Announce

Calls for Papers and Contributions

Appel à communications: Le spectacle du crime féminin sur la scène et dans le cinéma européens
Posted: Tuesday, April 10, 2018 - 19:11

Rouen (14-16 novembre 2018), avant le 30 avril 2018

Colloque international organisé par l’Université de Rouen-Normandie et le CÉRÉdI avec le soutien de CLARE (Université Bordeaux Montaigne) de l’ICD (Interactions culturelles et discursives, Université François Rabelais Tours) et de l’IRET (Institut de Recherche en Études Théâtrales de la Sorbonne Nouvelle)

Campus Mont-Saint-Aignan Maison de l’Université Salle des conférences

COMITE D’ORGANISATION

Ariane FERRY, Sylvie HUMBERT-MOUGIN, Judith LE BLANC, Gwénaëlle LE GRAS et Sandra PROVINI COMITE SCIENTIFIQUE DU PROJET « LA FORCE DES FEMMES » Éric AVOCAT (Université d’Osaka, Japon), Anna BELLAVITIS (Université de Rouen-Normandie), Anne DEBROSSE (SIEFAR), Diane DESROSIERS (Université McGill, Canada), Myriam DUFOUR-MAITRE (Université de Rouen-Normandie), Marie FRANCO (Université de la Sorbonne Nouvelle), Véronique GELY (Université de la Sorbonne), Nathalie GRANDE (Université de Nantes, SIEFAR), Claudine POULOUIN (Université de Rouen-Normandie), Jean-Marie ROULIN (Université Jean Monnet, SaintÉtienne). COMITE SCIENTIFIQUE DU COLLOQUE Adrienne BOUTANG (Université d’Amiens), Noël BURCH (Université Lille 3), Gille DECLERCQ (Université de la Sorbonne Nouvelle), Florence FIX (Université de Rouen-Normandie), Loic GUYON (Mary Immaculate College, Université de Limerick, Irlande), Claire LECHEVALIER (Université de Caen), Sylvain LEDDA (Université de Rouen-Normandie), Raphaëlle LEGRAND, (Université Paris Sorbonne), Raphaëlle MOINE (Université de la Sorbonne Nouvelle), Sarah NANCY (Université de la Sorbonne Nouvelle), Geneviève SELLIER (Université Bordeaux Montaigne), Stella SPRIET (Université de Saskatchewan, Canada), Ginette VINCENDEAU (King’s College).

APPEL A COMMUNICATION

Ce colloque, programmé pour novembre 2018 par l’Université de Rouen-Normandie et le CÉRÉdI, avec le soutien du CLARE de l’Université Bordeaux Montaigne et de l’ICD de l’Université François Rabelais de Tours, sera le deuxième volet d’un projet intitulé La Force des femmes, hier et aujourd’hui, qui est piloté par le CÉRÉdI et marrainé par la SIEFAR (Société Internationale pour l’Étude des Femmes de l’Ancien Régime).

Ce projet consiste en une enquête collective sur les représentations littéraires, théâtrales et cinématographiques de la force féminine – envisagée à travers ses actualisations violentes et inquiétantes (le meurtre, le combat, la torture, l’action terroriste, etc.) et ses actualisations admirables (le courage, la résistance, la ténacité) – et les présupposés idéologiques qui les ont accompagnées à travers les siècles. Le texte cadre du projet est consultable sur le Carnet Hypothèses « Force des femmes » : http://forcedesf.hypotheses.org/41

Les deux premiers colloques s’interrogent sur la femme criminelle, appelée parfois déviante, dans les genres littéraires et les arts qui lui ont fait la part belle. Ils ont pour titres : Figures et personnages de criminelles, des histoires tragiques au roman policier (juin 2017) et Le Spectacle du crime féminin sur la scène et dans le cinéma européens (novembre 2018).

Après avoir exploré la représentation des criminelles dans le mode narratif et des genres divers, nous proposons une enquête diachronique portant sur la représentation de la violence criminelle féminine sur la scène (théâtre et opéra) et à l’écran essentiellement en Europe (XVIe-XXIe siècles).

Nous avons choisi de prendre en compte une définition large de la « criminelle » : femme meurtrière au premier chef, mais aussi infanticide et avorteuse, suicidée, adultère, femme criminalisée – cette criminalisation variant au cours de l’histoire et du contexte religieux, social et culturel. L’objectif de ce second colloque sera donc d’examiner comment les personnages de criminelles sont constitués en objets de spectacle ou font spectacle, à la scène comme à l’écran, mais aussi d’interroger les objectifs propres à ces représentations visuelles et spectaculaires du crime féminin sur un plan moral, politique, esthétique. S’agit-il de provoquer chez le récepteur un sentiment d’horreur et d’obtenir sa condamnation morale ? S’agit-il au contraire de mettre en valeur la façon dont telle ou telle société ou communauté va criminaliser la femme adultère, la jeune mère infanticide, pour affirmer ses propres valeurs, et faire entendre la voix de celle qui est ainsi désignée coupable, par exemple dans des scènes de procès ? La coupable désignée apparaît alors comme la victime d’un système social qui la pousserait à mettre fin à ses jours ou à ceux de son enfant pour ne pas subir le déshonneur et l’exclusion. La femme meurtrière présente des visages plus variés peut-être et qui vont de la femme de pouvoir (reine, magicienne) qui fait tuer ou tue à la femme qui assassine pour de l’argent en passant par les femmes qui se vengent ou se débarrassent d’un obstacle.

