercer à la mort », il répond qu’il s’agit d’une « exposition d’art ». Voir Deadline (Paris, Musée d’art moderne de la Ville de Paris, 2009), catalogue de l’exposition éponyme (2009-2010). [2] Traité notamment par Ross Chambers dans Facing It: AIDS Diaries and the Death of the Author, Ann Arbor, University of Michigan Press, 1998. [3] « Dans Tout casse, il met en scène, avec force précision, son suicide : “Ne pas être en contact immédiat avec la boîte crânienne, se réserver l'épaisseur de la langue, que le fracas osseux soit à terme, octroient une fraction de seconde supplémentaire entre la gâchette pressée et le déménagement infernal du crâne.” » (Marie Gobin, « Bernard Lamarche‑Vadel mettait fin à ses jours le 2 mai », dans L’Express, en ligne, 01.11.2000.) [4] Voir p. ex. le chapitre sur les « poètes mourants » de la partie sur les « imaginaires de l’écrivain à l’époque romantique » dans José‑Luis Diaz, L’Écrivain imaginaire : scénographies auctoriales à l’époque romantique, Paris, Honoré Champion, 2007.

Appel à contributions: Lire, recueillir, inscrire : recueils et anthologies (xvie- xviiie siècle)
Posted: Friday, June 15, 2018 - 00:59

Le séminaire doctoral de l’IHRIM-Lyon 3, organisé par le groupe de travail GADGES sous le titre Lire par morceaux. Lectures et lecteurs de recueils et d’anthologies (xvie-xviiie siècle) a développé, pour l’année 2017-2018, trois axes de réflexion complémentaires sur ces objets littéraires singuliers : projets et prescriptions ; énonciation et disposition ; publics et publication (voir les archives sur les carnets hypothèse en ligne à l’adresse : https://recueils.hypotheses.org/).

Ces pistes conduisaient à envisager les recueils et les anthologies du point de vue des lecteurs et sous l’angle de la lecture. Elles ont permis de mettre en lumière la manière dont les gestes de collecte et de disposition des textes contribuent à configurer leurs appropriations. Elles nous ont de surcroît familiarisé.es avec l’implication de multiples acteurs et actrices dans la publication de ces objets éditoriaux composites. Aussi nous paraît-il logique, dans cette seconde phase de notre exploration, de nous intéresser aux opérations de « recueil » des textes (au sens actif du déverbal). Quelles en sont les modalités, au premier chef pratiques et matérielles, mais également intellectuelles ? Comment la logique de la sélection puis de la publication joue-t-elle sur la logique de la réception ? Pour tenter d’approfondir cette question, nous souhaiterions explorer les trois pistes suivantes :

Les intermédiaires de la publication : imprimeurs, libraires, auteurs, « compilateurs », collectionneurs ; qui sont les différents acteurs de la mise en recueil, et quel est leur rôle exact ? En quoi la diversité de ces intervenants révèle-t-elle la complexité de la forme recueil ?

Les fonctions de la mise en recueil : la logique présidant au geste de recueillir peut procéder d’un souci de conservation, relever d’une opération mémorielle (témoigner d’un événement, d’une querelle, d’une activité de groupe, par exemple), manifester la volonté de s’inscrire au sein d’une actualité, voire viser à donner consistance à cette actualité, au groupe ou à l’événement en question. Comment la mise en recueil modélise ou modalise ce dont elle prétend témoigner ? on s’intéressera aux recueils comme productions éditoriales, mais aussi comme résultant de gestes de collection ou de thésaurisation (avec les recueils dits « factices »).

Recomposition, réemploi, réénonciation : dans le cas, fréquent, où les pièces collectées avaient déjà connu une première publication (imprimée ou manuscrite), jusqu’à quel point peut-on considérer que le recueil transforme le sens de la matière compilée ? Quel nouveau contexte construit-il, en quoi celui-ci modifie-t-il la portée initiale des pièces retenues et à quelle(s) fin(s) ? Dans une perspective théorique, on s’interrogera sur le recueil comme réénonciation, en soulignant le trouble qu’il introduit quant aux catégories d’auteur, d’origine et même de contexte.