La particularité de ces arts – théâtre, opéra, cinéma – est de donner aux personnages de criminelles/femmes criminalisées un visage (parfois beau et séduisant, parfois effrayant, parfois ordinaire), une voix (dont le pouvoir de séduction peut être puissant) et un corps en mouvement qui sont créateurs de nouvelles représentations. Comment s’articule la relation entre une actrice / une chanteuse à la voix magnifique et les personnages de criminelles qu’elles construisent et offrent au public selon le double point de vue de la création et de la réception ? Le spectacle du crime féminin dans les arts de la scène et à l’écran semble fasciner autant qu’il révulse ; il contribue aussi à produire sinon des exemples à suivre, au moins des conduites et un rapport à l’existence où se trouvent tantôt valorisées la détermination et l’action féminines, tantôt interrogée sur le mode critique la victimisation des femmes. Entre admiration et empathie, horreur et fascination, ces criminelles incarnées suscitent chez le spectateur des émotions dont il conviendra d’examiner la nature et les manifestations, notamment dans le discours de réception critique, et les enjeux. L’histoire du théâtre est riche en représentations de femmes criminelles et/ou criminalisées. On songe bien sûr au développement extraordinaire de la figure de Médée sur la scène européenne, mais aussi à d’autres personnages mythiques ou bibliques comme Déjanire ou Athalie, à des personnages historicolégendaires comme Cléopâtre, Messaline, Lady Macbeth, Catherine de Médicis, Lucrèce Borgia qui ont connu de nombreux avatars dramatiques. Shakespeare, Corneille, Hugo ou Dumas1 ont construit des personnages de femmes de pouvoir n’hésitant pas à tuer ou à faire tuer. En ce qui concerne les femmes criminalisées, mises en procès et condamnées, on songe aux figures d’Antigone du côté de la Fable, de Jeanne d’Arc ou de Marie Stuart du côté de l’Histoire, mais aussi à la Gretchen de Goethe qui tue involontairement sa mère avec un somnifère, puis son enfant lorsqu’elle est abandonnée, enceinte, par Faust : leur succès sur les scènes européennes a été immense.

Les suicidées de la scène sont aussi légion, qu’elles aient une origine mythique, historique ou fictionnelle2 : Phèdre, Didon, Lucrèce, Cléopâtre encore, mais aussi Hedda Gabler chez Ibsen. Et puis il y a les meurtrières du quotidien, celles qui tuent dans le cadre de leurs activités domestiques ou professionnelles, celles qui viennent du fait divers notamment : on pense aux Bonnes de Genet, au Malentendu de Camus et plus récemment à l’adaptation par Simon Stone de la Médée d’Euripide qui s’inspire également d’un fait divers américain. Les modalités d’action de ces criminelles sont nombreuses : poison, arme blanche, voire « meurtre psychique » pour reprendre la formule de Strindberg. Si la mort de la femme est un topos du genre opératique d’Eurydice à Isolde en passant par Didon et Violetta, l’opéra, considéré comme un hyperthéâtre, est aussi le genre spectaculaire où le crime féminin peut s’épanouir avec le plus de force. Dès la tragédie en musique telle qu’elle est créée par Lully et Quinault, la vengeance est une passion essentiellement féminine qui anime les déesses (Junon, Cybèle) et les magiciennes (Médée, Arcabonne ou Armide) jusqu’à les pousser au passage à l’acte criminel. Ce que la tragédie déclamée cache à la vue du public pour des raisons de bienséance et de vraisemblance, la tragédie en musique va l’exhiber pour le plus grand plaisir des spectateurs3. La Médée de Charpentier, fidèle au modèle sénéquéen, représente sans doute le cas le plus spectaculaire de crime féminin sur la scène de l’Opéra à la fin du XVIIe siècle. Médée est en outre divinisée et s’échappe en gloire, hors de toute condamnation morale. Qu’en est-il de la Médée de Cherubini ou de Mayr ? Les héroïnes criminelles, figures historiques ou bibliques (Juditha triumphans, Vivaldi), sont aussi nombreuses sur la scène des Italiens.

À travers des exemples puisés dans des opéras aussi variés que Jenufa de Janacek, Turandot et Tosca de Puccini, Macbeth de Verdi ou Lulu de Berg, est-il possible d’envisager une typologie des femmes criminelles sur la scène lyrique ? Existe-t-il une tessiture de prédilection pour la femme criminelle ? Quel est le langage musical choisi pour mettre en scène le crime ? Il faudra aussi s’interroger sur ses moyens d’actions : la femme criminelle agit-elle seule ? avec quelle arme ? directement ou par voie détournée ? Existe-t-il des criminelles empêchées ? des criminelles malgré elles ? Quelle est la part de l’érotisme et de la séduction dans le crime féminin ? (cf. Judith ou le « Questo è il bacio di Tosca » chanté par l’héroïne lorsqu’elle tue Scarpia d’un coup de couteau). Dans une perspective diachronique, peut-on relever une évolution dans le traitement du crime féminin par les librettistes et les compositeurs d’opéras ? Comment mettre en scène ce qui frôle parfois l’irreprésentable ? Comment la femme passe-t-elle du statut de victime au statut de criminelle ? Enfin, du côté de la réception, comment le public (masculin ou féminin) accueille-t-il le spectacle du crime féminin ? Afin de dépasser l’approche strictement thématique, plusieurs perspectives – esthétique, dramaturgique, musicologique, historique et idéologique – pourront ainsi être envisagées et croisées. À l’écran, les criminels sont légion dans leur déclinaison masculine. Souvent, ils fascinent par leur génie machiavélique et leur pouvoir, qui, pour un temps, défie les lois. Qu’ils soient imaginaires ou inspirés de faits réels, ils ne cessent d’inspirer les fictions.

Ce colloque se propose d’interroger les femmes criminelles qui peuplent de façon croissante les réalisations cinématographiques et télévisuelles européennes et investissent, à l’égal des hommes, de nouvelles représentations criminelles telles que le viol (Baise-moi, Despentes, Trinh Hi, 2000), l’inceste (My Little Princess, Ionesco, 2011) ou les serial killeuses (La Mante, série, 2017). Parce qu’elles mettent en jeu des pratiques, des motifs, des attributs et des idéaux traditionnellement masculins, ces criminelles problématisent un tabou sociétal des femmes symboles de procréation et du care devenues donneuses de mort, qu’illustrait Renaud avec sa chanson vitriol en 19854.

Lorsque plus rarement les femmes s’invitent dans ce bastion de l’hégémonie masculine cinématographique et audiovisuelle5, elles font souvent débat (Nikita, Besson, 1990 ; Elle, Verhoeven, 2016). Sont-elles perçues comme fascinantes ? Intelligentes ? Boucs émissaires, comme dans le cinéma français d’après-guerre qui chargea certaines héroïnes de la responsabilité d’une masculinité nationale en crise (Quai des Orfèvres, Clouzot, 1947 ; Manèges, Allégret, 1950 ; Le Bon Dieu sans confession, Autant-Lara, 1953)6 ? Sont-elles entièrement autonomes dans la fiction, au cœur ou à la marge de celleci, ou prisonnières d’un regard masculin qui les influence (L’Appât, Tavernier, 1995) ou surplombe le récit (Mortelle Randonnée, Miller, 1983) ? Quittent-elles le terrain de la séduction ou au contraire le surinvestissent-elles en filles d’Ève, comme dans les films hollywoodiens (La Mariée était en noir, Truffaut, 1968 ; L’Été meurtrier, Becker, 1983) ? Car il est rare que les femmes criminelles soient envisagées sous un autre angle que l’articulation entre Éros et Thanatos dans l’imaginaire collectif. Leur criminalité est-elle plus souvent motivée par la vengeance ou par l’agression ? Sont-elles construites comme possédant une conscience, politique ou morale ? Bénéficient-elles d’un peu de compassion lorsqu’elles confortent la construction d’une infériorité genrée, qui plus est si elle s’articule à une condition de classe (comme dans Une affaires de femmes, Chabrol, 1988, basé sur l’histoire de l’avorteuse Marie-Louise Giraud, dernière femme guillotinée en France), ou sont-elles dépeintes comme des créatures folles, « contre-nature » (Répulsion, Polanski, 1965) ou des monstres de perversion (L’Ange noir, Brisseau, 1994), parfois amplifiée par un duo mère-fille (Voici le temps des assassins, Duvivier, 1956) ? Dans quelle sphère (publique ou privée) et dans quel registre criminel (empoisonnement, infanticide, victime justicière, escroquerie, attentat politique, crime violent) sontelles le plus souvent présentes ? Lorsqu’elles passent de victime à coupable, les circonstances atténuantes sont-elles prises en compte ou évacuées, gommées par une virilisation de l’héroïne (Les Diaboliques, Clouzot, 1955 ; Liste noire, Bonnot, 1984) ? Organisent-elles l’action et orientent-elles le point de vue de la fiction ? Qu’en est-il lorsqu’elles interviennent au sein d’un couple criminel (Les Amants diaboliques, Visconti, 1943 ; Les Amants criminels, Ozon, 1999) ? Est-ce que la criminalité offre plus facilement un point de vue à un personnage féminin ? De là, peut-être, un intérêt tout particulier des grandes actrices pour ces rôles, qui parfois ont fait des stars, de Musidora à Isabelle Huppert, en passant par Jeanne Moreau, Isabelle Adjani et bien d’autres tout en marquant des univers (Almodovar, Chabrol, Truffaut, Ozon). Est-ce que l’on suit le point de vue féminin ou le point de vue de l’ordre (masculin) ? Sont-elles jugées uniquement pour leurs crimes ou pour être passées à l’acte en tant que femmes ? L’identification ou bien l’empathie envers ces héroïnes sont-elles favorisées lorsqu’il s’agit de crimes relevant de la sphère publique, comme l’escroquerie (les rôles de Françoise Rosay, Edwige Feuillère, Thérèse Humbert, Bluwal, 1983 ; Rien ne va plus, Chabrol, 1997) ? Au contraire, sont-elles mises à distance lorsqu’il s’agit de crimes constituant une transgression majeure des rôles familiaux (la maltraitance de Vipère au poing, Cardinal, 1971 et de Broca, 2004 ; l’infanticide dans A perdre la raison, Defosse, 2011) ? En d’autres termes, sont-elles les égales des hommes en ce domaine dans les représentations qu’en offrent le cinéma et la télévision ? Les représentations proposées par les femmes scénaristes et réalisatrices apportent-elles un autre regard ? Existe-t-il des tendances fortes entre cinéma d’auteur, au fonctionnement plus marqué culturellement en Europe, et cinéma populaire, entre cinéma et télévision ?

Par leur fort impact auprès du public, les fictions criminelles, bâties sur une dialectique entre répétition et innovation, sont un puissant vecteur de la construction sociale des normes sexuées. C’est pourquoi la prise en compte du contexte socioculturel, articulé avec l’analyse du texte filmique, permet de décrypter les rapports et les identités de sexe construits par les genres, et les enjeux dont ils sont le lieu : l’analyse des avatars de la figure de la femme criminelle dans les fictions européennes éclaire en effet les conflits et les contradictions propres aux sociétés, en ce qui concerne les identités et les rapports de sexe. Cette figure, par sa dimension transgressive et active, va parfois servir à tester, dialectiser et problématiser l’image de la femme moderne par rapport au masculin. De manière différente selon les époques, ces rôles féminins expriment les tiraillements entre l’image de la femme émancipée, autonome et active, et celle de la femme traditionnelle, passive et soumise à l’autorité masculine. Il s’agira de voir comment, dans certains cas, en mettant des personnages féminins criminels aux postes de commande, qui non seulement organisent l’action mais orientent le point de vue, transgressent les rapports de pouvoir et les normes sociales, ces films peuvent échapper au manichéisme traditionnel, et à des discours misogynes. Mais suivant les époques et les films, on observera aussi l’autonomie plus ou moins grande des héroïnes ou leur retour in fine sous la coupe des hommes qui les entourent.

On privilégiera ici l’étude des représentations produites dans l’aire culturelle européenne, en partant du présupposé, qui sera lui aussi à interroger, que ces représentations de femmes criminelles sont tributaires, plus largement, d’une conception occidentale du crime et du féminin.