*

Le travail de séminaire réunit un groupe de chercheurs et chercheuses déjà constitué, mais serait heureux d’accueillir d’autres propositions, centrées en particulier sur des recueils collectifs ou réunissant des pièces diverses et/ou sur des objets touchant à des productions ou à des collections lyonnaises. Date limite d’envoi : 8 juin 2018

Organisateurs :

Mathilde Bombart (IHRIM-Lyon 3) mathilde.bombart@univ-lyon3.fr

Maxime Cartron (IHRIM-Lyon 3) cartron.maxime@gmail.com

Michèle Rosellini (IHRIM-ENS de Lyon) michele.rosellini@ens-lyon.fr

 
 
Source: Fabula

New Publications

Queer Velocities Time, Sex, and Biopower on the Early Modern Stage (Jennifer Eun-Jung Row)
Posted: 17 Feb 2022 - 17:19

Jennifer Eun-Jung Row, Queer Velocities Time, Sex, and Biopower on the Early Modern Stage, Northwest University Press, 2022.

232 Pages, 6.00 x 9.00
Published: April 2022
Queer Velocities: Time, Sex, and Biopower on the Early Modern Stage explores how seventeenth-century French theater represents queer desire. In this book, the first queer theoretical treatment of canonical French theater, Jennifer Eun-Jung Row proposes that these velocities, moments of unseemly haste or strategic delay, sparked new kinds of attachments, intimacies, and erotics. Rather than rely on fixed identities or analog categories, we might turn to these affectively saturated moments of temporal sensation to analyze queerness in the premodern world.

The twin innovations of precise, portable timepieces and the development of the theater as a state institution together ignited new types of embodiments, orderly and disorderly pleasures, and normative and wayward rhythms of life. Row leverages a painstakingly formalist and rhetorical analysis of tragedies by Jean Racine and Pierre Corneille to show how the staging of delay or haste can critically interrupt the normative temporalities of marriage, motherhood, mourning, or sovereignty—the quotidian rhythms and paradigms so necessary for the biopolitical management of life. Row's approach builds on the queer turn to temporality and Elizabeth Freeman's notion of the chronobiopolitical to wager that queerness can also be fostered by the sensations of disruptive speed and slowness. Ultimately Row suggests that the theater not only contributed to the glitter of Louis XIV's absolutist spectacle but also ignited new forms of knowing and feeling time, as well as new modes of loving, living, and being together.
More information here.

Esaïe COLLADON Journal (1600-1609) Édité par Patrice DELPIN
Posted: 17 Feb 2022 - 17:13

Esaïe COLLADON, Journal (1600-1609), éd. Patrice DELPIN, Genève, Droz, 2021.

La guerre franco-savoyarde de 1600, les réunions du Conseil des CC, l’Escalade du 12/22 décembre 1602 et la guerre de 1603, le soutien des cantons suisses et de la France, la paix de Saint-Julien, des truites pour régaler Henri IV, un tremblement de terre, une abondance de fruits, un gel du Rhône, les promotions du Collège, le prix du vin, des procès et des exécutions publiques, un ambassadeur persan, le décès de Théodore de Bèze…

Esaïe Colladon, médecin, professeur à l’Académie, raconte Genève en des temps troublés. Mélange d’anecdotes et de grande histoire, son Journal est une source importante pour les premières années du XVIIe siècle. Il est édité ici pour la première fois en entier, éclairé par un commentaire historique.

Disponible en librairie et sur le site de l'éditeur.

ISBN-13 978-2-600-06297-8

Parerga Pour Victor I. Stoichita Édition coordonnée par Jean-François CORPATAUX
Posted: 17 Feb 2022 - 17:10

Parerga. Pour Victor I. Stoichita, dir. Jean-François CORPATAUX, Genève, Droz, 2022.