Plusieurs axes pourront être abordés à travers les communications proposées :

TYPOLOGIE ET MOBILES DES CRIMES FEMININS : QUELLES EVOLUTIONS A LA SCENE ET A L’ECRAN ? Perspective diachronique de cette typologie : évolution des genres / réinvestissement des figures. Mobiles et justifications du crime féminin. De la victime à la tueuse : la prostituée qui tue (Lulu, Wedekind, Pabst, Berg) ; la femme violée qui tue son enfant, son violeur ; la femme trompée qui tue son mari. Représentation du crime féminin et productions de « fables » sur la place des femmes dans les sociétés contemporaines. REECRITURES A LA SCENE ET A L’ECRAN, DE LA SCENE A L’ECRAN : § Le réinvestissement des grandes figures mythiques héritées de l’Antiquité gréco-romaine : Médée, Clytemnestre, les Danaïdes, Phèdre, Électre, Circé, Didon, Déjanire, etc. § La fortune scénique des figures bibliques : Athalie, Judith, Salomé, Dalila. § Les figures littéraires devenues mythiques : Lady Macbeth, Marguerite, Armide, Folcoche, la Marquise de Merteuil, Thérèse Desqueyroux. § Les personnages historiques : Cléopâtre, Catherine de Médicis, Lucrèce Borgia, Marie Stuart, Elizabeth Ière, Charlotte Corday, Mahaut d’Artois. § Les héroïnes de faits divers : empoisonneuses comme Hélène Jégado (Fleur de Tonnerre, 2017), Marie Besnard (L’Affaire Marie Besnard, téléfilm, 1986 ; Marie Besnard, l’empoisonneuse, téléfilm, 2006), La Voisin (La Devineresse, par Thomas Corneille et Donneau de Visée, 1679 ; L’Affaire des poisons, Decoin, 1955 ; La Marquise des ombres, téléfilm, 2009 ; la série Versailles, saison 2, 2017), les sœurs Papin (Les Bonnes, La Cérémonie, Les Blessures assassines), La Brinvilliers (La Marquise des ombres, 2010) ; meurtrières (Camus, Le Malentendu). § Réécritures et renversements axiologiques.

LE SPECTACLE DU CRIME FEMININ : PERSPECTIVES DIACHRONIQUES, GENERIQUES, AXIOLOGIQUES ET POETIQUES

§ Les comédiennes et les grands rôles de criminelles.

§ Du monstre au monstre sacré féminin.

§ Les modalités de la spectacularisation du crime féminin.

§ Criminalité féminine et hyperthéâtre : le spectacle de l’opéra et sa dramaturgie musicale.

§ Femmes et ultra-violence dans le cinéma contemporain.

Les propositions de communication (entre 500 et 1000 signes), accompagnées d’une courte biobibliographie (situation institutionnelle, laboratoire, champs de recherche et publications), devront être envoyées avant le 30 avril 2018 aux cinq organisatrices du colloque :

Ariane FERRY : ariane.ferry@univ-rouen.fr Sylvie HUMBERT-MOUGIN : sylvie.mougin@univ-tours.fr Judith LE BLANC : judith.le-blanc@univ-rouen.fr Gwénaëlle LE GRAS : gwenaelle.le-gras@u-bordeaux-montaigne.fr Sandra PROVINI : sandra.provini@univ-rouen.fr

 

 1 Krakovitch Odile, « Les femmes de pouvoir dans le théâtre de Dumas : de Christine à Messaline », Revue d’histoire littéraire de la France, 2004/4 (Vol.104), p. 811-829, URL : https://www.cairn.info/revue-d-histoirelitteraire-de-la-france-2004-4-pa... 

2 Voir : la thèse de Philippe Bousquet soutenue en 2004 à Paris Sorbonne et intitulée Les Lucrèce classiques : suicide et héroïsme féminin au Grand Siècle ; Claire Bouchet,
 « Le Meurtre de soi : petite histoire du suicide féminin », Cycnos, Vol. 23, n° 2, 2006,
URL : http://revel.unice.fr/cycnos/index.html?id=704.

3 Voir notamment les ouvrages de Catherine Kintzler : Poétique de l’Opéra français de Corneille à Rousseau, Paris, Minerve, 1991, rééd. 2006 ; Théâtre et opéra à l’âge classique, une familière étrangeté, Paris, Fayard, 2004. Voir aussi : Sylvie Bouissou, Crimes, cataclysmes et maléfices dans l’opéra baroque en France, Paris, Minerve, 2011. 

4 « Dans cette putain d’humanité / Les assassins sont tous des frères / Pas une femme pour rivaliser / À part peutêtre, Madame Thatcher », Renaud, Miss Maggie,1985.

5 Voir les travaux de Raphaëlle Moine : Les Femmes d’action au cinéma, Paris, Armand Colin, 2010 ; Les Genres du cinéma, Paris, Armand Colin, 2002 (rééd. 2008 et 2015) et l’ouvrage collectif Policiers et criminels : un genre européen sur grand et petit écran, Brigitte Rollet, Raphaëlle Moine et Geneviève Sellier (dir.), Paris, L’Harmattan, Champs Visuels, 2009.

6 Voir les travaux de Noël Burch, Geneviève Sellier : La Drôle de guerre des sexes du cinéma français, 19301956, Paris, Armand Colin, 1996 (rééd. 2005) ; et Thomas Pillard : Le Film noir français face aux bouleversements de la France d’après-guerre (1946-1960), éditions Joseph K, 2014. 

 

Source: SIEFAR

Call for contributions, new book series: Spatial Imageries in Historical Perspective
Posted: Sunday, April 1, 2018 - 14:30

This new series is looking for interdisciplinary contributions that focus on the historical study of the imagined space, or of spaces and places  as sensorial, experiential or intellectual images, from the interior to the landscape, in written, visual or material sources. From (closed) gar-dens and parks to cabinets, from the odd room to the train compartment, from the façade to the prison cell, from the reliquary to the desk, a variety of spaces in the shape of imageries and images unveils historical attitudes to history, to the object, to the other  and the self and presents a subject that experiences, acts, imagines and knows. Spatial imageries and images in this sense constitute a prominent theme in various fields within the Humanities, from museum studies, intellectual history and literature to material culture studies, to name but a few.

This series therefore addresses a broad audience of scholars that engage in the historical study of space in this sense, from the Early Middle Ages to the Recent Past in literature, art, in material culture, in scholarly and other discourses, from either cultural and contextual or more theoretical angles.

Series Editor Dominique Bauer, University of Leuven, Belgium.

Proposals Welcome The series welcomes scholarly monographs and edited volumes, between 55.000 and 120.000 words, in English by both established and early-career researchers.

Further Information For questions or to submit a proposal, contact Commissioning Editor Katrien de Vreese (K.de.Vreese@aup.nl).

Download the Series Information Leaflet

 

CfP: Portraits and poses Representations of female intellectual authority, agency and authorship in Early Modern and Enlightenment Europe
Posted: Sunday, April 1, 2018 - 14:25

21 -22 mars 2019

This conference seeks to address the various modes and strategies through which female intellectuals (authors, scientists, educators, and others) sought to negotiate and legitimize their authority in Early Modern and Enlightenment Europe (1600-1800).

The 17th and 18th centuries have often been described as a decisive period in terms of professionalization as well as disciplinary formation and/or consolidation in the arts and sciences. In the course of this period, learned women increasingly articulated an awareness of their public image and were actively involved in modelling these representations. There is a growing body of scholarship on such individual women’s (self)representation as intellectuals, that invites us to draw out its implications for early-modern cultural history more broadly.

Multiple questions arise when examining representations of female intellectual authority during the Early Modern period and the Enlightenment: which visual and/or textual strategies (e.g. portraits, paratexts and ego-documents) did women (and their critics) use to construct their persona in the emerging intellectual, scientific and literary fields; to what extent were these homogeneous, complementary or rather conflictual? And how did representations of personal and collective authority interact? For instance, when and why did women resort to their (private/public) contact with other (female) authorities, or rather shy away from gendered association and/or collaboration? And to what extent were these legitimizing strategies determined by historical context, geographical boundaries and social position?

The primary objective of this conference is to examine these modes and strategies of female self-representation from an interdisciplinary and cross-cultural perspective. Papers should therefore move beyond individual case studies and address the conceptual and historiographic issues involved in studying processes of female intellectual legitimation.

We welcome submissions in the form of complete sessions (3 papers + response) or individual papers (20 minutes) preferably in English on the following topics: - Text and Image: Textual and visual representations of women as intellectual authorities - Networks of Authority: uses of gendered associations (through paratexts, dedications, ego-documents) as strategies to gain authority; - Disciplines: inclusion/exclusion strategies of and by women in emerging disciplines - Markets and publication strategies: commercial strategies; branding female authority in the “public market”; discourse on fame/reputation and gender; - Labels: conceptualizing/classifying female intellectuals and authors in early historiography and accounts of the cultural field.

Potential speakers are invited to submit a title and abstract of 300 words by May 15 2018.

These, accompanied by a short CV, can be sent to PortraitsandPoses@18e-eeuw.nl.

Notification of acceptance will be given by July 1st 2018. Selected papers will be published in a peer-reviewed edited volume after the conference; authors will be asked to submit revised versions of their conference paper by July 1st, 2019. For more information see: www.18e-eeuw.nl.

 

Organising committee: Dr. Beatrijs Vanacker Dr. Lieke van Deinsen Prof. Dr. Alicia C. Montoya Prof. Dr. Anke Gilleir

 

Appel a communications: « Sapphic Vibes » : les lesbiennes dans la littérature de la Renaissance à nos jours
Posted: Sunday, April 1, 2018 - 14:19

Date et lieu : 14-15 mars 2019, Université de Haute-Alsace (Mulhouse)

Date limite de remise des propositions : 1 octobre 2018

 

L’œuvre poétique de Sappho fut redécouverte par les humanistes dans les années 1540 et traduite pour la première fois en anglais en 1652. Alors que ses poèmes restent une référence en ce qui concerne la représentation des lesbiennes dans le domaine de la littérature classique, le nom même de Sappho est devenu symbole du désir et de l’amour entre femmes dans le contexte plus large de la culture populaire. Dans le premier épisode de la série Netflix Orange Is the New Black (2013-prés.), par exemple, l’une des détenues dit à l’héroïne : « I’m feeling some Sapphic vibes coming off you ».[1] Le mot « vibe » (onde) remet en question l’idée généralement acceptée selon laquelle l’identité sexuelle peut être réduite à la dichotomie hétérosexuelle - homosexuelle et invite à prendre en considération les représentations de l’amour entre femmes qui ne soient pas uniquement explicites dans les actes, les mots ou les relations. Cela n’est pas sans rappeler le concept de continuum lesbien d’Adrienne Rich – entendu comme « un large registre […] d'expériences impliquant une identification aux femmes ; et pas seulement le fait qu'une femme a eu ou a consciemment désiré une expérience sexuelle génitale avec une autre femme » (Rich 648). Pour ce colloque, nous utiliserons donc le terme « vibe » comme point de départ pour explorer le continuum lesbien tel qu’il apparaît dans la littérature, de l’explicite à l’implicite, du dit au non-dit, du visible à l’inavoué. Nous examinerons des courants et des mouvements littéraires en considérant ces ondes dans ce qu’elles transcrivent de la continuité et des fluctuations dans les représentations de l’amour entre femmes entre différentes périodes, différent·e·s auteur·e·s.

*

Les communications (20 min.) peuvent porter sur n’importe quelle aire géographique mais les titres et les citations devront être traduits en anglais ou en français ; les approches comparatistes sont les bienvenues. Le thème du colloque peut être abordé sous les angles suivants (non limitatifs) :

·       Comment les motifs centraux des textes mentionnant les amours féminines ont-ils changé au cours du temps ?

·       Est-ce que certaines formes littéraires ou genres se prêtent plus que d’autres aux représentations saphiques ? Sous quelle forme stylistique s’expriment ces ondes lesbiennes ?

·       Existe-t-il un canon littéraire lesbien ?

·       Que dire des textes dans lesquels le désir et l’amour entre femmes est dissimulé, sous-jacent ou refoulé ? Certains textes classiques peuvent-ils recevoir une (re)lecture lesbienne ?

·       Comment la littérature décrit-elle l’amitié et la solidarité féminine ?

·       Comment les textes se positionnent-ils par rapport aux débats d’époque sur les minorités sexuelles ?

*

Un second colloque fera suite en 2020 à l´Université d´Islande sous la direction d’Irma Erlingsdottir et déclinera la thématique sous un angle historique, littéraire, politique et philosophique.