Ce recueil veut rendre un amical et reconnaissant hommage à Victor I. Stoichita, professeur ordinaire en histoire de l’art à l’Université de Fribourg de 1991 à 2019, dont la recherche et l’enseignement se distinguent par une méthodologie interdisciplinaire qui se focalise notamment sur des phénomènes situés à la fois en deçà et au-delà d’une frontière, d’un seuil ou d’une marge. Quatorze collègues de Victor I. Stoichita, de l’Université de Fribourg et d’autres universités à travers le monde, lui offrent ici des études sur des sujets allant de la plus haute Antiquité à l’époque contemporaine. Essentiellement dans le domaine des arts visuels, mais aussi de la littérature et de la musique, une grande variété d’œuvres y sont explorées sous le thème des parerga au sens large, dans leurs formes et manifestations les plus diverses : nœud, pli, marge, espace de perception, accessoire, regard dans et devant les œuvres, cadre intérieur et extérieur, paratexte, ombre, vision, frontière esthétique, intertextualité, glose, transgression, animation, etc. Les œuvres de six artistes viennent agrémenter ce livre, lui donnant autant de parerga que de respirations artistiques en résonance avec les hommages textuels, ainsi qu’avec les publications de Victor I. Stoichita, dont l’importante bibliographie paraît en fin d’ouvrage.

Disponible en librairie et sur le site de l'éditeur.

ISBN-13 978-2-600-06324-1

Guillaume de NASSAU, Apologie ou defense de tres illustre prince Guillaume par la grace de Dieu prince d'Orange, conte de Nassau (éd. Béatrice NICOLLIER-DE WECK)
Posted: 17 Feb 2022 - 17:07

Guillaume de NASSAU, Apologie ou defense de tres illustre prince Guillaume par la grace de Dieu prince d'Orange, conte de Nassau, éd. Béatrice NICOLLIER-DE WECK, Genève, Droz, 2022.

Le destin du prince Guillaume d’Orange est tout à fait extraordinaire. Né en 1533, fils du souverain de la minuscule principauté de Nassau Dillenburg, il hérite en 1544, de façon impromptue, de la principale position et de la plus importante fortune des Pays-Bas. Élevé dès lors dans les provinces néerlandaises, il s’y assimilera au point de prendre leur défense quand le roi d’Espagne Philippe II voudra, par l’intermédiaire de son gouverneur, le redoutable duc d’Albe, administrer ces riches contrées de manière absolue, cherchant à en tirer le maximum de revenus et à en extirper le protestantisme. Devenu chef incontesté de la révolte, Guillaume d’Orange sera l’objet d’une proscription émise par le roi, promettant de multiples avantages à qui le tuerait. L’Apologie est la réponse originale en français, à un texte qui l’injurie et l’atteint dans son honneur, dans sa dynastie, dans sa famille, dans sa descendance et dans ses biens. C’est un texte politique, mais aussi un texte très personnel et rempli d’émotions, geste rare sous la plume d’un grand seigneur.

Disponible en librairie et sur le site de l'éditeur.

Quêtes littéraires, no 11 (2021): "Utopie : entre non-lieu et contrée idéale"
Posted: 17 Feb 2022 - 17:03

Quêtes littéraires, no 11 (2021): "Utopie : entre non-lieu et contrée idéale"

Revue en ligne. Les articles sont publiés ici.

Quêtes littéraires est une revue annuelle publiée depuis 2011 par l'Université Catholique de Lublin Jean-Paul II et les Éditions Werset. La revue est un lieu d'échange de recherches consacrées à la littérature française et francophone et se veut un espace ouvert où sont invités à publier tous les chercheurs qui travaillent dans ce domaine.

ISSN: 2084-8099 (Print) ISSN: 2657-487X (Online) DOI: 10.31743