*

Les propositions de communication (résumé de 250 mots maximum et court CV) sont à envoyer avant le 1er octobre 2018 à Carine Martin (carine.martin@univ-lorraine.fr), Claire McKeown (claire.mc-keown@univ-lorraine.fr), Maxime Leroy (maxime.leroy@uha.fr) et Robert Payne (robert.payne@uha.fr).

*

Comité d’organisation: Carine Martin (Université de Lorraine), Claire McKeown (Université de Haute Alsace), Maxime Leroy (Université de Haute Alsace), Robert Payne (Université de Haute Alsace).

*

Comité scientifique: Organisateurs et Jennifer K Dick (Université de Haute Alsace), Irma Erlingsdottir (University of Iceland), Marion Krauthaker (University of Leicester), Guyonne Leduc (Université de Lille), Marianne Legault (University of British Columbia), Frédérique Toudoire-Surlapierre (Université de Haute Alsace).

 

Indicative Bibliography

 

Butler, Judith, Gender Trouble: Feminism and the Subversion of Identity (London: Routledge, 1990).

Cairns, Lucille, Lesbian Desire in Post-1968 French Literature (Lewiston, NY: Edwin Mellen, 2002).

Castle, Terry, The Apparitional Lesbian: Female Homosexuality and Modern Culture(New York: Columbia University, 1993).

Duban, Jeffrey M., The Lesbian Lyre: Reclaiming Sappho for the 21st Century (West Hoathly, UK: Clairview, 2016).

Farwell, Marilyn, Heterosexual Plots and Lesbian Narratives (New York: NYU Press, 1996).

Huchon, Mireille, Louise Labé : Une créature de papier (Genève: Droz, 2006).

Leduc, Guyonne (ed.), Comment faire des études-genres avec de la littérature – Masque-reading (Paris: L’Harmattan, coll. « Des idées et des femmes », 2014).

Legault, Marianne, Narrations déviantes : L’intimité entre femmes dans l’imaginaire français du dix-septième siècle (Québec: Presses de l'Université Laval, 2008).

Lepaludier, Laurent, ed. L'Implicite dans la nouvelle de langue anglaise (Rennes: Presses universitaires de Rennes, 2005). Web. http://books.openedition.org/pur/34686

Rich, Adrienne, ‘Compulsory Heterosexuality and Lesbian Existence’, Signs, 5 (1980), 631–60.

Schnyder, Peter and Frédérique Toudoire-Surlapierre (eds), Ne pas dire : Pour une étude du non-dit dans la littérature et la culture européennes (Paris: Classiques Garnier, 2013).

Smith, Patricia Juliana, Lesbian Panic: Homoeroticism in Modern British Women’s Fiction (New York: Columbia University, 1997).

Wittig, Monique, ‘The Straight Mind’ and Other Essays (London: Harvester Wheatsheaf, 1992).

 

[1] « tu dégages des ondes saphiques »

Source: Fabula

Appel à communications: « Paysage(s) »
Posted: Sunday, April 1, 2018 - 14:17

15, 16 et 17 novembre 2018

Organisé par l'UR CERES et l'Institut Catholique de Toulouse

Propositions: le 15 juin 2018

PRESENTATION

L’Equipe de Recherche Culture, Herméneutique et Transmission, équipe de recherche dépendant de l’UR CERES (Culture, Ethique, Religion et Société) de l’Institut Catholique de Toulouse organise les 15, 16 et 17 novembre 2018 un colloque international et interdisciplinaire, dans la lignée des deux précédents (« Chemin, cheminement », en 2012 ; « Histoire de l’Ecriture et Ecriture de l’H(h)istoire », en 2014), même si les communications sont pour la plupart centrées sur l’histoire, la littérature, religieuse et profane, et les arts.

La problématique reposera donc sur la notion de paysage et son évolution au cours des siècles, sur l’interprétation des paysages, le sens qu’on leur accorde, la transformation qu’ils subissent ou leur résistance à se révéler. Nous n’oublierons pas de traiter du paysage dans l’art, notamment en peinture, cinéma et musique, et de la façon dont il sert à révéler le processus de création de l’artiste.

Paysages anthropomorphisés qui évoluent au fil du temps et renvoient l’image d’un peuple posant ses marques dans des espaces autrefois vierges, ou demeurés en l’état qu’ils en deviennent fragiles et nécessitent une protection, sont autant de pistes de réflexion dont les supports peuvent relever de disciplines diverses.

« Un paysage est le fond du tableau de la vie humaine » Bernardin de Saint-Pierre (1737-1814)

Quoi de plus naturel, quand on s’intéresse au paysage, que de convoquer l’un des grands écrivains de la 2e moitié du XVIIIe siècle et du début du XIXe siècle, à la fois ingénieur, botaniste, grand explorateur et fin connaisseur des îles et territoires français du bout du monde ?

Si l’on s’en tient à l’étymologie latine, le « paysage » désigne un « canton rural », le pagus, et pagere veut dire « ficher une borne en terre », donc par extension délimiter un territoire et ensuite, le panorama que le regard peut embrasser. Bien entendu, cette signification tout empreinte du pragmatisme romain nous entraîne loin, et dans le temps et dans l’espace, des évocations élégiaques et poétiques du paysage que l’on peut lire dans Paul et Virginie, paru en 1788, plus grand succès de l’auteur cité plus haut.

D’ailleurs, l’apparition tardive du mot (1549) correspond à une perception différente de l’espace par l’homme plus citadin, plus sensible aux contrastes entre lieux bâtis et lieux laissés au naturel, tels que l’homme de la Renaissance les perçoit et tente de les comprendre. Des liens se nouent entre l’homme et le monde qui l’entoure, l’invitant à un hommage au Créateur tout d’abord, puis à la représentation plus fidèle (mimesis) dans laquelle l’apparition de la perspective est sans doute la manifestation la plus caractéristique, notamment chez les grands peintres des XVeet XVIe siècles italiens, Masaccio et Piero della Francesca en tête.

Le paysage y devient un thème ou un sous-thème qui fait sens dans le tableau, comme le sentier qui court à l’arrière de La Joconde avant de remplir lui-même l’intégralité de la toile, comme les peintres vénitiens s’évertueront à l’employer. En littérature, les adjectifs qui accompagnent la description appartiennent souvent au vocabulaire émotionnel : on parle d’un paysage apaisant, hostile, désolé[1] et les tableaux paysagers laissent transparaître un état d’âme, une perception révélatrice des intentions qui accompagnent la transmission d’un réel reproduit. Ce phénomène de miroir de l’âme que représente la contemplation ouvre la voie à la quête spirituelle invitant à l’introspection, à la recherche de l’insaisissable ou, à la rêverie, au vagabondage de l’imaginaire.

La littérature et la peinture abondent en représentations qui, le plus souvent, sont porteuses d’une symbolique qui résulte souvent d’une approche religieuse, puis d’un signifiant apte à créer un récit, une fiction voire une atmosphère qui lui accordent quasiment un rôle de personnage.

Le Romantisme est sans doute le moment le plus significatif de la fusion entre homme et espace, du va-et-vient entre l’esprit et l’environnement, l’un en accord avec l’autre, l’un influençant la vision de l’autre. Il faut se souvenir de Rousseau, initiateur des Rêveries ou des « orages désirés » de Chateaubriand mais aussi d’un Lamartine sur les rives du lac du Bourget ou d’un Enfant du siècle égaré dans la forêt…

Plus près de nous, la photographie capte l’immensité d’un paysage et le cinéma le redécouvre et souvent l’attache à définir un genre : que serait le western sans les étendues poussiéreuses des vastes plaines du Colorado et les rochers de Monument Valley ? Différemment, les paysages infinis et mélancoliques d’Antonioni parlent de la solitude et de l’aporie des relations humaines, tandis que la caméra de l’intime de Bergman caresse les visages des actrices pour les métamorphoser en paysage intérieur…

Mais si le paysage est l’ensemble des éléments d’un pays comme le laisse entendre son suffixe, il est aussi pour celui qui regarde la possibilité de saisir un espace et de le qualifier. Les variations en fonction des époques sont étonnantes : le paysage montagnard redouté durant de longues périodes, devient au XVIIIe siècle lieu d’élévation de l’âme ; le désert, espace hostile pour les autochtones, se fait fascinant pour les Occidentaux comme en témoignent les récits de voyage laissés par les « explorateurs ».

Plus secret, le jardin concentre un micro paysage, une réduction ordonnée de la nature, tantôt clairement structurée, comme à Vaux-le-Vicomte, tantôt esthétiquement désordonnée, à l’anglaise, puis chargée de symboles, au Généralife, à Kyoto ou évanescent et impressionniste, à Giverny, onirique et paradisiaque dans le Paradou d’Emile Zola.

Attaché en premier lieu à la nature, à un site particulièrement représentatif, le terme évolue et s’étend au milieu « urbain », désignant un environnement construit par l’homme dans lequel il tente de trouver sa place, dépassé par sa propre création au fil des siècles.

Si la littérature policière, la science-fiction, la bande dessinée accordent aujourd’hui au paysage une place éminente, il faut néanmoins remarquer qu’il est souvent plus torturé, plus poisseux, plus étrange, voire étranger à l’homme dont le rapport au paysage, sorte d’introduction à la Nature, se construit dorénavant en termes de protection, d’environnement, d’écologie.

La notion de paysage peut, en outre, être envisagée à travers un prisme pédagogique ou didactique. Au sens premier du terme, le paysage est un objet d’étude, une porte d’entrée vers la science géographique ; il est également un outil d’apprentissage au service notamment de la pédagogie par projet ou de l’école hors les murs (sorties, classes vertes).

Dans ses acceptions figurées, il peut faire référence à la classe en tant que groupe d’individus aux profils divers (fonctionnement cognitif, différenciation pédagogique), théâtres d’enjeux sociaux et sociétaux (question du genre, autorité, gestion de classe), pour lequel les choix de l’enseignant sont déterminants (innovation pédagogique).

On le voit, le paysage est lié aux avancées intellectuelles et physiques de l’humain, à son bagage sensible, aux découvertes comme aux événements, si l’on songe au soin apporté par les stratèges quant à la configuration des lieux pour préparer un combat, mais aussi aux études des sociologues et des géographes sur les effets du paysage sur les comportements sociétaux.

Mais il est aussi des paysages invisibles, intérieurs, si personnels que nul hormis celui qui les porte ne peut en saisir la dimension, les paysages du souvenir, ceux dessinés par le poète sans souci d’une ressemblance avec un réel perceptible mais chargé d’une symbolique qui recrée un monde.

Il en est d’autres, évanescents, suggérés par l’envol des notes dans l’espace restituant l’immensité marine ou les fracas d’une ville moderne ; d’autres encore, si chargés d’histoire que le passé a plongé ses racines dans la moindre parcelle témoignant d’un moment si important qu’ils ont été figés, conservés pour éviter l’oubli, comme le sont les insulas pompéiennes, ou ces sinistres alignements de bâtisses couvrant le camp d’Auschwitz, ou espaces redécouverts sous la pioche de l’archéologue faisant resurgir pierres et traces d’une civilisation disparue, enfouie sous la terre.

 

CONTRIBUTIONS

Les contributions prendront la forme de communications en français de 20 minutes maximum.

Les propositions constituées d’un résumé (avec titre) de 500 mots environ et d’une brève notice biographique doivent être adressées à : Philippe DAZET-BRUN (philippe.dazet-brun@ict-toulouse.fr), Christophe BALAGNA (christophe.balagna@ict-toulouse.fr), Gérard DASTUGUE (gérard.dastugue@ict-toulouse.fr) et Karine WILTORD (karine.wiltord@ict-toulouse.fr).

Date limite de soumission des propositions : 15 juin 2018.

Réponse du comité scientifique : au plus tard le 30 juin 2018.

Comité scientifique :

Václava Bakešová (MCF HDR, Université Masaryk, Brno, République tchèque)

Christophe BALAGNA (MCF, ICT)

Sophie CASSAGNE (MCF, Université Toulouse-Jean Jaurès)

Gérard DASTUGUE (MCF, ICT)

Philippe DAZET-BRUN (PR, ICT)

Bernadette ESCAFFRE (MCF, ICT)

Philippe GONIN (MCF, Université de Bourgogne)

Bernadette MIMOSO-RUIZ (PR, ICT)

Karine WILTORD (MCF, ICT)

Frais de participation : 30 euros.

Les frais de transport et d’hébergement sont à la charge des intervenants.

Les déjeuners des jeudi et vendredi ainsi que le dîner du jeudi sont pris en charge par l’ICT.

 

NOTES

[1] « Il n’y a rien de plus difficile à consoler qu’un paysage désolé » (Pierre Dac).

 

Source: Fabula

New Publications

Sidera n. 4: “Le Cygne”. Du Bellay et l’Italie
Posted: 1 Feb 2022 - 04:49

Sidera n. 4: “Le Cygne”. Du Bellay et l’Italie, dir. Rosanna Goris Camos et Daniele Speziari.

Ce volume réunit les Actes des trois colloques organisés par le Gruppo di Studio sul Cinquecento francese, dans le cadre du projet DUBI, qui ont eu lieu à Vérone en février 2018 (DUBI I), en novembre 2018 (DUBI II) et en novembre 2019 (DUBI III). Les contributions, qui sont le résultat de recherches menées aussi bien par des spécialistes de renommée internationale dans le domaine des études sur la famille Du Bellay que par de jeunes chercheurs, abordent les différentes facettes des rapports entre Joachim Du Bellay et l'Italie, notamment ses réseaux romains et italiens en général, à l'ombre du puissant clan Du Bellay; ses rapports avec les principales familles italiennes de l'époque, comme les Farnèse; ses rapports avec les poètes italiens, surtout d'expression néolatine, qu'il a pu fréquenter pendant son séjour à Rome; la question de l'italianisme, de l'influence de la langue et des théories linguistiques italiennes.  

Les Auteurs: Guillaume Alonge, Valeria Averoldi, Jean Balsamo, Flaminia Bardati, Concetta Cavallini, Dario Cecchetti, Richard Cooper, Daniel Fliege, Rosanna Gorris Camos, Paola Martinuzzi, Olivier Millet, Loris Petris, Daniele Speziari, George Hugo Tucker.

Lire gratuitement en ligne ici.

Actualité de Jeanne Flore (dir. Diane Desrosiers-Bonin, Éliane Viennot et Régine Reynolds-Cornell)
Posted: 1 Feb 2022 - 04:45

Actualité de Jeanne Flore, dir. Diane Desrosiers-Bonin, Éliane Viennot et Régine Reynolds-Cornell, Paris, Classiques Garnier, [2004] 2022.

Les contributions réunies dans ce volume ainsi que l’étude de la réception de Jeanne Flore attestent de la richesse des recherches concernant l’auteur des Comptes amoureux, et de l’intérêt de ce texte qui semble toujours, par-delà les siècles, prendre à témoin ses lecteurs.

Disponible en librairie et sur le site de l'éditeur.

Nombre de pages: 323
Parution: 16/02/2022
Réimpression de l’édition de: 2004
Collection: Études et essais sur la Renaissance, n° 55
ISBN: 978-2-8124-5324-3
ISSN: 2114-1096

Agrippa d'Aubigné, Œuvres. Tome VIII (dir. Jean-Raymond Fanlo, Marie-Madeleine Fragonard, Gilbert Schrenck)
Posted: 1 Feb 2022 - 04:41

Agrippa d'Aubigné, Œuvres. Tome VIII. Poésies politiques, satiriques, Poemata, poésies de Constant d’Aubigné, dir. Jean-Raymond Fanlo, Marie-Madeleine Fragonard, Gilbert Schrenck, éd. Jean-Louis Charlet, Béatrice Charlet-Mesdjian, Jean-Raymond Fanlo, Paris, Classiques Garnier, 2022.

Ce tome contient la première édition critique de la poésie politique, satirique et ludique d’Agrippa d’Aubigné, ainsi que de la poésie latine, avec traduction. Des inédits sont publiés, de fausses attributions sont réfutées. Des pans méconnus ou ignorés d’une œuvre poétique majeure se révèlent.

Disponible en librairie et sur le site de l'éditeur.

Nombre de pages: 722
Parution: 19/01/2022
Collection: Textes de la Renaissance, n° 241
ISBN: 978-2-406-12147-3
ISSN: 1262-2842

Fleurs et jardins de poésie Les anthologies poétiques au xvie siècle (dir. Andeline Lionetto et Jean-Charles Monderran)
Posted: 1 Feb 2022 - 04:37

Fleurs et jardins de poésie. Les anthologies poétiques au xvie siècle (domaine français, incursions européennes), dir. Andeline Lionetto et Jean-Charles Monderran, Paris, Garnier, 2021.

L’ouvrage étudie les supports, enjeux, fonctions, usages, la circulation et la destination des anthologies de poésie française du xvie siècle, tout en s’ouvrant à des florilèges poétiques composés ailleurs, en Europe et en diverses langues.

Disponible en librairie et sur le site de l'éditeur.

Nombre de pages: 403
Parution: 15/12/2021
Collection: Rencontres, n° 531
Série: Colloques, congrès et conférences sur la Renaissance européenne, n° 118
ISBN: 978-2-406-12180-0
ISSN: 2103-5636

 

La Représentation de la sorcière et de la magicienne (dir. Emilie Hamon-Lehours avec Ana Condé)
Posted: 1 Feb 2022 - 04:33

La Représentation de la sorcière et de la magicienne. Du xvie siècle à nos jours en Europe occidentale, dir. Emilie Hamon-Lehours avec Ana Condé, Paris, Garnier, 2021.

Si les magiciennes sont nommées, les femmes accusées de sorcellerie diabolique restent anonymes jusqu’à ce qu’elles soient dénoncées dans les procès pour sorcellerie où le corps devient motif d’accusation. Leur apparence change au fil des siècles et se révèle être liée à l’histoire du pouvoir.

Disponible en librairie et sur le site de l'éditeur.

Nombre de pages: 242
Parution: 01/12/2021
Collection: Rencontres, n° 528
ISBN: 978-2-406-12284-5
ISSN: 2103-5636